EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

Les eurodéputés sont prêts à se battre sur le budget à long terme de l’UE

Version imprimable
Send by email
Publié 25 octobre 2012

Les députés du Parlement européen se sont fixés des limites en vue des négociations avec les États membres sur le budget de l’UE pour 2014-2020. Dans une résolution adoptée hier (23 octobre), ils affirment qu’ils n’accepteront aucun compromis qui ne trouve pas d’équilibre entre les dépenses et les recettes. Un reportage d’EurActiv en direct de Strasbourg.

« Nous nous dirigeons vers une impasse », a déclaré l'eurodéputé Daniel Cohn‑Bendit, le coprésident du groupe des Verts, lors de la séance plénière à Strasbourg.

Dix-huit mois après que la Commission européenne a proposé pour la première fois un projet pour le cadre financier pluriannuel (CFP) pour 2014-2020, le Parlement européen a soumis sa propre proposition grâce à laquelle les États membres pourraient aboutir à un compromis.

Le premier ministre britannique, David Cameron, promet d'imposer son veto sur tout accord qui prévoirait autre chose qu'un gel complet des dépenses. La chancelière allemande, Angela Merkel, menace de reporter le sommet sur le budget si la Grande‑Bretagne campe sur sa position. Dans ce contexte, les eurodéputés sont déterminés à adopter une attitude ferme.

« Pour le Parlement européen, il n’y aura pas d’accord sur le cadre budgétaire pluriannuel sans un accord politique pour la réforme des ressources », a déclaré l'eurodéputé français Alain Lamassoure (PPE), président de la commission des budgets du PE.

Depuis 1988, les budgets nationaux ont augmenté en moyenne plus rapidement que le budget de l'UE, qui représente approximativement 130 milliards d'euros par an, soit environ 1 % de PBI de l'UE. Aujourd'hui, le budget de l'UE représente seulement quelque 2 % de la totalité des dépenses des gouvernements dans l'Union européenne, ce qui équivaut à une proportion 45 fois moins élevée que la totalité des dépenses au niveau national.

La résolution du Parlement indique que les dépenses des gouvernements dans les pays de l'UE ont augmenté à un taux nominal de 2 % et, même si des mesures d'austérité sont décisives en temps de crise, il est important de mettre ces chiffres en perspective.

« La réduction du budget de l'UE relative aux budgets nationaux est en contradiction flagrante avec l'extension des compétences et des missions conférées à l'UE par le traité et avec les décisions prises par le Conseil européen lui-même, notamment le renforcement d'une gouvernance économique européenne », selon des eurodéputés s'exprimant sur la résolution.

Pays divisés, Parlement uni

Dans le contexte de la crise de la zone euro, les gouvernements conservateurs, sous la houlette du Royaume-Uni, ont insisté pour que le budget de l'UE soit réduit alors que d'autres ont adopté l'avis opposé : l'argent alloué à l'échelle européenne apporte une valeur ajoutée et favorise la sortie de la crise de l'Europe.

Le Parlement européen tire parti des divisions entre les États membres, car il veut maintenir le budget à son niveau actuel.  La résolution a été adoptée à 517 voix pour, 105 voix contre et 63 abstentions.

« On ne peut pas défendre le statu quo étant donné que des calculs obscurs s'effectuent à huis clos, ce qui pourrait privilégier certains pays », a expliqué Alain Lamassoure, faisant pression en faveur d'une réforme du budget de l'UE et blâmant les remises négociées par les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède.

M. Lamassoure remet aussi en doute la capacité budgétaire proposée par le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et soutenu par les dirigeants de l'UE la semaine dernière.

Le fonds a pour but de venir en aide à des pays comme l'Espagne, dont le taux de chômage atteint 25 % et qui lutte pour relancer la croissance. En échange de l'austérité, le fonds de la zone euro apporterait une aide ciblée.

« Nous ne sommes pas hostiles à une capacité budgétaire spécifique pour la zone euro, mais il est étrange qu'une telle proposition survienne en plein milieu des négociations pour un nouveau budget de l'UE », a expliqué M. Lamassoure, qui voit dans cette proposition une nouvelle méthode des gouvernements de l'UE pour éviter le contrôle parlementaire sur les dossiers budgétaires.

Les eurodéputés sont convaincus que les propositions de la Commission (voir « Contexte ») visant à plafonner le budget de l'UE au niveau de 2013 ne seront pas suffisantes pour financer les priorités politiques existantes relatives à la stratégie de croissance durable Europe 2020.

Un porte-parole du Parlement a expliqué que, si les dirigeants nationaux insistaient sur un plafond e 1 % du PIB, les eurodéputés pourraient trouver un compromis seulement si des financements non utilisés sont investis l'année suivante et s'ils ne sont pas renvoyés aux États membres, comme c'est le cas actuellement.

Défis, options flexibles et ressources propres

Une plus grande flexibilité du budget de l'UE pourrait être un point éventuel de compromis.

Les eurodéputés sont convaincus que, « par principe », les circonstances politiques et économiques en constant changement et les événements imprévisibles exigent des adaptations du CFP.

« Nous avons besoin de plus de flexibilité, à la fois à l'intérieur et à travers les catégories », a déclaré le vice-président bulgare de la commission des budgets, Ivailo Kalfin (S&D), laissant penser que l'argent devrait être dépensé pour promouvoir la croissance et l'emploi.

M. Lamassoure a indiqué que la division actuelle sur le budget de l'UE mettait en exergue le manque de véritables « ressources propres » afin de financer les politiques et objectifs de l'Union européenne.

« Il ne s'agit pas de réduire le budget, mais de remplacer les contributions nationales », a affirmé M. Lamassoure. Il a ajouté que l'introduction d'un nouveau système n'augmenterait pas les prélèvements obligatoires pour les citoyens européens, mais réduirait la charge sur les trésoreries nationales.

Si les deux idées avancées par la Commission européenne, telles que la taxe sur les transactions financières ou une taxe européenne, ne permettent pas de trouver un consensus, l'exécutif européen peut alors repartir de zéro et présenter de nouvelles solutions.

« Nous avons besoin d'un accord politique d'ici décembre », a précisé M. Lamassoure, parfaitement conscient que les détails techniques seront sans doute abordés l'année prochaine.

Différends réels ou bidons?

Les eurodéputés veulent maintenir la pression jusqu'à l'obtention d'un compromis satisfaisant comprenant un accord sur des ressources propres.

« Si aucun consensus n'émerge, c'est simple : nous conserverons le budget précédent », a expliqué M. Cohn-Bendit, ajoutant que le budget 2013 est plus élevé que celui proposé par la Commission européenne pour la période 2014-2020.

Selon des sources britanniques, même David Cameron n'a aucun intérêt à maintenir le statu quo, car cela signifierait que les « agriculteurs continueraient à recevoir de l'argent jusqu'à ce que les poules aient des dents ».

M. Cameron est parfaitement conscient que le budget de la recherche tourné vers la croissance ne disposera d'aucune base juridique avant qu'un nouveau budget ne soit convenu. « Vous ne pouvez pas dire que je vais bloquer les négociations, dites plutôt que vous êtes disposés à négocier », a affirmé la source, ajoutant que les querelles sur le budget pourraient se transformer en un différend « bidon ».

« M. Cameron doit comprendre qu'on ne peut pas agir en tant que membre à temps partiel et vouloir être un décideur à plein temps », a ajouté l'eurodéputé autrichien Hannes Swoboda, président du groupe S&D au Parlement européen.

Réactions : 

L'eurodéputé Richard Ashworth (Conservateurs et Réformistes européens), un négociateur pour la Grande-Bretagne dans la commission des budgets du Parlement a déclaré : « Nous estimons que l'UE doit simplement arrêter de dépenser l'argent que ses États membres n'ont pas. C'est tout simplement une mauvaise pratique d'imposer des régimes d'austérité à la Grèce et à l'Espagne et d’essayer en même temps d'accroître les dépenses et les emprunts dans toute l'Europe. Cette manière d'agir équivaut à de l'illettrisme économique. »

« Alors que des eurodéputés d’autres partis devraient se serrer la ceinture, comme nous le proposons, ils votent à l'aide d'une charte qui incite à la dépense », a-t-il ajouté.

« Ces dernières années, les États membres de l'UE ont présenté toute une liste de nouvelles priorités et d'engagements, en rapport à la stratégie Europe 2020 et à l'aide au développement international par exemple, et refusent maintenant de fournir les fonds nécessaires. Cette position réprime les mesures visant à fournir une croissance économique et la prospérité. Elle menace les initiatives principales ayant pour but de faire de l'UE un partenaire fiable dans la coopération internationale », a déclaré l'eurodéputé Reimer Böge (PPE), le négociateur en chef pour le CFP.

« Au lieu de se disputer sur les contributions nationales pour le budget de l'UE, le Conseil européen devrait faire le premier pas pour mettre en place un système de ressources propres réalisable », a affirmé le rapporteur de la commission des budgets Jean-Luc Dehaene (PPE). « Un système de ressources propres permettrait aux États membres de réduire leurs paiements annuels provenant du RNB destinés à l'UE. »

« Il est décevant de constater que la présidence chypriote base toutes ses négociations sur le principe du "juste retour". De tels comptes d'apothicaires empêchent d'assurer la flexibilité nécessaire pour la gestion annuelle d'un budget. Un budget restreint doit être flexible si nous voulons atteindre nos priorités en matière de financement et surtout répondre aux besoins inattendus. Pour l'ALDE, la conception de flexibilité est essentielle pour les lignes budgétaires », a expliqué l'eurodéputée Anne Jensen (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe), porte-parole sur le CFP.

Elle a ajouté : « Nous voulons une avancée concrète vers une nouvelle ressource propre à partir des contributions nationales provenant des RNB. Nous pensons aussi qu'il faut mettre un terme à la pratique de restitution de l'argent non dépensé aux États membres. Il serait beaucoup plus judicieux de réinjecter cet argent dans le budget de l'année suivante. »

L'eurodéputé polonais Rafal Trzaskowski (PPE), rapporteur sur le CFP de la commission des affaires constitutionnelles a déclaré : « Nous devons maintenir la pression dans nos groupes politiques respectifs pour atteindre un accord sur le CFP dès que possible. Une chose à la fois, sinon nous serons confrontés à d'énormes problèmes. Sans les moyens nécessaires pour relancer la croissance économique, l'Europe ne pourra pas surmonter la crise, cela doit être clair pour tout le monde. »

« Nous ne pouvons pas nous battre pour un budget pluriannuel ambitieux et en même temps envisager de nouveaux budgets ou institutions. Non seulement cela menace les prérogatives des parlementaires, mais cela menace avant tout l'intégrité de l'Union et nous nous y opposons fermement », a-t-il ajouté.

« Afin de sortir de la crise économique, nous devrons investir davantage dans la recherche, l'éducation, les technologies vertes et la transformation durable de notre secteur énergétique. Le budget de l'UE est une manière d'optimiser les ressources pour atteindre cet objectif. Dans ce contexte, les appels lancés par certains des États membres contributeurs nets, comme le Royaume-Uni, visant à réduire drastiquement le budget seraient totalement une mauvaise approche », a affirmé l’eurodéputée Helga Trüpel, la porte-parole des Verts sur le budget.

« Il est grand temps d'introduire un véritable système de ressources propres afin de financer le budget de l'UE. Cette mesure mettrait un terme aux négociations annuelles sur le budget vouées à l'échec et permettrait de préparer un budget plus clair pour les gouvernements nationaux et l'UE. Il faut également renoncer au système dépassé de rabais », a-t-elle ajouté.

Prochaines étapes : 
  • 22-23 nov. : sommet extraordinaire dans le but d’atteindre un accord sur le budget à long terme pour 2014-2020.

Daniela Vincenti en direct de Strasbourg - traduit de l'anglais par Aubry Touriel
Contexte : 

En juin 2011, la Commission européenne a proposé d'augmenter le budget de l'UE des 976 milliards d'euros actuels à 1 025 milliards pour la période 2014-2020.

La Commission a proposé un changement radical par rapport aux budgets précédents qui reposaient massivement sur les contributions nationales. Cette fois-ci, dans le but de réduire ces contributions, la Commission a proposé de lever directement de nouvelles taxes.

Parmi les différentes options avancées par Bruxelles se trouvent une TVA européenne, une part des recettes de la future taxe sur les transactions financières, une taxe sur le transport aérien et une partie des recettes des ventes du système d'échange de quotas d'émission.

>> Lire la couverture d'EurActiv sur les négociations budgétaires.

A lire aussi

More in this section

Publicité

Vidéos

Video General News

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Video General Promoted 3

Euractiv Sidebar Video Player for use in section aware blocks.

Publicité

Publicité