Biocarburants pour les transports [FR]

Publié: 11 avril 2008Mis à jour: 22 mars 2011

Afin de réduire sa dépendance aux importations de pétrole et de lutter contre le réchauffement climatique, les dirigeants européens se sont engagés à accroître la part de biocarburants dans les transports à 10% d’ici 2020. Cependant, certains craignent de plus en plus que l’augmentation de la production de biocarburants n’entraîne en fait une déforestation massive et des pénuries alimentaires.

Milestones

Policy Summary

De nombreux produits issus de la biomasse tels que la canne à sucre, les graines de colza, le blé, la paille, le bois, les restes et déchets animaux et agricoles peuvent être transformés en carburants pour les transports. 

Généralement, une distinction est opérée entre les biocarburants de première génération (principalement extraits des produits agricoles comme la betterave à sucre et les graines de colza) et les  biocarburants de seconde génération  (des sources de matières ligno-cellulosiques ou "de bois" ou par le biais de nouvelles technologies afin de convertir la biomasse en liquide (BTL)).

Les deux principaux biocarburants de première génération sont le bioéthanol et le biodiesel. Le Brésil et les Etats-Unis sont les principaux producteurs de bioéthanol et l'UE est le principal producteur de biodiesel. L'Allemagne, la France, la Suède et l'Espagne sont les premiers pays européens en termes d'utilisation de biocarburants dans les transports.

L’avantage des biocarburants est qu’ils produisent généralement moins de gaz à effet de serre que les carburants traditionnels issus du pétrole et de l’essence. L’UE s’est donc fixé l’objectif de réduire les gaz à effet de serre de 20% d’ici 2020.

Pourtant, alors que le total des émissions de l’UE des 27 a chuté de 7,9% sur la période 1990-2005, les émissions des transports ont augmenté de 27% au cours de la même période étant donné l’augmentation important du trafic. Ils représentent aujourd’hui près d’un tiers de l’ensemble des émissions de CO2 de l’UE.

De plus, les sources fossiles représentent 98% du carburant pour les transports utilisé dans l’UE, exposant ainsi le secteur aux caprices des marchés pétroliers mondiaux. En outre, les biocarburants peuvent être produits en Europe, contrairement au pétrole et à l’essence qui doivent être importés. 

Evolution des politiques européennes :

Enjeux

L’objectif remis en question face au flot de critiques

La proposition de directive sur les renouvelables  publiée par la Commission en janvier 2008 vise à accroître la part de biocarburants dans les transports de 2 % – son niveau actuel – à 10 % afin de réduire la dépendance de l’Europe aux importations de pétrole et de contribuer à la lutte contre le changement climatique.

Cependant, de plus en plus de personnes craignent qu’une hausse de la production de ces carburants basée sur les technologies actuelles – qui impliquent principalement la transformation des cultures alimentaires et des matières premières en carburant – n’aie plus d’effets négatifs que positifs sur l’environnement.

Les organisations internationales ainsi que la communauté scientifique, les universitaires et les ONG dénoncent le risque de perte de la biodiversité ainsi que les pénuries d’aliments et d’eau que l’objectif pourrait entraîner dans la mesure où le sol est destiné à la production de biocarburants. Les récentes pénuries sur les marchés alimentaires internationaux et la hausse des prix qui a suivi ont également catalysé l’opposition à l’objectif européen. 

En juillet, les ministres européens de l’Environnement et de l’Energie semblaient chercher à se détacher de leur engagement en matière de biocarburants en déclarant que le mandat pourrait être changé et que la proposition législative de la Commission n’était en fait pas limitée aux biocarburants seuls, mais aux renouvelables en général, ce qui implique que les sources d’énergie comme l’hydrogène ou l’électricité pourraient aussi être comptabilisées dans l’objectif (EurActiv 07/07/08).

En septembre, la commission Industrie et énergie du Parlement, chargée du dossier, a opté pour une approche similaire, approuvant un rapport élaboré par l’eurodéputé vert luxembourgeois Claude Turmes. Tout en confirmant l’objectif de 10 % d’ici 2010 et en fixant un objectif intermédiaire de 5 % pour 2015, le rapport Turmes précise néanmoins qu’au moins 20 % de l’objectif de 2015 et 40 % de l’objectif de 2020 doivent être complétés par des biocarburants de seconde génération  sans qu’ils soient issus de ressources destinées à l’alimentation humaine ou animale ou de voitures alimentées à l’électricité et à l’hydrogène (EurActiv 12/09/08). De plus, les eurodéputés ont également soutenu une clause qui propose une révision majeure de l’ensemble de la politique européenne visant à promouvoir les biocarburants ainsi que de ses répercussions sur la société et l’environnement avant 2015 – une initiative qui, d’après le secteur des biocarburants, dissuadera les investissements. 

Un vote en session plénière est prévu en octobre. Pour leur part, les Etats membres doivent encore débattre de la proposition dans les mois à venir.

Biocarburants : les pour et les contre

La production de biocarburants pour les transports est confrontée à plusieurs défis:

Equilibre énergétique:

Une controverse porte actuellement sur le bilan énergétique de la production des biocarburants. Le bilan énergétique représente la différence entre la quantité d'énergie nécessaire sur un cycle complet de production des biocarburants (input) et la quantité d'énergie produite (output). Selon des études menées par MM. Pimentel et Patzek, la production d'éthanol demande plus d'énergie qu'il n'en contient lui-même. D'autres études (comme celle réalisée par le Département américain à l'agriculture) indiquent que le bilan énergétique est positif. Pour une bonne vue d'ensemble du débat sur l'équilibre énergétique des biocarburants, lire l'étude en anglais "The energetics of ethanol: an introduction and link to studies".

Potentiel de réduction du changement climatique:

En principe, les biocarburants sont "neutres en carbone": leur utilisation n'émet pas plus de dioxyde de carbone que celui absorbé au cours de la croissance des plantes utilisées pour fabriquer ces biocarburants. Ainsi, remplacer les carburants fossiles par les biocarburants pour les transports pourrait contribuer à la lutte contre le changement climatique.

Un rapport publié en mai 2007 par la division Energie des Nations Unies a averti que les biocarburants pourraient certes présenter un certain nombre d'avantages, mais que le risque d'augmenter la production de CO2 en les utilisant dans le secteur des transports était également considérable. Ce rapport note qu'en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, recourir aux biocarburants pour la production de chaleur et d'électricité serait plus approprié que dans le secteur du transport (EurActiv 10/05/2007).

Utilisation des sols:

L'utilisation des sols pour la culture bioénergétique rivaliserait avec l'utilisation des terres pour la production d'aliments et de nourriture pour animaux, en faisant augmenter le prix des produits de base comme les céréales. Selon l'AEE, pour atteindre l'objectif de 5,75% de la directive biocarburants, les cultures de biocarburants doivent représenter entre 4% et 13% du total des surfaces cultivables des 25 Etats membres.

Néanmoins, selon une étude réalisée en juillet 2007 par la DG Agriculture de la Commission, atteindre un objectif de 10 % d'utilisation des biocarburants dans les transports d’ici 2020 n’étendrait pas de manière excessive la disponibilité des sols dans l'UE et nécessiterait une partie « relativement modeste » de 15 % des terres arables. D'après cette étude, les terres gelées, actuellement réservées au titre de la Politique agricole commune pour limiter la production excessive des agriculteurs, pourraient largement couvrir ce besoin (EurActiv 27/07/07).

Environnement et durabilité:

Les cultures énergétiques exigent généralement plus d’engrais et de pesticides. Elles demandent également plus d’eau, épuisant ainsi les ressources déjà rares de la terre. De plus, la réduction de la biodiversité - en particulier dans les pays développés qui cherchent à entrer dans ce marché en expansion - constitue aussi un risque important dans la mesure où des hectares de forêt et de prairie sont supprimés pour semer de grandes quantités de cultures nécessaires pour diminuer significativement l'utilisation du pétrole dans les transports.

Par conséquent, toutes les parties concernées ont demandé l’introduction de « critères de durabilité » dans les lois encourageant une plus grande utilisation des biocarburants. Dans sa proposition de directive sur les renouvelables  présentée le 23 janvier 2008, la Commission propose actuellement d’introduire certaines normes, notamment une obligation, pour les biocarburants comptabilisés dans l’objectif de 10%, de contribuer à une réduction de 35 % du CO2 produit tout au long du cycle de vie par rapport aux carburants fossiles, ainsi qu’une interdiction de semer des biocarburants dans les zones protégées, les forêts, les zones humides et certaines prairies ayant une grande diversité biologique.

Mais les eurodéputés insistent pour des conditions plus strictes. En septembre 2008, la commission Industrie et énergie a soutenu un rapport demandant à ce que les biocarburants permettent au moins 45 % d’économies d’émissions de carbone comparé aux combustibles fossiles – un chiffre qui serait levé à 60 % en 2015. Ils ont également insisté sur des critères sociaux et environnementaux supplémentaires afin de protéger les ressources naturelles des changements directs et indirects dans l'utilisation des sols, de garantir le respect des droits de l’homme et des conditions de travail adéquates dans les plantations de biocarburants, en particulier dans les pays en développement.  

Dans une tentative visant à trouver un compromis entre les 27 Etats membres sur la question, un groupe de travail ad hoc spécial a été créé fin février, dans le but d’élaborer les « critères principaux » pour la durabilité des biocarburants (EurActiv 01/04/08). Après des mois de conflits internes, les ambassadeurs de l’UE semblent avoir atteint un consensus  en septembre, même s’il doit encore être approuvé par les ministres et pourrait être altéré après les négociations au Parlement.

Le consensus est focalisé sur sur une approche en deux étapes, qui demandait à l’origine une réduction de 35 % du CO2, qui serait ensuite augmentée à 50 % au minimum en 2017. Pour plus de détails sur le sujet, lire EurActiv 01/09/08

La dernière exigence de l’UE concernant la réduction du CO2 tout au long du cycle de vie sera essentielle au secteur des biocarburants. En effet, le biodiesel fabriqué à partir d’huile de colza cultivée dans l’UE réduit généralement de 44 % les émissions de gaz à effet de serre tandis que le pourcentage pour l’éthanol produit à partir de canne à sucre est habituellement de 48 %.

Coûts des biocarburants:

Les biocarburants sont plus onéreux que les carburants fossiles traditionnels. L'exemption de taxes est donc nécessaire pour rendre les biocarburants plus compétitifs. Les biocarburants de seconde génération promettent d'être moins chers mais sont toujours à l'étude (lire notre LinskDossier  sur les biocarburants de la seconde génération). Dans certains pays comme le Brésil, les coûts de production des biocarburants sont relativement bas. 

Réactions

Malgré les critiques, la Commission européenne s’en tient à son objectif relatif aux biocarburants. La commissaire européenne à l’Agriculture, Mariann Fischer-Boël, affirme que la politique a été élaborée pour rester en vigueur. Selon elle, les objectifs sont réalisables et nécessaires si l’on considère la sécurité énergétique et le changement climatique avec sérieux. Le commissaire à l’Energie Andris Piebalgs a convenu que les biocarburants ouvrent la voie vers des transports plus durables et sont avantageux pour réduire la dépendance aux importations de pétrole, offrant des opportunités de développement pour les pays pauvres et laissant entrevoir un avenir pour les biocarburants de seconde génération.

L’exécutif européen insiste également sur le fait qu’inclure les « critères de durabilité » dans la législation sera suffisant pour garantir que seuls les « bons » biocarburants – qui permettent d’importantes réductions de CO2 par rapport aux carburants fossiles et ne menacent pas la diversité biologique – sont utilisés. En mars 2008, Mme Fischer-Boël a déclaré qu’elle connaissait les différentes objections soulevées et que la Commission les prend très au sérieux. Mais elle estime que l’exécutif européen est en mesure d’y répondre. Elle a également ajouté que les hausses des prix alimentaires ne sont pas une mauvaise chose puisqu’elles augmenteront les salaires des agriculteurs européens ainsi que dans les pays pauvres.

Mais en novembre 2007, un rapport de l’OCDE a averti que les gouvernements devraient cesser de créer de nouveaux mandats pour les biocarburants, alors qu’en juin 2008, un rapport de la Banque mondiale estimait que les biocarburants sont responsables d’une hausse de 75% des prix alimentaires.

Des signes précédents montrent que le Parlement européen se joint au flot de critiques internationales. L’eurodéputé vert Claude Turmes, qui mène le débat sur la directive relative aux renouvelables au Parlement, souhaite que l’objectif soit totalement abandonné face aux nombreuses incertitudes autour de la technologie. Néanmoins, dans un compromis avec son shadow rapporteur suédois, l’eurodéputé Anders Wijkman, il a plutôt décidé de faire pression en faveur d’un objectif plus bas. M. Turmes souhaite également que l’UE conclue un accord commercial sur les biocarburants avec le Brésil, affirmant que c’est le seul moyen pour que l’Europe puisse accéder de façon durable aux importantes quantités d’agrocarburants dont elle a besoin.

Agriculteurs européens ( COPA-COGECA ): 

Constructeurs automobiles ( ACEA ):

Les producteurs de biocarburants (European Bioethanol Fuel Association ( eBIO ) et European Biodiesel Board ( EBB )) :

Les ONG écologistes ( WWF Greenpeace Les Amis de la Terre T&E BEE BirdLife Biofuelwatch ) :