Afin de refléter au mieux les changements de priorités de l’UE et d’exercer plus de contrôle à l’intérieur de la Commission européenne, le nouveau collège de commissaires devrait présenter un certain nombre de portefeuilles remodelés ou totalement nouveaux.
La distribution de ces nouvelles positions devrait déclencher des marchandages acharnés entre Etats membres de l’UE, premièrement pour déterminer les compétences précises de chaque portefeuille, puis pour décider quel pays se voit attribué tel ou tel poste.
Cependant, aucune décision concrète ne sera prise tant que l’UE ne connaîtra pas la base juridique sur laquelle la nouvelle Commission procédera, alors que les dirigeants des 27 Etats membres attendent nerveusement le second référendum irlandais du 2 octobre.
Une opportunité unique pour M. Barroso
Conséquence de cette attente fébrile, M. Barroso devrait disposer de tout le mois d’octobre pour négocier avec les dirigeants européens la composition de son second collège, a déclaré Antonio Missiroli, directeur au European Policy Centre (EPC), un think tank bruxellois.
La reconduction de M. Barroso signifie qu’il a plus d’influence dans le remodelage de la structure de la Commission que la latitude dont dispose habituellement les autres présidents.
De plus, si Lisbonne est ratifié, le président de la Commission devra faire avec la nouvelle situation : il sera en concurrence pour le pouvoir et le leadership avec deux nouveaux postes européens de haut niveau – le président permanent du Conseil européen et le haut représentant pour les affaires étrangères.
Encore une fois, M. Missiroli estime que M. Barroso aura une possibilité sans précédent de définir l’envergure et la structure de son propre pouvoir. Le directeur de l’EPC explique que M. Barroso aura une opportunité unique lors des deux prochaines années de rétablir le rôle de la Commission et d’influencer réellement la prise de décision, étant donné que les nominations pour les deux nouvelles fonctions de haut niveau prendront du temps.
Trois nouveaux portefeuilles : climat, migration et droits fondamentaux
Avant sa reconduction, M. Barroso a confirmé qu’il envisageait la création d’un poste de commissaire en charge de la justice, des droits fondamentaux et des libertés civiles, comprenant les droits des citoyens et des minorités. Ce n’est pas une surprise : cela correspond à la condition posée par Guy Verhofstadt, dirigeant du groupe des Libéraux (ADLE), pour soutenir M. Barroso (EurActiv 15/07/09).
M. Barroso a également déclaré qu’il envisageait d’avoir un commissaire pour les affaires internes et les migrations, et un autre pour l’action climatique.
Le commissaire à l’action climatique devrait se révéler stratégiquement populaire, à la fois chez le personnel politique et dans l’opinion publique. Cependant, il reste à voir quelles directions spécifiques tomberaient dans l’escarcelle de ce poste, à côte de celles actuellement sous le portefeuille dédié à l’environnement.
L’issue de la conférence mondiale de décembre sur le changement climatique à Copenhague aura un impact important sur cette question, selon Alfons Westgeest, associé gérant chez Kellen Europe.
Se confiant à EurActiv, M. Westgeest a expliqué que Copenhague mènera à une diversification ou à une redistribution des thématiques et des priorités dans la nouvelle direction consacrée à l’action climatique, bien que le flou persiste quant à l’affectation de la consommation énergétique, des nouvelles solutions et des questions internationales.
Le portefeuille de la justice, des droits fondamentaux et des libertés civiles, considéré par beaucoup comme le cadeau de M. Barroso aux libéraux européens, est également le reflet du débat de plus en plus sensible sur les questions migratoires au niveau de l’UE, et il devrait d’une manière ou d’une autre tenter de résoudre les problèmes connus par l’actuelle direction générale Justice et affaires intérieures (JHA).
Dans le cadre des arrangements actuels, la direction JHA est à la fois juge et partie, contrôlant les questions de justice mais ayant également la responsabilité des droits des immigrants et des minorités sociales, selon Mark McGann, PDG de Weber Shandwick Belgique.
M. McGann estime qu’il est tout à fait logique d’un point de vue juridique et politique de scinder ce portefeuille, un argument repris par M. Missiroli de l’EPC, qui a dit que cette dualité est devenue un petit peu embarrassante.
Pour ce qui est du nouveau poste relatif aux migrations et à la sécurité, M. Missiroli a mis en garde sur le fait que combiner ces deux mots pourraient envoyer le mauvais message, celui disant que les migrations sont une question sécuritaire, un fait dont M. Barroso est très certainement conscient alors qu’il essaie de faire face à cette question sensible.
Un tsar numérique, un pivot du capital humain ou un chef de la culture ?
Au-delà des ces engagements, Bruxelles est inondée de spéculations sur la possibilité de l’émergence de nouveaux portefeuilles.
De nombreuses rumeurs voient M. Barroso créer un nouveau portefeuille numérique afin de remplacer le poste actuel de commissaire à la société de l’information, comme le souhaite l’actuelle tenante du poste Viviane Reding (EurActiv 23/06/09). Une telle décision renforcerait l’emprise de la commissaire dans l’application des règles de concurrence dans le secteur des télécommunications ainsi que dans le domaine épineux des droits d’auteurs numériques.
Le think tank bruxellois Bruegel a recommandé dans un rapport récent la création d’un commissaire pour l’économie de la connaissance, responsable des trois côtés du triangle de la connaissance : éducation supérieure, recherche et innovation (EurActiv 23/09/09).
La création de ce nouveau poste soulignera le fait que faire de l’Europe une économie de la connaissance reste un priorité vitale de la nouvelle Commission, explique le rapport.
M. Missiroli a confié à EurActiv que si le président était sérieux en matière de recherche, de développement et sur le nouvel Agenda de Lisbonne, alors il serait logique d’avoir un commissaire pour le capital humain, regroupant la R&D et la modernisation des économies européennes dans une perspective de long terme.
Finalement, M. McGann de Weber Shandwick a appelé à la création d’un commissaire européen de la culture, expliquant qu’actuellement il existe un commissaire à l’éducation et à la culture et un autre pour le multilinguisme. Il parait assez logique de regrouper ces deux postes, afin d’aboutir à la création d’un commissaire européen à la culture fort qui puisse couvrir non seulement les questions généralement afférentes à la culture européenne, mais aussi de celles relatives aux minorités et aux langues.



