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Les grandes entreprises veulent un contrôle de la nouvelle stratégie de l’UE pour 2020

Publié 03 février 2010 - Mis à jour 05 février 2010
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Les plus grands noms de l’industrie européenne contrôleront la mise en œuvre des réformes en faveur de la croissance dans le cadre d'une action concertée visant à forcer les dirigeants politiques à respecter leurs engagements.

 Frustrées par l'échec de l'Agenda de Lisbonne, les grosses entreprises sont intervenues pour forcer Bruxelles et les gouvernements européens en Europe à respecter leurs promesses politiques destinées à améliorer la compétitivité de l'Europe à la lumière des défis qui s'accumulent : changement climatique, vieillissement de la population et rivaux asiatiques.

La Table ronde des industriels européens (ERT) a lancé un document détaillé intitulé "Vision pour une Europe compétitive en 2025" qui encourage les gouvernements à réduire les dépenses publiques dans un certain nombre de domaines.

De nombreux dirigeants politiques s'engagent au niveau européen mais dès le moment où ils retournent dans leurs pays, ils les oublient. Si l'Europe veut être compétitive en 2020 ou 2025, alors cela ne devrait plus se produire, a déclaré à EurActiv Wim Philippa, secrétaire général de l'ERT.

Il a estimé que l'échec de la communication avec les Etats membres sur leurs responsabilités dans le cadre de l'Agenda de Lisbonne avait entraîné des défauts dans sa mise en œuvre.

Le groupe représentatif des entreprises a également souligné le besoin urgent d'encourager les jeunes gens à étudier les mathématiques, la technologie et les sciences – offrant même de mettre leur poids financier dans la balance pour promouvoir les initiatives en matière d'éducation dans les Etats membres.

Nous soutenons pleinement la création d'un organisme de coordination européen pour l'éducation afin de promouvoir les MST (maths, science, technologie) dès l'école primaire. Nous sommes prêts à jouer le jeu – financièrement – en espèces et en nature, a affirmé M. Philippa.

Des réformes urgentes sont nécessaires

L'industrie averti les dirigeants européens qu'une réforme fondamentale des systèmes sociaux et de santé doit être mise en place rapidement afin de mettre l'Union sur le chemin de la croissance durable.

L'UE pourrait être une championne mondiale de la croissance durable, selon l'ERT, mais les budgets nationaux doivent être équilibrés et les réformes nécessaires depuis longtemps doivent être poursuivies avec vigueur.

Le groupe représente des noms connus dans des secteurs tels que l'énergie, la pharmacie, l'alimentaire, les chimiques, le tabac et l'automobile, comme par exemple Renault, Unilever, Nestlé et Brtish American Tobacco.

Il met en avant la nécessité d'une série de mesures politiques radicales si l'Europe souhaite devenir un endroit attrayant pour vivre et travailler dans les deux prochaines décennies.

La Commission européenne devrait assurer le respect du Pacte de stabilité et de croissance par tous les Etats membres et encourager le surplus des budgets publics sur une période temporelle durable, selon les dirigeants des grandes entreprises.

Cela devrait être financé via des réductions de dépenses publiques pour les politiques qui ne sont pas durables, explique le document, s'attardant sur le besoin d'une évaluation indépendante à l'échelle de l'UE des systèmes de retraite publics en vue d'une restructuration.

Une plus grande responsabilité personnelle pour les soins de santé

L'industrie souhaite également que des changements soient apportés aux systèmes de sécurité sociale afin de parvenir à un meilleur équilibre entre la cohésion sociale et la durabilité financière. Cela pourrait inclure le fait de rendre les patients responsables de leurs propres coûts de soins de santé plutôt que de laisser les gouvernements s'en occuper.

Nombre de propositions devraient rencontrer une opposition des groupes d'intérêt pour qui tout changement du tissu de sécurité sociale en Europe équivaut à une déclaration de guerre.

Pareillement, l'appel pour adapter la politique agricole de l'UE afin de réduire son impact sur le budget européen ne devrait pas être très bien accueilli de la part des organisations de défense des agriculteurs.

En accord avec l'air du temps, les grandes entreprises en font beaucoup sur le besoin d'investir dans la recherche et le développement. Le budget européen devrait être repensé, disent-ils, pour mettre la compétitivité et la durabilité au cœur des dépenses de l'UE.

Le document appelle les décideurs politiques à introduire des infrastructures, des technologies et des sources d'énergie innovantes, et réitère le besoin de réformer le régime de propriété intellectuelle de l'UE.

 Certaines des propositions mises en avant par le lobby industriel sont déjà à l'ordre du jour, comme l'appel à réinventer les procédures de passation de marchés publics, qui devrait figurer dans le plan d'action sur l'innovation à venir de l'UE.

Le lien entre les investissements en R&D et la mise en avant des moteurs de l'économie mondiale – ou mégatendances – devrait être renforcé dans le cadre d'une utilisation plus mesurée des investissements publics dans l'innovation, selon l'ERT.

La nécessité d'un accord climatique et de l'échange de carbone

Les grandes entreprises s'intéressent particulièrement à l'éco innovation, source de génération de richesses et de réduction de leur empreinte écologique.

L'industrie souhaite que l'UE fixe des objectifs clairs en termes d'efficacité énergétique et qu'elle les adapte progressivement au regard des développements technologiques et sur la base d'une analyse de  cycle de vie complet. Cela devrait prendre en compte les ressources et les aspects environnementaux, sociaux et économiques, a-t-il dit.

Dans le cadre du mouvement vers une économie pauvre en carbone, les dirigeants d'entreprise souhaitent développer un marché mondial du carbone en liant le système d'échange de quotas d'émissions de l'UE (ETS) avec d'autres systèmes développés dans d'autres pays, notamment aux Etats-Unis.

Le document souhaite également trouver des moyens de réduire la dépendance de l'Europe aux matières premières à travers l'investissement dans la recherche sur les techniques et technologies de recyclage.

Achèvements rapides en 2010

Les industriels ont également publié une liste d'achèvements rapides qui peuvent être accomplis dans les 12 prochains mois afin d'envoyer des signaux clairs à la communauté des entreprises.

Cela comprend l'achèvement d'un accord climatique international juridiquement contraignant, la publication d'une stratégie pour 2020 ambitieuse et réaliste, et des liens renforcés entre les entreprises et l'éducation.

Le document se fonde aussi de manière prévisible sur des arguments de libre échange, appelant à l'achèvement du marché intérieur, à la réduction des droits de douane pour stimuler le commerce international, et à une résistance acharnée contre le protectionnisme et la démondialisation.

Dès 2025, la prolifération des accords commerciaux préférentiels devrait être convertie en un régime mondial d'absence de droit de douane, selon le groupe, qui comprend certaines des entreprises multinationales les plus importantes du monde.

Réactions : 

Notre approche n'est peut-être pas totalement visionnaire mais elle doit être réaliste. Ce serait inutile de prévoir un monde inaccessible pour 2025. Peut-être que c'est répétitif, peut-être que c'est du déjà vu ou que ça semble familier, mais nous estimons que si ces objectifs ne sont pas remplis, alors nous n'atteindrons jamais la cible, a dit Wim Philippa, secrétaire général de la Table ronde des industriels européens. Leif Johansson, président d'AB Volvo et directeur de l'ERT, a déclaré que la réelle solution pour faire fonctionner la stratégie de l’UE pour 2020 était la mise en œuvre. La stratégie de Lisbonne n'avait rien de mauvais. Le problème était la façon dont les Etats membres et l'UE l'ont exécuté, a-t-il dit. M. Johansson a affirmé qu'il y avait peu d'intérêt à annoncer une nouvelle stratégie à moins que les progrès soient réellement surveillés. Pour y parvenir, l’ERT a lancé un site Internet http://www.europeontrack.eu/default/en-us.aspx pour suivre la mise en œuvre de sa vision d'une Europe compétitive.   Gerard Kleisterlee, président et PDG de Royal Philips Electronics et vice-président de l'ERT, a affirmé que l'Europe avait besoin de penser la politique de manière audacieuse si elle voulait faire face aux « méga tendances » telles que la démographie, l'urbanisation, la mondialisation et le changement climatique. A moins que nous agissions, notre capacité à fournir des emplois de qualité va souffrir. Nous voulons que l'Europe reste un endroit attrayant pour vivre et travailler en 2025, mais nous devons de toute urgence procéder à des changements en profondeur, selon lui. Il a ajouté que l'Europe avait besoin de parler d'une seule voix dans les relations extérieures et que l'UE devrait n'avoir qu'un siège dans les organisations économiques internationales. L'ancien commissaire européen Mario Monti, qui travaille actuellement sur un rapport officiel visant à revigorer le soutien au marché intérieur, a déclaré que si l'Europe devait avoir une position unie dans les affaires extérieures, elle devait cependant éviter de s'exprimer avec une « cacophonie d'opinions » en interne. Les dirigeants européens, a-t-il affirmé, ont la mauvaise habitude de blamer l'UE plutôt que d'accepter leurs responsabilité dans les décisions communes qu'ils ont prises à Bruxelles. Toutefois, M. Monti a soutenu que l'Europe était sortie de la crise avec un certain prestige car son modèle économique de marché du travail est désormais pris plus au sérieux et ses entreprises et ses citoyens ne sont pas aussi endettés que leurs homologues américains. Miguel Sebastian, ministre espagnol de l'industrie, du tourisme et du commerce, a affirmé que l'Europe avait besoin de réformes structurelles étant donné le défi que présentent les économies émergentes d’Inde et de Chine. Il a ajouté que l'Espagne mettrait la pression pour faire progresser le cycle de négociations commercial de Doha et qu’elle ferait du marché numérique et de la libéralisation du marché énergétique des priorités. M. Sebastian a également fait remarquer que la stratégie de Lisbonne n'était pas considérée comme un échec total par les Etats membres et qu'elle avait déclenché certaines actions dans le bon sens. Cependant, il a reconnu que des mesures de contrôle plus fermes faciliteraient la mise en œuvre d'UE 2020 – le successeur de la stratégie de Lisbonne. Les entreprises s'efforcent de mesurer quantitativement leurs progrès tandis que les gouvernements n'optent pas toujours pour cette approche. Je pense qu'ils ont tort. Nous devrions avoir des objectifs de à long terme, a-t-il dit. Par ailleurs, il a souligné que l'Europe devait garder l'industrie en vue plutôt que de se reposer totalement sur le secteur des services comme source de croissance.   

Prochaines étapes : 
  • 11 février 2010 : Sommet informel de l'UE pour combattre la crise économique et élaborer la stratégie pour 2020. 
  • Juin 2010 : Le sommet de l'UE devrait approuver définitivement la stratégie.
Contexte : 

L'UE est dans une période de réflexion : elle prend un nouveau tournant vers une croissance durable. L'exercice de consultation sur la stratégie de l'UE pour 2020 - qui succèdera à l'Agenda de Lisbonne pour la croissance et l'emploi - s'est clôturée le 15 janvier. Une série d'exercices de prévision s’est fait jour ces derniers mois, essayant de se figurer ce à quoi le monde ressemblerait lors des prochaines décennies. La Commission européenne a publié "Le monde en 2025" l'an dernier, en prévoyant que les économies asiatiques vont doubler l'UE et les Etats-Unis et devenir les leaders mondiaux de la recherche (EurActiv 25/09/09). A peu près au même moment, le personnel de la section politique du Parlement européen a émis une série de propositions très attendues qui envisagent des solutions pour rendre l'UE plus efficace (EurActiv 07/01/10). Les pressions de long terme d’économies en développement de plus en plus en compétitives et du changement climatique ont été renforcées par la crise économique et pourraient conduire les gouvernements à réaliser des réformes radicales.

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