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Barroso : l’énergie et le climat sont le charbon et l’acier d’aujourd’hui [FR]

Publié 05 septembre 2009 - Mis à jour 07 septembre 2009
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Le président de la Commission José Manuel Barroso, qui est candidat à un second mandat à la tête de l’exécutif européen, a comparé les politiques de l’UE de gestion du changement climatique et de sécurité énergétique à la Communauté du charbon et de l’acier qui a ouvert la voie à la réconciliation européenne au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

S’exprimant devant un parterre de journalistes vendredi (4 septembre) à Bruxelles, M. Barroso a commenté ses « orientations politiques » pour les cinq prochaines années, qui sont censées lui assurer le soutien du Parlement européen lors d’un vote attendu plus tard ce mois-ci (EurActiv 03/08/09).

« Je veux écouter »

Tout le monde m’a invité, même ceux qui sont contre moi, a déclaré M. Barroso, exprimant sa satisfaction de pouvoir s’adresser à tous les groupes politiques du Parlement lors d’audiences qui se tiendront les 8 et 9 septembre.

A la question de savoir s’il regrettait que les audiences – excepté celle avec le groupe écologiste – soient prévues à huis clos, M. Barroso a dit que quelquefois, un peu d’intimité pouvait aider à une meilleure compréhension.

Il a insisté pour dire qu’il allait au Parlement pour écouter, et identifier les nouvelles idées à inclure dans son programme, qui pourrait aussi obtenir le feu vert des forces pro-européennes.

Il a souligné qu’il avait écrit le document de 41 pages lui-même, avec l’aide de collaborateurs.

EurActiv lui a demandé si les Conservateurs britanniques, qui plus tôt dans l’année ont fait scission d’avec le Parti populaire européen (PPE) dominant pour former un nouveau groupe anti-fédéraliste, faisaient partis de ces forces pro-européennes : il a répondu qu’il ne lui revenait pas de distribuer des « certificats d’origine européenne contrôlée ».

Il a assuré ne pas être dogmatique, expliquant qu’il savait grâce à l’histoire que des communistes comme Altiero Spinelli ou des conservateurs comme Lord Cockfield avaient richement contribué au projet européen.

M. Barroso a insisté pour dire qu’il avait prouvé sa capacité à piloter la Commission comme un organe politique et non partisan.

Avec ma culture de leadership, que j’ai appliqué pendant cinq ans, vous n’avez jamais vu de dissensions au sein de la Commission, comme des libéraux contre des socialistes, ou des socialistes contre des chrétiens démocrates […] Parce que pour moi la Commission est la parti de l’Europe, a dit M. Barroso, s’exprimant en français.

Pas au service des grands pays

Questionné pour savoir comment il allait répondre aux critiques selon lesquelles il a été trop conciliant avec les grands Etats membres de l’UE, M. Barroso a qualifié ces affirmations infondées, injustes et imprécises.

J’ai eu plus de batailles à mener contre les grands Etats membres que contre les petits, a-t-il affirmé.

Questionné sur son héritage des cinq dernières années et s’il se considérait comme un visionnaire ou un pragmatique, M. Barroso a dit avec humour qu’il ne souhaitait pas parler de lui-même au passé, puisqu’il se considérait jeune, à 53 ans.

Le succès le plus important est de loin le changement climatique

Mais si vous me demandez quelle est la contribution de cette Commission – la première Commission d’une Europe réunifiée – en termes de politiques, de loin le plus grand succès concerne le changement climatique.

Au moment présent, nous menons le monde dans la définition des standards pour combattre le changement climatique. C’était une proposition de ma Commission, et il n’a pas été facile de convaincre certains Etats membres, mais nous l’avons fait, a déclaré M. Barroso.

Vous pouvez avoir une vision, mais vous devez essayer de l’atteindre de manière pragmatique, a expliqué M. Barroso, remémorant le fait que Jean Monnet n’avait pas dit « Créons les Etats-Unis d’Europe » mais plutôt créons de la solidarité dans les industries du charbon et de l’acier. Avec le changement climatique et la sécurité énergétique, il a dit que l’actuelle Commission faisait quelque chose de similaire, aux portes du 21ème siècle.

Le charbon et l’acier devaient réconcilier de vieux ennemis, l’Allemagne et la France […] Honnêtement, certains pays en Europe n’étaient pas si enthousiastes à propos de l’agenda du changement climatique, mais il étaient inquiets au regard de la sécurité énergétique. Nous avons donc lié ces deux questions, a déclaré M. Barroso, ajoutant qu’en Europe, il était souvent possible d’avoir une plus grande ambition plutôt qu’une plus petite ambition.

Si la Commission avait juste proposé un agenda pour le changement climatique, il aurait été difficile de trouver un consensus, a-t-il mis en avant.

Inquiétude quant au retard du traité de Lisbonne

M. Barroso a exprimé ses craintes à propos de la ratification retardée du traité de Lisbonne et il a parlé de la possibilité d’étendre le mandat de l’actuelle Commission de manière intérimaire après le 23 novembre, lorsque son mandat de cinq ans expirera.

Oui, je suis inquiet […] Si nous n’avons pas de clarté juridique, il existe la possibilité d’avoir une Commission intérimaire, et cela n’est pas bon. C’est pourquoi je pense que ce n’est pas une bonne idée de repousser les décisions dont nous pouvons nous occuper dès maintenant, a-t-il dit. 

M. Barroso a déclaré que la stabilité institutionnelle de l’UE était particulièrement importante, notamment au regard de la Conférence des Nations unies qui doit se tenir à Copenhague, qui doit adopter un successeur au Protocole de Kyoto sur le changement climatique.

La Conférence de Copenhague est en décembre. Il s’agit de l’un des moments les plus important des négociations mondiales de ces dernières années, et j’ai peur que la Commission n’y sera pas présente en pleine possession de ses compétences, d’un point de vue politique et même juridique.

Pour cette raison, il a déclaré qu’une fois que la question de l’appartenance à la Commission sera résolue, il pressera les Etats membres de régler les autres problèmes : non seulement le référendum irlandais, mais aussi demander aux Etats qui ne l’ont pas encore fait – la République tchèque, la Pologne et l’Allemagne – de trancher sur le traité de Lisbonne.

Un président de la Commission européenne avec une légitimité toute fraîche aura plus d’autorité pour régler ces problèmes, a-t-il ajouté.

Un message pour l’Irlande 

En ce qui concerne l’Irlande, M. Barroso a affirmé qu’il espérait que le peuple irlandais se rappellerait des efforts consentis par l’Europe pour l’aider à sortir de la crise économique actuelle.

Bien que l’Irlande ne représente que 1 % du PIB de l’UE, le pays a reçu 15 % des réserves de la Banque centrale européenne afin de l’aider à respirer lors de la tourmente financière, a commenté M. Barroso. Si l’Irlande n’avait pas été un membre de l’UE et de l’eurozone, le pays serait maintenant en pleine banqueroute, comme l’Islande, a fait remarquer M. Barroso.

Avant cette crise financière, le premier ministre islandais m’a demandé si son pays pourrait devenir un membre de l’eurozone sans adhérer à l’UE, a révélé M. Barroso, affirmant qu’il lui avait répondu que cela serait impossible avec les traités actuels de l’UE.

A présent, l’Islande veut devenir membre de l’UE, a poursuivi M. Barroso. Il s’agit là d’un dossier d’envergure, a t-il dit, ajoutant que pour l’Irlande, lorsque tous els autres arguments auront échoué, l’argument le plus rationnel devrait être qu’un vote « oui » est une vote pour l’emploi.

Prochaines étapes : 
  • 8-9 sept. : M. Barroso doit se présenter devant les groupes politiques du Parlement européen pour des auditions à huis clos. 
  • 10 sept. : Réunion des chefs des groupes politiques du Parlement européen pour décider de la date du vote en session plénière concernant la reconduction de M. Barroso. 
  • 16 sept. : Date provisoire du vote en plénière du Parlement européen sur M. Barroso. 
  • 2 oct. : Référendum irlandais sur le traité de Lisbonne. 
  • 23 nov. : Expiration du mandat de l’actuelle Commission.
Contexte : 

José Manuel Barroso a reçu le soutien unanime des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE en juin pour un second mandate de cinq ans à la tête de la Commission européenne (EurActiv 19/06/09). 

Leur soutien politique a été formalisé par une procédure écrite le 9 juillet. La Suède, l’actuelle titulaire de la présidence tournante de l’UE, avait insisté pour que M. Barroso soit reconduit dès que possible, affirmant qu’en temps de crise l’Union avait besoin d’un président de la Commission qui puisse exercer tous ses pouvoirs (voir LinksDossier sur la présidence suédoise de l’UE). 

Cependant, la réélection de M. Barroso a pris un tout autre chemin au Parlement européen. Après la tenue des consultations arbitrées par la présidence suédoise de l’UE, il est apparu que le Parlement européen ne voterait pas sur la reconduction de M. Barroso à sa session plénière de juillet (EurActiv 02/07/09). 

Des eurodéputés des groupes socialistes et libéraux, soutenus par les Verts et l’extrême gauche, ont soutenu que toute décision sur des désignations importantes devraient attendre la fin des élections générales de septembre en Allemagne et le second référendum sur le traité de Lisbonne en Irlande, qui se déroulera le 2 octobre. 

En conséquence, juste avant les vacances, les dirigeants des groupes politiques du Parlement européen ont convenu de reporter jusqu’au 10 septembre leur décision sur la date d’un vote sur les postes de premier plan (EurActiv 17/07/09).

Le document de 41 pages, intitulé « Orientations politiques pour la prochaine Commission », a été dévoilé le 3 septembre (EurActiv 03/09/09).

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