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Ashton s’en sort bien lors des auditions au Parlement [FR]

Publié 12 janvier 2010
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Catherine Ashton, la nouvelle Haute représentante de l’UE aux Affaires étrangères, a facilement réussi son examen de passage devant le Parlement européen hier (11 janvier), supprimant les obstacles à sa confirmation lors du vote de la nouvelle Commission européenne plus tard ce mois-ci.

La commissaire désignée britannique pour les relations extérieures a fait face à des questions difficiles pendant trois heures de séance d’examen parlementaire à Bruxelles. Elle a évité tout écueil important sans pour autant parvenir à impressionner son audience.

Mme Ashton a été aidée par le format de son audition, qui l’a forcée à répondre en une ou deux minutes maximum à chaque question, l’empêchant de trébucher sur les détails de quelques sujets délicats comme l’Iran ou le Moyen Orient.

La Commission européenne dans son ensemble sera soumise à un vote d’approbation le 26 janvier et il semble que la performance raisonnable de Mme Ashton lui assure sa place dans la nouvelle équipe.

En réponse à des questions d’eurodéputés de la commission des Affaires étrangères, la commissaire désignée britannique a souligné qu’elle travaillerait étroitement avec les Etats membres de l’UE dans le traitement des questions de politique étrangère telles que l’Afghanistan ou les relations avec la Russie.

Elle a déclaré que l’Europe avait besoin de parler d’une seule voix sur la scène internationale tout en précisant que ceux qui sont impliqués dans la formulation d’une politique étrangère – le président de la Commission européenne, le nouveau président permanent du Conseil de l’UE, la présidence tournante de l’UE et les dirigeants des Etats membres – devraient avoir aussi leur mot à dire.

Quelle que soit la personne qui s’exprime, cela devrait être avec une position similaire, a-t-elle déclaré, essayant de dissiper les critiques selon lesquelles la diplomatie de l’UE est devenue encore plus complexe à la suite de l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne.

Approche collective au Moyen Orient

Mme Ashton est parvenue à éviter les critiques sur son approche du Moyen Orient, mettant en avant la situation incroyablement difficile de cette région et expliquant qu’elle ne presserait pas pour une solution.

La Britannique avait déclenché des commentaires échaudés le mois dernier lorsqu’elle avait appelé Israël à mettre un terme au traitement discriminatoire des Palestiniens à Jérusalem-Est et à faire de Jérusalem la capitale à la fois d’Israël et du futur Etat palestinien (EurActiv 09/12/09).

Elle a affirmé avoir contacté la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton sur cette question. J’ai entamé les discussions mais nous devons encore trouver ensemble des solutions, a-t-elle dit, soulignant que ces solutions devraient être trouvées en coopération étroite avec les partenaires de l’UE dans la région.

Elle avait signalé auparavant son intention de voyager au Moyen Orient rapidement après sa confirmation, inscrivant le conflit israélo-palestinien au sommet de l’agenda européen.

L’Union pour la Méditerranée, un projet lancé sous la présidence française avec l’ambition d’y inclure les pays du Moyen Orient, doit être comprise dans le contexte plus large de la politique de voisinage, a-t-elle dit, admettant que cette initiative avait connu des temps difficiles et était parvenue à peu de résultats jusqu’ici.

Afghanistan

En réponse à une question de Geoffrey Van Orden, un eurodéputé conservateur, Mme Ashton a admis qu’elle ne savait pas combien d’argent l’UE avait alloué à l’Afghanistan en 2010.

Mais elle a souligné qu’il était absolument essntiel que l’UE reste impliquée dans ce pays en guerre, même si elle n’a aucun moyen militaire. Notre rôle n’est peut-être pas militaire, a-t-elle dit, mais l’UE devrait rechercher des domaines dans lesquels elle peut apporter une valeur ajoutée en renforçant la coopération entre les Etats membres qui envoient des troupes dans ce pays.

Défendre les droits de l’homme

La Britannique a rejeté les allégations selon lesquelles elle se montrerait trop souple dans sa défense des droits de l’homme dans des pays comme la Chine, l’Iran ou la Russie et qu’elle suivrait une politique de « diplomatie silencieuse » au lieu de se montrer ferme.

Parler aux gens sans les lumières éblouissantes des médias peut s’avérer plus efficace, a-t-elle expliqué, affirmant qu’elle n’ignorerait à aucun moment les questions de droits de l’homme lorsqu’elle visiterait les autres pays.

Parler fort n’est peut être pas le meilleur moyen de parvenir aux résultats désirés par l’UE, a-t-elle argué, expliquant que les droits de l’homme sont universels mais que quelquefois ils devaient être envisagés différemment au regard des différentes cultures.

Besoin d’une relation forte avec la Russie

De nombreuses questions avaient trait à la relation de l’UE avec la Russie, qui ont été marquées par des tensions en raison de la tentative de Moscou de reconstruire sa sphère d’influence en Europe de l’est à la suite de la chute de l’Union soviétique.

En faisant référence à la courte guerre d’août 2008 entre la Russie et la Géorgie et à d’autres conflits gelés dans le Caucase, Mme Ashton a déclaré que Moscou était bien sûr un thème commun car tous ces pays étaient auparavant membres de l’URSS.

Mais Mme Ashton a déclaré que l’UE avait besoin de maintenir de bonnes relations avec son plus grand voisin, ajoutant qu’elle rechercherait des solutions aux problèmes sans en créer des différents. Nous avons besoin d’avoir une forte relation avec la Russie, a insisté la baronne Ashton.

La Moldavie, une ancienne république soviétique avec une importante minorité russe, est la plus importante bénéficiaire de l’aide européenne, a-t-elle noté, qui s’élève à 16 euros par tête.

En réponse à une question sur la sécurité énergétique, Mme Ashton a déclaré que l’UE devrait maintenir de bonnes relations dans ses négociations avec Moscou. J’ai une carte des pipelines avec moi, a-t-elle dit, ajoutant que résoudre les problèmes d’approvisionnement du gaz de l’UE avait aussi beaucoup à voir avec l’Ukraine, le principal pays de transit du gaz russe vers l’Europe.

De la flexibilité pour le nouveau service diplomatique de l’UE

Mme Ashton a appelé à la flexibilité du Parlement européen dans son approbation du budget du Service européen pour l'action extérieure (SEAE), un corps administratif fort de 6 000 personnes introduit par le traité de Lisbonne qu’elle devrait diriger.

Ce nouveau service, qui combinera des diplomates nationaux avec des fonctionnaires européens, devrait être une structure sui generis distincte de la Commission européenne, a-t-elle dit. C’est ce que le traité m’en dit, a-t-elle précisé.

Elle a affirmé qu’elle s’assurerait qu’une structure soit mise en place afin d’être sûre que l’argent est contrôlé mais elle a aussi appelé à de la flexibilité pour le budget, sans pour autant se soustraire au contrôle du Parlement mais pour être capable de répondre aux priorités changeantes.

Elle a néanmoins rejeté les suggestions selon lesquelles l’UE devrait mettre en place un réseau à l’américaine de représentants spéciaux pour des pays ou des régions spécifiques qui auraient besoin d’un accord du Parlement lors des auditions de confirmation. Je ne prévois pas d’avoir de nombreux représentants spéciaux dans les différents pays, a-t-elle dit, expliquant qu’elle n’était pas sûre que le traité autorise cela de toute façon.

Réactions : 

S’exprimant au nom du Parti populaire européen de centre droit (PPE), le plus important parti politique au Parlement européen, l’eurodéputé Elmar Brok (CDU, Allemagne) a déclaré qu’il n’était pas enthousiaste à propos de la performance de Mme Ashton. Cependant, pour montrer que le PPE était prêt à soutenir la  britannique, il a estimé que l’audition servait néanmoins de base à une coopération future.

En particulier, M. Brok semble avoir apprécié la reconnaissance par Mme Ashton du rôle joué par le Parlement dans l’approbation du budget de l’UE pour la politique étrangère. Cela concerne en particulier la création d’un Service d’action extérieure, dont le budget et le statut personnel demandent l’approbation du Parlement européen dans le cadre de la procédure de co-décision. Sans l’approbation du Parlement, il n’y aurait pas de Service d’action extérieure.

Charles Tannock, un eurodéputé conservateur britannique, a déclaré que Mme Ashton avait amélioré sa performance depuis sa première apparition devant le Parlement européen en décembre dernier.

Elle a travaillé dur pour améliorer ses connaissances sur les questions de sécurité extérieure et de défense, et je pense qu’elle était clairement mieux préparée que la dernière fois, a déclaré M. Tannock dans un message vidéo adressé au groupe eurosceptique European Conservatives and Reformists (ECR).

M. Tannock a ajouté que Mme Ashton avait toutefois donné des réponses très évasives et que sa connaissance était encore plutôt superficielle et qu’elle avait fait preuve de son manque d’expérience. Elle s’est améliorée, elle a pris possession du poste, heureusement, elle va tous nous surprendre dans l’avenir lorsqu’elle va revenir avec encore plus d’expérience. Mais elle ne mettrait certainement pas le feu à la Tamise.

Je lui donnerais carte blanche mais je dois discuter de cela avec mes collègues à l’intérieur du groupe, a conclu M. Tannock.

Le groupe vert au Parlement européen, qui a figuré parmi les critiques les plus acerbes de Mme Ashton dans le passé, s’est montré peu impressionné après l’audition, accusant la baronne Ashton de manquer de vision politique.

Les verts ont cependant apprécié Mme Ashton pour sa volonté de rencontrer les ONG sur les questions des droits de l’homme dans différentes parties du monde et ont salué son intention d’impliquer le Parlement dans les questions budgétaires liées au service d’action extérieure.

Dans l’ensemble, cependant, nous n’avons observé aucun engagement développant une vision politique et nous n’en savons pas plus sur ce qu’elle espère réaliser ces cinq prochaines années, a conclu le groupe.

Oxfam, l’ONG de développement international, n’a pas été convaincue par la performance de Mme Ashton au Parlement. La baronne Ashton n’a pas encore démontré sa capacité à opérer des changements radicaux de l’approche européenne, nécessaires pour que l’UE soit vraiment capable de peser mondialement […] Mme Ashton doit fournir une vision de l’UE pour affirmer ses engagements à travers le monde, mais ses réponses lors de l’audition n’ont pas apporté beaucoup de réponses quant à l’existence d’une telle vision, a déclaré Elise Ford, chef du bureau européen d’Oxfam International.

Si elle est confirmée, Mme Ashton fera face à d’énormes défis ces cinq prochaines années […] Même après l’audition, les décideurs politiques européens, les citoyens concernés et les organisations de la société civile ont encore des interrogations quant aux projets de la Haute représentante de fournir une nouvelle vision de la politique étrangère de l’UE, a-t-elle ajouté.

Prochaines étapes : 
  • 26 janv.: Vote du Parlement sur l’intégralité de la Commission
Contexte : 

Catherine Ashton a été unanimement soutenue par les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE pour devenir la prochaine haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères lors d’un sommet en novembre (EurActiv 20/11/09).

Née en 1956, la baronne Ashton d’Upholland a étudié la sociologie à l’université avant de commencer une carrière dans la politique britannique, et de devenir au final dirigeante du parti travailliste britannique à la Chambre des Lords.

Elle a été nommée commissaire européenne au commerce en 2008 (EurActiv 22/10/08).

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