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Le marché intérieur doit faire son retour, selon M. Monti

Publié 11 mai 2010 - Mis à jour 14 mai 2010
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Le marché unique de l'UE, mis en place il y a 20 ans, est à un point critique de son histoire et doit être achevé afin de soutenir davantage la productivité et la compétitivité européennes, mises à mal par la crise. C'est ce que révèle un rapport présenté hier (10 mai) par l'ancien commissaire italien Mario Monti, qui était chargé d'élaborer une nouvelle stratégie détaillée.

Sur la base d'un processus de consultation approfondi, M. Monti a dessiné les contours de nouvelles propositions législatives pour améliorer le marché unique de l'UE, que la Commission devrait présenter en juillet.

Lorsqu'il a présenté son rapport au président de la Commission européenne José Manuel Barroso puis à la commission marché intérieur du Parlement européen hier, M. Monti a encouragé l'UE à mettre fin aux derniers obstacles qui entravent l'innovation et atténuent le potentiel de croissance de l'Europe.

Il y a désormais une fenêtre d'opportunité pour ramener l'attention politique sur le marché unique, a-t-il soutenu.

Combattre le nationalisme économique

Son rapport propose une nouvelle stratégie pour préserver la zone de libre échange de l'Union des risques du nationalisme économique et de l'étendre à de nouveaux domaines clés de la croissance européenne.

De nombreuses politiques qui ne sont traditionnellement pas perçues comme des politiques pour le marché unique doivent être intégrées dans un objectif stratégique de marché unique, a-t-il souligné, exposant les grandes lignes de nouvelles initiatives pour construire un marché plus fort.

Cela comprend la création d'un marché numérique unique, et l'exploitation du potentiel du système qui est déjà en place pour soutenir la croissance verte et la transition de l'Europe vers une économie pauvre en carbone et efficace énergétiquement.

Beaucoup a été fait depuis le lancement du marché unique en 1992, mais les Européens n'ont pas totalement exploité son potentiel dans de nombreux domaines, y compris la libre circulation des personnes, des biens et des services. Beaucoup de travail reste à faire pour assurer une mobilité géographique efficace du travail, a affirmé M. Monti.

Le grand marchandage des Etats membres

M. Monti, qui était commissaire européen pour la politique du marché intérieur au sein de la Commission Santer (1995-1999) et commissaire à la concurrence lors de la Commission Prodi (1999-2004), a affirmé que la réussite de cet accord-paquet dépendrait que la volonté des Etats membres d'améliorer le marché unique.

Les pays ayant des traditions culturelles, des inquiétudes et préférences politiques différentes devraient trouver chacun des éléments du plan suffisamment attrayant pour justifier qu'ils fassent des concessions en rapport avec leurs positions passées, a dit M. Monti.

Il y a quelques mois, l'ancien commissaire a appelé à un "grand marchandage" entre les "pays qui ont un marché social" et les pays qui ont une "conception anglo-saxonne". Ces derniers accepteraient de diminuer la concurrence fiscale (en adoptant l'harmonisation des bases d'imposition et des taux minimaux pour les taxes d'entreprises) et s'assureraient que les gouvernements ont suffisamment de revenus pour financer les politiques sociales.

Son rapport va plus loin dans cette voie et met en avant de nombreux défis, notamment la conciliation entre les libertés économiques dans le marché unique et les droits des travailleurs à la suite des arrêts Viking, Laval et autres de la CJUE.

Le président de la commission du marché intérieur du Parlement européen, Malcolm Harbour, qui est une figure importante du Groupe des conservateurs et réformistes, a pointé du doigt le soutien appuyé de M. Monti à une coordination des taxes et à la coopération dans le but de traiter des problèmes sociaux dans le marché unique. Il a prévenu qu'une telle initiative conduirait à l'harmonisation des taxes et réduirait la compétitivité.

L'eurodéputé libéral roumain Cristian Busoi a soutenu que le problème critique auquel sont confrontées les entreprises européennes sur le marché mondial est que les hauts standards sociaux et environnementaux de l'Europe ne sont pas toujours partagés.

Il faut de toute urgence exporter ces standards à nos partenaires commerciaux et de coopération si nous voulons rester compétitifs et également innover dans les années à venir, a dit M. Busoi.

Réactions : 

L'eurodéputé conservateur britannique Malcolm Harbour, président de la commission du marché intérieur au Parlement européen, a dit que l'attention des gouvernements s'était concentrée sur les renflouages et les marchés financiers, ce qui est compréhensible, mais qu'ils devaient également regarder le marché intérieur comme un catalyseur pour la croissance économique.

Dans de trop nombreuses capitales nationales, il y a eu un sentiment d'inertie en ce qui concerne le développement du marché unique. Nous avons besoin de gouvernements nationaux pour le faire avancer à nouveau et ce rapport servira de point de départ à ce processus.

L'expert du marché intérieur et eurodéputé français Robert Rochefort, porte-parole sur le marché intérieur pour le groupe libéral ADLE au Parlement européen, a constaté que le rapport – qui affrime que le marché unique est aujourd'hui moins populaire que jamais en raison de la fatigue de l'intégration et du marché – exagérait peut-être un peu.

Mais en effet, les institutions européennes doivent réaliser un grand effort pour rédiger des propositions de loi sur la manière de réactiver le marché unique et améliorer la confiance des citoyens européens, a dit M. Rocherfort.

Le dirigeant du groupe ADLE Guy Verhofstadt (Belgique) a dit : de nos jours l'avenir de la cohésion de l'Union européenne est en jeu et le chemin à venir va renforcer cette cohésion avec un engagement financier gigantesque. Mais notre coopération et les milliards d'euros dont nous parlons trouvent leur fondement dans le marché unique et ses effets de taille sur le bien être de nos citoyens et de nos entreprises. Je suis reconnaissant car en proposant des améliorations considérables au marché unique, Mario Monti relance le débat sur son efficacité et son avenir.

Contexte : 

En octobre dernier, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a chargé Mario Monti, un ancien commissaire européen, de préparer un rapport sur l'avenir du marché unique.

En donnant ce mandat à M. Monti, M. Barroso a dit que la récente crise avait montré une grande tentation – surtout lorsque les temps sont durs – de se méfier du marché unique et de trouver refuge dans des formes de nationalisme économique, alors que les pays européens tombent dans la fatigue de l'intégration et du marché.

Le rapport sur le marché unique doit être considéré dans le contexte de la nouvelle stratégie de l'UE pour la croissance durable et l'emploi, appelée Europe 2020 (EurActiv 24/02/10). Cette stratégie, présentée en février, met l'innovation et la croissance verte au cœur de son modèle pour la compétitivité, mais devra inclure davantage de surveillance si elle veut réussir là où l'Agenda de Lisbonne a échoué.

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