EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

Chypre prépare le programme de la future présidence européenne et une demande de renflouement

Version imprimable
Send by email
Publié 07 juin 2012, mis à jour 25 juin 2012

Hier (6 juin), l'ambassadeur chypriote auprès de l'UE, Kornelios Korneliou, a donné un premier aperçu du programme de la présidence du Conseil de l'UE qu'exercera son pays à partir du mois de juillet. Dans le même temps, un porte-parole du gouvernement a annoncé que Nicosie préparait une demande de renflouement pour sauver sur système bancaire fortement exposé à la dette grecque.

M. Korneliou a admis que son pays, membre de la zone euro, rencontrait des problèmes avec son secteur bancaire. Il a établi un parallèle entre la situation de Chypre et celle de l'Espagne qui n'a pas encore demandé une aide de l'UE.

Lorsque les journalistes lui ont demandé s'il comptait requérir un renflouement, il a répondu : « Oui, c'est une possibilité, mais nous devrions attendre de voir comment les choses évoluent en Espagne. A Chypre, nous sommes également confrontés à de nombreux problèmes dans le secteur bancaire en raison de son exposition au marché grec. Nous devons déterminer si nous sommes capables ou non de recapitaliser nos banques. Si ce n'est pas possible, le renflouement sera une option. Mais nous n'y sommes pas encore. Il faudra encore attendre quelques jours. »

« J'espère que cela n'affectera pas notre programme, notre présidence, car ce n'est pas lié, mais nous devrons bien évidemment attendre de voir ce qu'il se passera le 1er juillet. »

Christos Christofides, porte-parole adjoint du gouvernement, a été cité dans la presse chypriote comme affirmant qu'il était très probable que Chypre doive avoir recours au Mécanisme européen de stabilité (MES) pour soutenir son système bancaire.

Le représentant permanent de Chypre auprès de l'UE a également été interrogé sur la Grèce qui organisera des élections cruciales le 17 juin prochain. Ce scrutin pourrait d'ailleurs mettre à mal le programme de renflouement de l'UE et du FMI. Selon lui, la Grèce restera au sein de la zone euro et de l'Union européenne.

« Ce qui se passera en Grèce nous affectera tous. Nous voulons que la Grèce fasse partie de ce groupe et je pense qu'ils peuvent y arriver », a-t-il expliqué.

Une Europe meilleure

Concernant le programme de la présidence, le diplomate a indiqué que son pays définirait un nombre limité de priorités et qu'elles seraient dévoilées officiellement dans quelques jours. Chypre s'apprête à exercer la présidence du Conseil de l'UE pour la première fois depuis son adhésion en 2004.

L'ambassadeur a précisé qu'en ces temps de difficultés économiques, la présidence chypriote ne plaiderait pas pour « plus d'Europe » ou « moins d'Europe », mais bien pour une « Europe meilleure » plus proche de ses citoyens et du monde qui l'entoure.

Chypre a l'intention de présenter un programme que l'on pourrait qualifier de modeste, d'après ce qu'à cru comprendre EurActiv. Le budget à long terme de l'UE pour 2014-2020 reste la priorité, mais Nicosie a bien conscience que cette question sera surtout traitée par le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

En principe, un accord sur le prochain budget à long terme devrait être conclu d'ici la fin de l'année, mais aucune date butoir officielle n'a été définie.

« Nous devons nous assurer que l'argent [européen] sera investi où il faut et où il y a une valeur ajoutée », a expliqué le diplomate.

Chypre compte également travailler sur la politique d'asile commune de l'UE que la Commission souhaiterait finaliser avant 2013. Nicosie est elle-même touchée par les flux migratoires. L'ambassadeur a reconnu que la crise économique ne jouait pas en faveur des Etats membres, notamment dans le domaine de l'accueil des demandeurs d'asile.

Donner un nouvel élan aux projets de la Commission pour une politique maritime européenne intégrée est une autre priorité de Chypre. Selon Nicosie, une approche cohérente permettrait aux parcs éoliens en mer de coexister avec le transport maritime, ce qui aurait également une influence sur la gestion des ports. Une conférence de haut niveau sur la politique maritime est prévue à Chypre en octobre. Le président de la Commission, José Manuel Barroso, grand partisan de ce projet, sera présent.

Turquie : « Il faut être deux pour danser le tango »

L'ambassadeur prévoit en outre d'aborder des questions liées à la politique européenne de voisinage et à l'élargissement.

Il a mentionné l'éventualité d'un « hiver arabe » si l'UE ne parvenait pas à gérer les retombées du printemps arabe. Il a aussi mentionné le processus d'adhésion de la Turquie, malgré leurs flagrantes divergences d'opinions.

« L'élargissement se révèle souvent un outil de transformation fructueux », a-t-il expliqué. « Je pense que nous sommes sur notre lancée. Nous devrions continuer ainsi et ne pas laisser la crise économique nous empêcher d'utiliser cet outil pour nous rapprocher des pays des Balkans occidentaux, de l'Islande, mais aussi de la Turquie. »

La procédure de négociation d'adhésion de la Turquie sera une patate chaude pour Chypre, dans la mesure où Ankara envisage de geler ses relations avec la présidence chypriote, voire même avec l'UE, en raison du problème de la réunification de l'île (voir « Contexte »).

L'ambassadeur semble toutefois confiant quant à la possibilité que son pays fasse progresser les négociations avec la Turquie. En réponse à une question d'EurActiv, M. Korneliou a déclaré que lors de sa présidence, la République de Chypre ne promouvrait pas ses positions nationales et se comporterait comme un « médiateur honnête ».

« Je pensais ce que j'ai dit. Si la Turquie y met du sien, nous ferons de même », a-t-il martelé. « Le problème bilatéral que nous avons avec la Turquie ne ternira pas notre présidence. La Turquie ne veut rien avoir à faire avec la présidence chypriote. La Turquie a fait son choix. C'est très malheureux. »

Il a ajouté : « N'oublions pas que la géographie ne change pas. Une Turquie plus européenne serait non seulement dans l'intérêt de Chypre, mais aussi de l'Union européenne et de la Turquie elle-même. Mais il faut respecter les règles du jeu. Les grands membres comme l'Allemagne respectent les règles du jeu. La Turquie devrait faire de même. »

Quant au souhait de la Turquie d'obtenir un régime sans visa pour ses citoyens dans l'espace Schengen, l'ambassadeur a indiqué que le pays devrait dans un premier temps étoffer sa requête. La Turquie aurait ouvert ses frontières à plusieurs pays pour lesquels l'UE applique toujours un régime de visa. En conséquence, la Grèce est submergée d'immigrés clandestins en provenance de pays tiers qui passent par la Turquie.

« Il faut être deux pour danser le tango », a-t-il conclu.

Réactions : 

Le président chypriote, Demetris Christofias, aurait demandé à la Turquie de cesser ses provocations, d'appliquer les résolutions de l'ONU et de prendre ses distances par rapport aux précédentes déclarations qui mentionnaient un Plan B pour l'annexion de la partie nord de Chypre.

Selon M. Christofias, même si l'ONU a été informée que lui-même et l'ancien dirigeant de la communauté chypriote turque, Mehmet Ali Talat, acceptaient tous les points convenus, la Turquie continue de faire sa forte tête sur de nombreux éléments.

Le président a réaffirmé qu'il était prêt à poursuivre le dialogue pour trouver une solution à ce conflit lors de la présidence tournante du Conseil de l'UE qu'exercera son pays à partir de juillet.

Il a ajouté que la présidence chypriote du Conseil de l'UE n'aurait rien à voir avec les tentatives de réunir l'île.

Prochaines étapes : 
  • 1er juil. - 31 déc. 2012 : présidence chypriote du Conseil de l'UE.
  • 1er jan. - 31 juillet 2013 : présidence irlandaise du Conseil de l'UE.
Georgi Gotev - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Contexte : 

La division de l'île de Chypre est un problème très sensible qui affecte les relations entre l'UE et la Turquie. L'issue des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE dépend d'ailleurs de la résolution de ce problème.

Malgré des efforts répétés sous les auspices de l'ONU pour ramener les dirigeants des communautés grecque et turque chypriotes à la table des négociations, l'île est séparée en deux depuis 1974.

L'espoir d'une réunification a fait surface en 2002 lorsque le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a présenté un plan de réunification, proposant une fédération à deux entités régie par une présidence tournante.

Lors d'un référendum en avril 2004, les Chypriotes grecs ont rejeté un plan d'unité parrainé par l'ONU. Les Chypriotes turcs s'étaient quant à eux exprimés en faveur de ce plan. L'échec de ce plan a déçu les fonctionnaires européens, qui avaient accepté de voir Chypre rejoindre l'UE cette année-là surtout dans l'espoir d'encourager une résolution du conflit. En mai 2004, la république de Chypre contrôlée par les Chypriotes grecs est devenue un membre de l'UE.

Lors d'un sommet en décembre 2004, les dirigeants de l'UE ont accepté d'entamer les négociations d'adhésion avec la Turquie le 3 octobre 2005. L'une des conditions spécifiées était qu'Ankara élargisse un accord d'association de 1963 conclu avec le prédécesseur de l'UE, la Communauté économique européenne, aux dix nouveaux Etats membres de l'Union. Ce groupe de nouveaux Etats membres comprend l'Etat chypriote grec qui n'est pas reconnu par la Turquie.

En juillet 2005, la Turquie a signé un protocole élargissant son union douanière à ces dix membres de l'UE, mais Ankara a dans le même temps publié une déclaration affirmant que cette signature ne signifiait pas qu'elle reconnaissait la République de Chypre. La Turquie a également refusé d'ouvrir ses ports et aéroports à Chypre, dans la mesure où elle affirme que l'UE ne commerce pas directement avec la partie nord non reconnue de l'île.

Jusqu'à présent, seul un chapitre des négociations (sciences et recherche) a été provisoirement clôturé. Onze autres chapitres ont été ouverts, mais huit chapitres restent dans l'impasse en raison de la non-application du protocole d'Ankara par la Turquie. Ce protocole stipule l'ouverture des ports aux navires en provenance de la République de Chypre.

A lire aussi

More in this section

Publicité

Vidéos

Video General News

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Video General Promoted 4

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Publicité

Publicité