Les coupes dans le budget du haut débit sont « stupides »

Publié: 13 février 2013Mis à jour: 14 février 2013

La décision des chefs d’État européens de couper dans le budget de l’UE consacré à l’expansion de l’Internet à large bande irait à l’encontre du programme d’innovation de l’Europe, a averti la Commission européenne. Les entreprises de télécommunications et les États membres devront alors mettre la main au portefeuille.

Background

Le haut débit s'est répandu rapidement dans les pays plus riches, mais l'accès à l'Internet et au haut débit reste limité dans les pays développés. Seuls 9 % des Africains ont accès à Internet et moins de 2 % via le haut débit.

La situation économique de base, moins élevée dans les pays en développement, permet de faire de grands progrès commerciaux à la suite de l'installation du haut débit, un modèle difficile à imiter pour l'Occident.

Conformément à sa stratégie numérique, la Commission européenne souhaite que les Européens aient accès à des services à large bande rapide d'ici 2013. Elle veut s'assurer qu'au moins 50 % des ménages puissent s'abonner à un service d'accès à l'Internet supérieur à 100 mégaoctets par seconde (Mbps) d'ici 2020.

Pour ce faire, la Commission a proposé un mécanisme pour l'interconnexion en Europe (MIE) de 50 milliards d'euros pour des projets d'infrastructures transfrontalières dans le cadre du budget de l'UE pour 2014-2020.

Quelque 9,2 milliards d'euros ont été alloués à l'extension du haut débit et des réseaux numériques, alors que certains craignent que l'Europe n’accuse un retard par rapport à l'Asie et les États-Unis.

L'accord de la semaine dernière sur le budget à long terme, conclu par les chefs d'État et de gouvernement, a réduit l'enveloppe du MIE destinée au haut débit de 8,2 milliards d'euros à 1 milliard.

Occasion manquée

« Il est évident qu'il est impossible de soutenir le haut débit avec un budget d'un milliard d'euros. Ce financement sera donc exclusivement consacré aux services numériques », a déclaré Neelie Kroes, la commissaire européenne en charge de la stratégie numérique.  Elle a qualifié les coupes d'« occasion manquée ». La Commission estime que plus de 200 milliards d'euros sont nécessaires afin d'atteindre les objectifs de 2020 pour le haut débit numérique.

Sous couvert de l'anonymat, une source du secteur a déclaré que 70 milliards d'euros seraient donc ajoutés à la facture pour le haut débit. Elle a expliqué que la coupe de 8 milliards d'euros représentait « des capitaux de démarrage pour des prêts impossibles actuellement », ce qui contraindrait le secteur privé et les États membres à mettre la main au portefeuille.

Le calcul du coût supplémentaire est provoqué par la perte de financements de démarrage priverait l'industrie et les États membres d'instruments financiers notés AAA et soutenus par la Banque européenne d'investissements (BEI), a indiqué cette source.

« Supprimer le haut débit de la proposition de MIE revient à être économe, mais dépensier », a déclaré Ryan Heath, le porte-parole de Mme Kroes. M. Heath a indiqué que les réseaux à large bande rapide seraient finalement construits et que l'Europe permettrait d'en stimuler la demande en utilisant le milliard restant afin de développer des services numériques transfrontaliers tels que eProcurement.

Il a cependant ajouté : « Ils seront plus coûteux en fin de compte et arriveront plus tard, car ils sont plus risqués en l'absence de soutien de la BEI ».

Stratégie numérique difficile à financer

Le groupe de pression de l'industrie ETNO, dont font partie Deutsche Telekom, Telecom Italia, le fournisseur néerlandais KPN, Orange de France Telecom, Telefónica, Telekom Austria, Telenor et TeliaSonera, a également critiqué la décision et affirmé que celle-ci aurait des incidences sur la compétitivité et l'innovation.

« Étant donné l'importance majeure des réseaux à large bande rapide et l'effet de levier éventuel sur les investissements de réseau privé du MIE, cette coupe budgétaire constitue une occasion manquée pour la reprise économique de l'Europe », a déclaré Luigi Gambardella, le président de l'ETNO.

Selon M. Gambardella, les investissements dans des réseaux sans fil en Europe se sont élevés à 24,8 milliards d'euros en 2011 et les membres d'ETNO y ont contribué à hauteur de 67 %. « L'industrie estime qu'il est de plus en plus difficile de soutenir ce niveau d'investissements afin de respecter les objectifs de la stratégie numérique », a-t-il ajouté.

Réactions

« La décision [concernant le budget du MIE] révèle que les gouvernements européens ne comprennent toujours pas l'importance des réseaux à haut débit capables de résister aux développement à l'avenir », a déclaré Karin Ahl, président de Fibre-To-The-Home (FTTH) Council Europe, une association du secteur dont l'objectif est d'accélérer la disponibilité des réseaux optiques à très grande vitesse pour les consommateurs et les entreprises.

« Les gouvernements du monde entier déploient leurs efforts afin de garantir la disponibilité de connexions à haut débit réel pour leurs citoyens. L'Union européenne a donc manqué une occasion importante de prendre la bonne décision, non seulement pour les années à venir, mais surtout pour l'avenir d'une Europe concurrentielle », a indiqué M. Ahl.

« Chez Huawei, nous estimons qu'offrir un accès à une large bande plus rapide à davantage d'utilisateurs est indispensable en vue de maintenir la compétitivité du secteur des TIC européennes, en tirant pleinement profit de nouvelles technologies telles que les services de cloud computing et favoriseront le retour à une croissance solide », a déclaré Tina Tsai, la porte-parole de l'entreprise chinoise de télécommunications Huawei, à Bruxelles.

« Des investissements dans le déploiement d’infrastructures joue un rôle essentiel dans ce contexte : les villes intelligentes de l'avenir s'appuieront sur une large bande ultrarapide et omniprésente. Le nouveau modèle d'entreprise numérique est impensable sans eux », a-t-elle indiqué, ajoutant : « Huawei reste disposé à contribuer aux objectifs sur le haut débit dans le cadre d'Europe 2020 en offrant aux opérateurs de télécommunications les instruments bon marché pour mettre à jour leurs réseaux. »

Dans un billet dénonciateur publié sur son blog le 9 février, la commissaire en charge de la stratégie numérique, Neelie Kroes, a déclaré à propos des négociations budgétaires de la semaine dernière : « Ce n'est pas une négociation fondée sur une vision, mais un match de boxe dans le noir destiné à transmettre l'idée que "Bruxelles" a été remise à sa place et que les responsables politiques ont réussi à arracher quelque chose […] pour leurs électeurs. »

« L'homme d'État français Georges Clémenceau disait que la guerre était trop grave pour être confiée à des militaires. Je pense parfois que l'Europe est trop importante pour être confiée à des hommes politiques », a-t-elle déclaré.

Prochaines étapes