Cameron signale à l’Écosse qu’elle pourrait perdre son adhésion à l’UE

Publié: 11 février 2013

Le gouvernement britannique a intensifié lundi (11 février) sa campagne afin d’empêcher l’Écosse de quitter le Royaume-Uni. Il a publié un avis juridique qui laisse penser que la région du Nord renoncerait à son adhésion à l’Union européenne, à l’OTAN et aux Nations unies, si elle optait pour l’indépendance.

Background

La sortie éventuelle de la Grande-Bretagne de l'Union européenne figure en tête de l'agenda politique après que le premier ministre David Cameron a déclaré que la Grande-Bretagne devait utiliser les bouleversements créés par la crise de la zone euro pour nouer de nouvelles relations avec l’UE.

La Grande-Bretagne a négocié plusieurs exemptions de domaines politiques clés de l'UE depuis son adhésion en 1973.

Elle n'est pas membre de la zone euro, n'a pas ratifié le traité de libre circulation de Schengen et ne veut pas respecter un certain nombre de règles européennes de coopération policière et judiciaire.

Le Parti national écossais (SNP), en faveur de l’indépendance et à la tête du gouvernement écossais décentralisé, envisage d'organiser un référendum l'année prochaine sur ce sujet sensible et passionnel. Il a minimisé les conséquences d'un vote favorable au statut international de l'Écosse.

Deux experts éminents indépendants en droit international ont rédigé un avis juridique de 57 pages pour le gouvernement britannique. Ils ont déclaré que les incidences pourraient avoir une plus grande portée.

L'avis a été publié alors que la Grande-Bretagne se demande si elle compte rester ou non dans l'UE.

>> Lire : David Cameron prend le risque d’organiser un référendum sur l’UE

D'après cet avis, le poids considérable du précédent international laisse penser que l'Écosse serait juridiquement considérée comme un « nouvel État », un scénario qui contraindrait la région à redéposer une demande d’adhésion aux institutions internationales comme l'UE, les Nations unies et l'OTAN.

« Si l'Écosse devenait indépendante, seul le "reste du Royaume-Uni" continuerait automatiquement à exercer les mêmes droits, obligations et pouvoirs conformément au droit international, comme le Royaume-Uni le fait actuellement, et ne devrait pas renégocier des traités existants ou redéposer une demande d’adhésion aux organisations internationales », indique le gouvernement.

La décision inhabituelle de publier un tel avis reflète les craintes du gouvernement selon lesquelles les Écossais pourraient voter en faveur de l'indépendance, ce qui pourrait provoquer la séparation du Royaume-Uni constitué de l'Angleterre, de l'Écosse, du pays de Galles et de l'Irlande du Nord.

Le premier ministre David Cameron est intervenu dans le débat dimanche en admettant que l'Écosse disposait des caractéristiques pour devenir une nation indépendante, mais qu'elle tirait profit « du meilleur des deux mondes » en tant que membre du Royaume-Uni.

« En clair : la Grande-Bretagne fonctionne. Elle fonctionne bien. Pourquoi la briser ? », a-t-il écrit dans un article publié dans des journaux écossais.

L'avenir politique et l'héritage historique de David Cameron sont en péril. Il s'est engagé à se présenter aux prochaines élections générales britanniques en 2015 et son propre Parti conservateur ne lui pardonnerait jamais s'il présidait à la rupture du Royaume-Uni.

Rivalité historique

Les principaux partis de Londres luttent ensemble contre l'indépendance tout en sachant que le SNP d'Alex Salmond est une machine politique futée et très motivée qui mettra tout en oeuvre pour remporter un vote sur sa politique phare.

Puisant dans un mélange brûlant de rivalités historiques, de divergences politiques et une perception selon laquelle le Parlement britannique n'encourage pas les intérêts nationaux de l'Écosse, la campagne « Yes Scotland » souhaite que l'indépendance devienne une réalité d'ici 2016.

La sécession de l'Écosse pourrait engendrer de graves problèmes pour le reste du Royaume-Uni.

Trident, la flotte britannique de sous-marins nucléaires, est basé en Écosse et les recettes du pétrole venant de la mer du Nord en Écosse sont importantes pour les caisses de l’État. Des analystes indiquent que la Grande-Bretagne aurait plus de difficultés à garder son droit de parole au sein d'organisations internationales comme le Conseil de sécurité de l'ONU et dans les prises de décision de l'UE.

D'après des sondages d'opinion, le pourcentage de défenseurs de l'indépendance stagne à environ un tiers contre la moitié d'opposants. David Cameron et des responsables politiques d'autres partis demeurent cependant nerveux.

L'un des éléments essentiels de l'argument du premier ministre britannique est que l'Écosse jouit déjà d'un degré d'autonomie élevé grâce à son propre parlement. Il a laissé entendre qu'il pourrait même rapatrier plus de pouvoirs si les Écossais rejetaient l'indépendance totale.

« Nous voulons que vous examiniez scrupuleusement, contestiez et forgiez votre propre opinion. Il ne doit pas s'agir d'un saut dans l'inconnu, mais d'une prise de décision en connaissance de cause », a-t-il déclaré.

Prochaines étapes