Lors d'une conférence de presse en Espagne, l'un des pays les plus durement touchés par la crise, M. Draghi a déclaré qu'il n'y avait « absolument aucune contradiction » entre l'élaboration d'un pacte de croissance et la mise en oeuvre du traité budgétaire.
« Il est certain que je suis d'accord avec votre question lorsque vous dites qu'il faut remettre la croissance à l'ordre du jour, sans la moindre contradiction avec la nécessité de persévérer dans la consolidation budgétaire », a déclaré M. Draghi.
Sur fond de critique des dirigeants européens actuels, l'Italien a laissé entendre que la zone euro manquait d'une vision à long terme.
« Nous devons trouver ensemble un chemin pour l'euro, voir comment nous envisageons notre avenir dans 10 ans », a expliqué Mario Draghi suite à ses commentaires de la semaine dernière.
La semaine dernière, le dirigeant de la BCE a contribué à changer le ton du débat sur la politique économique de la zone euro, en préconisant un « pacte de croissance » sans donner plus de précisions.
Les électeurs et les investisseurs sont de plus en plus désabusés face aux mesures d'austérité décidées à l'instar de l'Allemagne et inscrites dans le pacte budgétaire, alors que les pays de la zone euro sombrent dans la récession.
Les électeurs français et grecs devraient évincer leurs dirigeants lors des élections nationales prévues ce week-end. La crise de la zone euro a été l'un des grands thèmes de campagne de ces élections.
En France, le candidat socialiste à la présidence et favori des sondages, François Hollande, a notamment construit sa campagne sur sa promesse de renégocier le traité budgétaire de l'UE afin d'y ajouter une clause de croissance.
Ce thème a été largement repris par M. Draghi et le communiqué officiel de la BCE a mentionné le terme de « croissance » à 13 reprises.
« La croissance et le potentiel de croissance de la zone euro doivent être soutenus par des réformes structurelles résolues », a déclaré le dirigeant de la BCE dans un communiqué. « Dans ce contexte, il faut absolument faciliter les activités et le lancement de nouvelles entreprises ainsi que la création d'emploi », a-t-il expliqué avant de citer des mesures visant à augmenter la capacité d'ajustement des entreprises en matière de salaires et d'emploi, un élément clé « pour stimuler l'innovation, promouvoir la création d'emploi et encourager les perspectives de croissance à long terme ».
Pression de l'Allemagne
M. Draghi est confronté à la résistance de Berlin quant à ses choix politiques « non standard » inondant les marchés financiers de liquidités bon marché afin d'enrayer la crise de la dette dans la zone euro.
Le dirigeant de la Bundesbank, Jens Weidmann, fait pression sur Mario Draghi pour qu'il restreigne le rôle joué par la BCE dans la crise, souhaitant que les pays remettent leurs finances à flot plutôt que d'avoir recours à la banque centrale.
Mario Draghi doit également tenir compte de l'opposition de la Bundesbank à toute nouvelle baisse des taux ou à la relance du programme de rachat d'obligations initialement élaborer pour alléger les coûts d'emprunt de pays tels que l'Italie et l'Espagne.
« La crise de l'euro ne s'est pas aggravée à ce point qu'il prenne le risque de se confronter à la Bundesbank sur cet aspect », a déclaré Holger Schmieding, économiste chez Berenberg Bank, au sujet du programme de rachat d'obligations.
La BCE a injecté plus de mille milliards d'euros dans le système financier au cours des derniers mois, ralentissant les émissions de dette publique des membres de la zone euro. Mario Draghi a insisté sur le fait qu'il serait « prématuré » pour la BCE de revenir déjà sur certaines de ses mesures exceptionnelles pour prévenir un assèchement du crédit.




