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L'aide de l'UE à la Grèce sera possible en "dernier ressort", selon Merkel

Publié 25 mars 2010
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L'Allemagne va presser les dirigeants de l'UE d'accepter qu'une aide bilatérale européenne combinée avec celle du Fonds monétaire international soit utilisée en dernier ressort pour la Grèce, si elle atteint la limite de l'insolvabilité, a déclaré le 25 mars la chancelière Angela Merkel.

S'exprimant en amont d'un sommet des dirigeants de l'UEqui doit se tenir plus tard dans la journée à Bruxelles, dirigeants qui se sont divisés sur l'aide à apporter à la Grèce pour résoudre sa crise de la dette, Mme Merkel a dit que l'Allemagne était prête à autoriser un mélange des deux mesures afin de renflouer le pays s’il ne pouvait plus se financer via les marchés de capitaux.

Lors du sommet d’aujourd'hui et de demain, le gouvernement allemand défendra son opinion selon laquelle un soutien d'urgence doit provenir d'une combinaison commune du FMI et d'une aide bilatérale de la zone euro. Toutefois, je le répète, ce ne serait qu'en dernier ressort, a affirmé Mme Merkel.

Je soutiendrai vigoureusement que cette décision – le FMI et l'aide bilatérale– est celle qu’il faut prendre. Et nous travaillerons une fois de plus étroitement avec la France sur ce sujet, a-t-elle dit dans le cadre d'une déclaration du gouvernement à la chambre basse du Parlement.

L'Allemagne a fermement résisté aux appels des autres Etats membres visant à promettre une aide à la Grèce criblée de dettes, et Mme Merkel a affirmé qu'elle ne le ferait pas.

Je le répète une fois encore, il ne s'agit pas d'une aide concrète, mais de spécifier et rapporter la décision prise le 11 février, a-t-elle dit, se référant à l'engagement avancé le mois dernier par les dirigeants de l'UE pour agir de manière coordonnée afin de maintenir la stabilité si nécessaire.

La Grèce n'était pas insolvable, et s'était engagée à entreprendre un programme ambitieux de baisse des dépenses, a dit Mme Merkel.

Un bon Européen n'est pas forcément celui qui apporte son aide rapidement. C'est celui qui respecte les traités européens et les droits nationaux afin que la stabilité de la zone euro ne soit pas atteinte, a affirmé Mme Merkel.

Mme Merkel a ajouté que les instruments disponibles pour protéger l'union monétaire n'étaient pas suffisants en ce moment, et qu'il faudrait avancer pour les corriger.

Nous devons arrêter d'utiliser des combines, a-t-elle dit.

Si les pays ne respectaient pas les règles, il aurait fallu mettre en place un mécanisme pour restaurer l'ordre sans déstabiliser la devise du bloc, a poursuivi Mme Merkel.

C'est pourquoi je vais aussi encourager les changements nécessaires au traité de l'UE, pour que les développements non souhaités puissent être combattus par des sanctions adéquates, plus rapidement et plus tôt.

Mme Merkel a affirmé que les règles budgétaires de l'UE n'étaient pas diminuées pour saper de manière délibérée les critères, comme nous avons dû le subir avec la Grèce.

Si un membre de la zone euro devient insolvable dans la situation actuelle, cela présenterait de graves risques pour tous en Europe, a-t-elle soutenu.

(EurActiv avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EurActiv.)

Réactions : 

S'exprimant au Parlement le 24 mars, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a dit que la Commission pensait qu'il était approprié de créer, à l'intérieur de la zone euro, un instrument d'action coordonnée qui pourrait être utilisé pour apporter une assistance à la Grèce si nécessaire.

Je dois dire que la création d'un tel mécanisme n'impliquerait pas automatiquement son utilisation. Créer un tel mécanisme est aussi une question de responsabilité et de solidarité. La solidarité est une rue à deux sens. La Grèce réalise des efforts économiques en ce moment et en soutenant ces efforts nous n'aidons pas seulement la Grèce mais la stabilité de la zone euro toute entière.

Le cadre pour une action coordonnée devrait être compris comme un filet de sécurité qui peut être utilisé seulement au cas où tous les autres moyens pour éviter une crise ont été épuisés, y compris en premier lieu et avant tout avoir épuisé l'influence de l'action politique au niveau interne.

Au-delà des aspects techniques, toute solution envisagée doit renforcer et fortifier l'unité et la cohérence de la zone euro et sa gouvernance. L'économie mondiale a besoin de stabilité. La zone euro est un pôle de stabilité, et il est important que sa capacité de procurer de la stabilité soit améliorée. Nous avons peut-être besoin d'avoir recours à des instruments intergouvernementaux pour certaines questions, mais ils doivent être intégrés dans un cadre européen commun, a déclaré M. Barroso.

La Banque centrale européenne va étendre des règles plus faciles pour accepter les avoirs par mesure de sécurité dans les opérations liquides en 2011 et également introduire une nouvelle échelle de glissement des marges de risque, a dit le président de la BCE Jean-Claude Trichet le 25 mars, rapporte Reuters.

M. Trichet a affirmé que l'extension serait couplée à de nouvelles marges de risques, ou de coupes, sur les avoirs.

Le Conseil d'administration de la BCE a l'intention de conserver le seuil minimum dans le cadre collatéral au niveau de l'investissement, au-delà de la fin de l'année 2010, a dit M. Trichet au Parlement européen.

En parallèle, nous introduirons, dès janvier 2011, une coupe par étape, qui continuera à protéger adéquatement l'Eurosystème, a-t-il annoncé.

Guy Verhofsstadt, dirigeant de l'Alliance des libéraux et démocrates en Europe, a déclaré aux journalistes le 24 mars qu'à leur sommet, les dirigeants de l'UE devraient mettre un terme aux discussions sur la manière de gérer la crise économique grecque, une discussion qui selon lui détruisait tout.

Cela fait des mois que nous discutons et différentes solutions ont été présentées, a-t-il dit, s'exprimant en français, ajoutant que leurs résultats ont été mauvais pour l'Europe et mauvais pour l'euro.

Je crois que certaines personnes devraient arrêter de dire cette phrase, qui s'est diffusée en Europe, ce "Aucune aide pour la Grèce". C'est une grande menace, parce que cela a créé un état d'esprit antieuropéen chez de nombreux Européens, dans plusieurs Etats membres, en seulement quelques jours. Nous n'avions jamais eu un tel effet dévastateur sur les sentiments des gens à l'égard de l'Europe qu'aujourd'hui, a-t-il dit.

De plus, l'argent n'est pas en cause, parce que la Grèce n'a pas besoin d'argent, a-t-il continué. La Grèce a besoin d'un instrument, qui lui permettrait, en parallèle avec les mesures d'austérité qu'elle met en place, de payer des taux d'intérêts moins élevés sur les engagements étatiques. Il ne s'agit pas pour nous de donner de l'argent, personne n'ouvrirait ses coffres, prendrait des euros dedans et les donnerait à la Grèce. Il ne s'agit pas de cela.

Nous connaissons une pollution du climat qui a prévalu en Europe depuis l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, en faisant croire aux gens que la Grèce demandait de l'argent […] Une solution européenne pour la Grèce ne coûterait pas un centime. Si la Commission, la BCE ou la BEI [Banque européenne d'investissement] émet un prêt pour la Grèce, cette dernière devra payer les taux d'intérêt, et donc cela ne coûtera pas un centime aux citoyens européens. Mais le taux d'intérêt – si le prêt est accordé par les institutions européennes – sera plus faible, pour la simple et bonne raison que les institutions européennes ont davantage de crédibilité et de liquidités, a expliqué M. Verhofstadt.

Interrogé par EurActiv pour savoir pourquoi il refusait de désigner la chancelière allemande Mme Merkel et d'utiliser le terme de "populisme" alors que l'Allemagne fait face à une opposition de son opinion publique à l'égard d'un renflouage et que des élections régionales sont proches, M. Verhofstadt a déclaré :

Cela aiderait il si je donnais une définition ? Cela relève de l'intérêt des commentateurs, des sociologues et des scientifiques politiques. J'essaie de changer les choses, avec le Parlement européen […] Nous devons prendre des décisions. Même le pire système que nous pourrions mettre en place serait meilleur que de continuer dans cette incapacité à décider.

Le dirigeant du groupe Socialistes et démocrates Martin Schulz a déclaré au Parlement le 24 mars que les dirigeants européens, et tout particulièrement la chancelière allemande Angela Merkel, devaient se montrer solidaires avec la Grèce.

En présentant son plan d'austérité, la Grèce a fait sa part du marché, a dit M. Schulz, s'exprimant lui aussi en français.

Ceux qui n'ont pas fait leur travail, ce sont les membres de la zone euro et en premier lieu la chancelière allemande, qui n'a pas tenu ses promesses, a-t-il déclaré.

Il ne s'agit pas de prendre l'argent des contribuables français, italiens ou allemands pour remplir les coffres grecs, mais d'aider le pays à emprunter sur les marchés internationaux à des taux d'intérêt similaires à ceux des autres pays, a-t-il continué.

En l'absence de solidarité européenne, l'argent va dans les poches des spéculateurs, a-t-il ajouté.

Nous ne voulons pas que l'incendie se propage aussi aux autres pays, nous devons faire preuve de solidarité avec la Grèce, a déclaré M. Schulz.

Lena Ek (Parti centriste, Suède), porte-parole de l'ADLE pour la stratégie de relance économique 2020, a exprimé sa déception face au projet de conclusions du Conseil, qui selon elle semble répéter les erreurs du passé.

L'Europe subit une terrible tempête alliant les crises financière, économique et environnementale qui demandent un leadership fort et uni cette semaine, a-t-elle affirmé.

Prochaines étapes : 
  • Sommet européen pour décider d'ici midi le 26 mars de la manière d'aider la Grèce.
Contexte : 

La Grèce est assise sur une montagne de dettes, qui devrait se monter à 290 milliards d'euros cette année. Au même moment, Athènes a un déficit budgétaire représentant 12,7 % de son PIB, soit plus de quatre fois la limite européenne.

Le coût des échéances de remboursement de cette dette a augmenté, touchant la monnaie européenne et déclenchant des spéculations sur un plan de renflouage (EurActiv 04/02/10).

La semaine dernière, les dirigeants européens ont souhaité motiver la Grèce avec des mots de soutien lors d'un sommet jeudi (11 février) mais ils ne sont pas parvenus à offrir de propositions concrètes pour aider le pays, citant des raisons stratégiques (EurActiv 11/02/10).

Le 3 mars, la Grèce a dévoilé un programme d'austérité draconien de 4,8 milliards d'euros, ciblant les fonctionnaires, les riches et l'Eglise, une action qui vise à garantir l'aide européenne pour l’aider à supporter la charge de sa dette (EurActiv 04/03/10).

Les ministres des Finances des 16 pays de la zone euro se sont mis d'accord le 15 mars pour mobiliser rapidement une aide financière pour la Grèce si nécessaire, sans pour autant révéler des détails sur la manière dont marchera le plan en attente pour la nation criblée de dettes (EurActiv 16/03/10).

La chancelière allemande Angela Merkel, qui doit affronter une élection régionale clef en mai, est consciente que l'électorat allemand est très majoritairement opposé à un renflouage de la Grèce et elle a durci sa position contre la possibilité pour l'UE de s'engager concrètement sur un soutien financier (EurActiv 22/03/10).

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