Le commissaire désigné s’en est bien sorti face au Parlement européen en présentant sa vision européenne de la politique énergétique.
Dans l’avenir, les contrats d’approvisionnement énergétique signés par un Etat membre individuel avec des pays tiers seraient remplacés par des traités européens, a-t-il dit.
J’espère m’imposer face aux gouvernements sur cette question, a dit M. Oettinger, soulignant que l’UE devrait être responsable des négociations.
L’accord bilatéral entre l’Allemagne et la Russie sur le gazoduc Nord Stream a soulevé des critiques en Pologne et dans les Etats baltes, qui craignent que la Russie puisse dès lors contourner les pipelines qui traversent la Pologne. L’indignation s’est encore accentuée lorsque l’ancien chancelier allemand Gerhard Schroeder, qui avait exercé une forte pression en faveur de cet accord, a rejoint le conseil d’administration de Nord Stream.
M. Oettinger s’est engagé à mettre en application le principe de solidarité en matière de politique énergétique contenu dans le traité de Lisbonne afin qu’aucun Etat membre ne puisse être désavantagé. Il a dit qu’il était prêt à travailler avec les législateurs sur la manière dont de nouvelles mesures contraignantes de solidarité pourraient fonctionner en pratique.
Je pense que cela va demander des mesures juridiques, a-t-il confirmé en réponse à des questions des membres du Parlement qui voulaient entendre des initiatives concrètes.
Trois piliers
Le commissaire désigné a déclaré qu’il travaillerait avec les nouveaux pouvoirs conférés à l’UE par le traité de Lisbonne pour parvenir à trois piliers : la compétitivité, la sécurité d’approvisionnement et la durabilité.
Lors des cinq prochaines années, je veux contribuer, avec vous, à une européanisation de notre politique énergétique, a-t-il dit aux eurodéputés. Cependant, il a expliqué que cette européanisation serait limitée par le fait que les autorités régionales ont droit de regard sur le processus de décision de l’UE.
Les eurodéputés ont applaudi ce choix de priorités, qui étaient déjà devenues des termes à la mode sous son prédécesseur Andris Piebalgs, mais ont remis en question son engagement européen. Ils ont demandé des garanties concernant l’engagement du ministre-président de Bade-Wurtemberg de mettre de côté les intérêts des gros services publics avec lesquels il a travaillé étroitement dans le cadre de sa fonction actuelle.
L’eurodéputé vert Claude Turmes a mis en avant un potentiel conflit d’intérêt en raison des relations personnelles qu’entretient M. Oettinger avec les directeurs exécutifs d’E.ON et de RWE. De plus, le commissaire candidat soulève des interrogations sur sa volonté de promouvoir la concurrence sur les marchés énergétiques, alors que l’Allemagne semble hésiter sur la dissociation des actifs et de l’infrastructure des géants énergétiques dans le cadre du troisième paquet de libéralisation énergétique.
Nous devons trouver l’équilibre entre trop ou pas assez de réglementation, a répondu M. Oettinger. Toutefois, il a mis en avant le fait qu’il ne détenait aucune participation dans E.ON ou RWE et a juré qu’il avait toujours été attaché à son indépendance.
Bonnes notes sur l’énergie verte
M. Oettinger a joué sur la corde sensible avec les eurodéputés en basant sa stratégie de sécurité d’approvisionnement sur la diversification des routes de transit du gaz en provenance des pays tiers et sur la promotion de l’énergie renouvelable sur le sol européen.
Il a souligné l’importance du gazoduc Nabucco pour contrebalancer la dépendance à l’égard du gaz russe, alors que les volumes d’importation en provenance du voisin oriental de l’UE devraient augmenter avec la construction du pipeline Nord Stream Baltic Sea. De plus, la connexion des îles énergétiques européennes au réseau énergétique principal et la construction de nouveaux terminaux pour le gaz naturel liquéfié (GNL) continueront sous son mandat.
Mais M. Oettinger avait également fait ses devoirs concernant l’énergie renouvelable, soulignant le rôle de l’Europe dans la construction de capacité de transport. Il a expliqué qu’un super réseau européen capable de transporter l’énergie solaire de la Méditerranée ainsi que l’électricité des éoliennes offshore de la Mer du Nord ferait partie des négociations budgétaires.
Il a promis de faire de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables des priorités au moment de la planification des financements.
Des objectifs contraignants d’efficacité énergétique au programme
Le commissaire désigné s’est engagé à proposer un objectif contraignant d’efficacité énergétique, mais seulement si l’actuelle approche basée sur le volontariat se trouve être un échec.
Je suis prêt à vous parler d’un objectif juridiquement contraignant dans deux ans si nous ne parvenons pas aux résultats escomptés sur une base volontaire, a-t-il dit.
Il a également promis de présenter des données et des faits concernant le plan d’action de l’UE sur l’efficacité énergétique au printemps et à présenter un nouveau plan d’action détaillé au début de l’année prochaine au plus tard. Le plan d’action mis à jour était à l’origine dans les tuyaux de la Commission sortante.
Le nucléaire restera une prérogative nationale
M. Oettinger a été interrogé sur sa position à propos de l’énergie nucléaire par certains eurodéputés, qui ont défendu un mouvement en faveur des renouvelables en tant que source d’énergie faible en carbone plus durable.
En tant que ministre-président du Bade-Wurtemberg, l’Allemand faisait pression pour garder ouvertes les centrales nucléaires au moment où le gouvernement enclenchait sa sortie de la production énergétique atomique.
Malgré son affirmation précédente soulignant l’importance d’un rôle accrû de l’UE dans la politique énergétique, M. Oettinger s’est montré très clair : les décisions concernant la production nucléaire d’électricité resteraient entre les mains des gouvernements nationaux.
Le commissaire candidat a répété sa vision du nucléaire tout au long de l’audition.
La durée de vie de nos centrales nucléaires devrait être prolongée au fur et à mesure que les technologies s’améliorent, a-t-il dit.
M. Oettinger a affirmé que si son pays l’Allemagne considérait le nucléaire comme une technologie relais, il n’avait aucune objection face aux projets français de construire davantage de centrales nucléaires ni à ceux de l’Autriche visant à abandonner totalement cette technologie.
Le niveau européen est important en termes de recherche et de conseil, a-t-il dit, ajoutant que l’UE se concentrerait sur la définition des plus hauts standards de sécurité de faisabilité technique.



