Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré que l’innovation devait être au cœur de l’action de la prochaine Commission, mais la question se pose de la signification réelle d’une telle déclaration, au regard de la nature horizontale de la politique d’innovation.
Le président n’a pas manqué de conseils. Bruegel, un think tank, a suggéré de nommer un « commissaire à l’économie de la connaissance » chargé des trois aspects du triangle de la connaissance : l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation.
L’European Policy Centre, pour sa part, suggère de nommer un nombre restreint de supercommissaires – dont un qui serait chargé de la compétitivité, de la recherche et de l’innovation, y compris le transport et la politique régionale.
Selon le think tank bruxellois, cela pourrait être complété par un commissaire chargé des questions stratégiques, dont l’avenir de la Stratégie de Lisbonne.
Bien que l’EPC accepte qu’un tel remaniement est improbable, il vaut la peine de noter que la seconde Commission Delors avait un vice-président pour la science, la recherche, le développement, les télécommunications et l’innovation. Le poste avait échu à l’Italien Filippo Maria Pandolfi.
Même le commissaire sortant aux Entreprises Günter Verheugen a fait part de ses suggestions en prenant la parole hier (22 septembre) lors d’un évènement sur l’innovation hébergé par la direction générale pour l’éducation et la culture.
Il a déclaré que l’exécutif européen faisait « trop peu de petites choses qui ont trop peu d’impact » et qu’il devait trouver une stratégie plus forte. Le président Barroso, dit-il, considère une restructuration de la Commission pour aboutir à une politique de l’innovation plus ciblée et plus concentrée.
M. Verheugen a dit que la Commission publiera une législation sur l’innovation européenne (European Innovation Act) sur le modèle du Small Business Act au printemps 2010, et il a indiqué que l’économie et l’innovation pauvres en carbone seront au centre de l’Agenda post-Lisbonne. Le nouveau programme pour l’innovation pourrait se concentrer sur les PME innovantes et l’entreprenariat, étant donné l’influence de la DG Entreprise dans la conception du document.
Des conseillers spéciaux proposés
Parmi les alternatives à l’option de remettre l’innovation à un supercommissaire, on compte la nomination d’un « tsar de l’innovation » extérieur qui présiderait un comité de commissaires et ferait rapport directement au président (EurActiv 08/06/09).
La manière dont tout cela est censé correspondre à l’annonce récente de M. Barroso, qui a annoncé vouloir nommer un conseiller scientifique en chef, n’est pas encore claire. M. Barroso a déclaré que la création d’un fer de lance de la science reflète l’importance centrale qu’il donne à la recherche et à l’innovation, liant l’innovation et la R&D.
C’est quelque chose qui inquiète les PME, qui se plaignent en continu de l’obsession de l’UE d’encourager la R&D dans les universités et les grandes sociétés innovantes. Selon les lobbyistes des petites entreprises, la plupart de l’innovation et des emplois sont créés par les PME, et ils craignent d’être négligés si l’agenda de la recherche vient dominer l’innovation.
Les groupes d’entreprises préfèrent laisser l’innovation dans les attributions de la DG Entreprises, qui a introduit le Small Business Act favorable aux PME.
Le politique d’innovation reste fragmentée et dispersée
M. Verheugen qualifie la fragmentation actuelle de la politique de l’innovation de « désordre », épinglant le fait que jusqu’à 12 commissaires ont leur intérêt dans ce domaine transdisciplinaire.
On peut soutenir que les trois grands sont les commissaires chargés des entreprises, de la recherche et de l’éducation, chacun réclamant sa part de la considérable politique de l’innovation.
L’Année 2010 de la créativité et de l’innovation relève du secteur de l’éducation dans l’exécutif européen, tout comme le nouvel Institut européen de technologie (EIT). La brochure de l’EIT le vend clairement comme un projet d’enseignement, mais les commissaires chargés des Entreprises et de la Recherche sont aussi mentionnés.
Il y a ensuite la DG Recherche, qui est responsable des programmes-cadres de recherche de plusieurs milliards d’euros. Actuellement dans son septième cycle (FP7), ces fonds ont une influence majeure sur la direction que prennent la R&D et l’innovation en Europe.
Mais quand la Commission a dévoilé sa communication sur la révision de la « politique communautaire de l’innovation », c’est le commissaire aux Entreprises qui est monté sur scène. Le document, publié par la DG Entreprises, fut le premier à mentionner les projets de loi européenne sur l’innovation, qui doit être publié l’année prochaine (EurActiv 08/09/09).
Peut-être la Commission cherchera-t-elle à coupler ses deux obsessions de l’innovation et des PME en donnant un contrôle plus grand à la DG Entreprises, remplaçant M. Verheugen par un commissaire aux Entreprises et à l’innovation.
Barroso pourrait-il devenir le « tsar de l’innovation »?
Cependant, il reste quelqu’un qui trouve toujours le temps de monter sur scène quand des collègues déploient un projet relatif à l’innovation. Cet homme, c’est le président de la Commission, José Manuel Barroso.
C’est lui qui a défendu l’EIT et l’Agenda de Lisbonne et qui jure de faire de l’innovation un thème central de son prochain mandat de cinq ans. Nous devrons aussi mettre davantage l’accent sur l’innovation comme une façon transversale d’armer tous les secteurs de l’économie pour être plus compétitifs ; ainsi, ils feront face à l’avenir avec confiance, a-t-il dit, promettant de réunir des questions telles que les marchés publics, les droits de propriété intellectuelle et les fonds communautaires pour promouvoir l’innovation.
S’il envisage de désigner un « tsar de l’innovation », il pourrait aussi considérer se porter candidat.



