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Barroso II doit rattraper le temps perdu

Publié 08 février 2010 - Mis à jour 11 février 2010
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Un agenda très chargé attend la future équipe Barroso II alors que son vote de confirmation au Parlement européen doit avoir lieu demain (9 février) et qu'un temps précieux a été perdu avec la lente ratification du traité de Lisbonne, le choix des nouvelles personnalités et la mise en place du nouvel exécutif.

Nous connaissons aujourd'hui la plus longue période de vacance du pouvoir de l'histoire de l'Union, a déclaré à notre site Internet Sir Julian Prestley, un initié de longue date des sphères européennes.

En effet, après le processus de réforme institutionnelle qui a débuté en 2001 au sommet de Laeken et qui s'est achevé avec l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne en décembre dernier, ainsi que l'incertitude qui a entouré une Commission européenne intérimaire depuis plusieurs mois, de très nombreuses tâches attendent l'équipe Barroso II.

Sir Julian, qui a été secrétaire général du Parlement européen de 1997 à 2007, a déclaré que ce n'était la faute de personne si ce temps précieux avait été perdu, mais il a souligné qu'il y avait un besoin urgent de se mettre au travail.

L'agenda est épouvantablement chargé – nouveau programme économique et stratégie de croissance pour remplacer l'Agenda de Lisbonne, avec des mesures pour encourager des politiques actives du marché du travail et la compétitivité ; encourager un retour le plus rapide possible à la stabilité financière dans les Etats membres ; achever le marché unique et poursuivre les objectifs visant à une réglementation plus appropriée ; gérer les retombées de Copenhague ; préparer la prochaine étape du nouveau cadre règlementaire pour les services financiers et bancaires ; réformer la Politique agricole commune, les politiques structurelles et le budget ; et s'occuper de la prochaine et très complexe étape du processus d'élargissement, a déclaré Sir Julian.

En parallèle, a-t-il affirmé, l'exécutif de l'UE était responsable pour faire fonctionner les nouvelles institutions du traité de Lisbonne et réparer les dommages publics infligés à la réputation de l'Union après dix ans de retards et de procrastination concernant l'architecture institutionnelle de l'Union.

Des survivants sous performants

Interrogé pour savoir si les nouveaux commissaires étaient prêts à remplir leurs fonctions, il a déclaré que les auditions de confirmation parlementaires leur avaient accordé des mentions passables ou des diplômes de troisième classe, selon les qualifications des universités britanniques.

La plupart des commissaires désignés semblaient réticents à donner des détails sur les initiatives qu'ils allaient mettre en œuvre, a souligné M. Priestley.

Le principal mérite des auditions a été de retirer les indésirables, mais elles ne constituent pas un guide fiable pour les futures performances des survivants, a-t-il expliqué.

Avec une ou deux exceptions, il n'est pas certain que la Commission Barroso II ait de grosses personnalités, comparé notamment à la Commission Prodi et ses nombreuses "stars", a mis en avant l'ancien fonctionnaire.

Un bon équilibre entre les portefeuilles

M. Prestley a cependant admis que le président de la Commission José Manuel Barroso avait réalisé un bon travail dans la distribution des portefeuilles, les décrivant comme mieux équilibrés.

Tout le monde semble avoir un vrai travail. Il y aura toujours des guerres de territoire dans une Commission à 27 membres, mais elles semblent gérables cette fois-ci. Et les équilibres internes – politique, géographique, entre anciens et nouveaux Etats membres, entre anciens et nouveaux membres de la Commission, entre les sexes – tout cela semble avoir été mieux géré, a-t-il ajouté.

Cependant, cette vision n'est pas partagée par tous. Récemment, des personnes issues du Parlement ont déclaré à EurActiv que les attributions de portefeuille par M. Barroso mènerait à un chevauchement sans précédent des responsabilités, ce qui est considéré comme un facteur de risque pour les mois et années à venir (EurActiv 21/01/10).

En ce qui concerne l'équilibre politique, Sir Julian a déclaré que le nouvel exécutif était très semblable à une large coalition, dont la forte présence des Libéraux devrait assurer de son point de vue un degré durable de soutien politique des trois groupes parlementaires les plus importants.

Des chercheurs ont récemment déclaré à EurActiv que la nouvelle Commission était plus partisane que la première équipe Barroso, mais que cela n'était pas considéré comme un développement négatif (EurActiv 11/12/09).

Un test plus dur pour Ashton

Le jury ne se prononcera pas sur cette Commission avant de voir la qualité des propositions et des actions de la nouvelle équipe, mais le test le plus dur sera pour Catherine Ashton, haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères et vice-présidente de la Commission, selon M. Prestley.

Sa fonction est de nature décisive. Elle doit monter un nouveau service, s'assurer qu'il a l'autorité et l'autonomie suffisantes pour fournir un soutien sérieux à l'agenda de l'UE en matière d'affaires étrangères. Et elle devra décider quelles seront les priorités limites de l'UE dans ce domaine, où un consensus peut être atteint, et où l'UE a un intérêt clair à agir. Elle ne se verra pas accorder beaucoup de temps pour prouver de quoi elle est capable, a-t-il prévenu.

En effet, Mme Ashton a déjà été sujette à des critiques pour sa gestion de la crise humanitaire en Haïti (EurActiv 25/01/10) ou sur l'impasse sensible concernant les élections présidentielles en Ukraine (EurActiv 25/01/10).

La pression va désormais peser sur l'ensemble de l'équipe pour qu'elle commence à travailler, agisse rapidement et de manière décisive. On ne s'attend pas à ce qu'elle produise des centaines de jours d'action dynamique, mais avant l'été, les personnes dans les institutions et au-delà voudront des résultats, a déclaré Sir Julian.

Réactions : 

Pour Piotr Maciej Kaczyński, chargé de recherche au Centre for European Policy Studies (CEPS) à Bruxelles, les auditions ont montré que le système marchait, avec une bonne performance du Parlement.

Dans le cadre du traité de Lisbonne, le Parlement est une institution qui est censée protéger, a-t-il dit à EurActiv, et sera en première ligne dans la défense des intérêts communs.

Le Parlement est là pour tester ce que les candidats pensent d'un point de vue européen. Auparavant, les commissaires étaient présentés par les gouvernements comme leurs représentants, défendant l'intérêt national du pays, a déclaré M. Kaczyński.

Le Parlement a tout fait pour changer cet état de fait, notamment en disqualifiant les candidats ne disposant pas des compétences de base. Cela signifie que le Parlement est sans peurs et veut que les commissaires respectent les principes européens. C'est pourquoi nous pouvons avoir de hautes attentes par rapport à la nouvelle Commission, a-t-il expliqué.

L'analyste a déclaré que le fait que la commissaire rejetée venait de Bulgarie, le plus petit des deux nouveaux entrants, importait peu, parce que quiconque réalisant une telle performance, nonobstant le pays, aurait été disqualifié par le Parlement.

M. Kaczyński a déclaré qu'il s'attendait à ce que le Parlement essaye d'avoir davantage son mot à dire sur des niveaux de nomination moins importants, notamment en matière d'affaires étrangères. Des ambassadeurs clefs en Europe dans le cadre du Service européen d'action extérieure (SEAE) et les adjoints de la Haute représentante Catherine Ashton tombent dans cette catégorie, a-t-il dit.

Prochaines étapes : 
  • 9 Février.: Vote sur l'équipe Barroso II à Strasbourg.
Contexte : 

Le 9 février, le Parlement européen à Strasbourg devrait voter sur l’équipe Barroso II. Toutefois, avant le vote, les eurodéputés discuteront avec M. Barroso de sa nouvelle équipe et du partage des responsabilités, ainsi que du nouvel Accord-cadre : la base légale qui régit les relations entre le Parlement européen et la Commission européenne (EurActiv 29/01/10).

Dès midi, ils auront voté sur l’Accord. Le vote d’approbation sur la nouvelle Commission se tiendra une heure plus tard, laissant aux groupes politiques du Parlement suffisamment de temps pour évaluer les débats.

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