Les membres du Parlement européen réunis à Strasbourg hier (13 juin) ont adopté avec une écrasante majorité la position de l'assemblée sur le budget à long terme. Il s'agit de 60 propositions législatives et requêtes que les Etats membres devront approuver pour que l'UE dispose de ses propres ressources et puisse atteindre ses objectifs stratégiques de 2020.
Nous pouvons « gagner ensemble ou tomber séparément », a déclaré Joseph Daul, le président du Parti populaire européen (PPE) lors d'un discours enflammé.
« La réalité, c'est qu'aucun pays d’Europe ne peut, à lui seul, faire face [à tous les] défis, qu’ils soient économiques, sociaux, démographiques, militaires ou politiques », a-t-il ajouté.
Les leaders européens commenceront à parler du nouveau budget à long terme lors du sommet des 28 et 29 juin prochains, mais les négociations ont déjà débuté. Les Etats membres sont très divisés, surtout sur l'adoption d'une taxe sur les transactions financières (TTF) qui permettrait à l'UE de lever des fonds propres.
L'eurodéputé de centre-droit Alain Lamassoure a expliqué à EurActiv que les positions exprimées jusqu'à présent par les différents pays émanaient des ministres en charge du budget qui ne disposent pas d'une vision d'ensemble. Lorsque les dirigeants européens se mettront à la table des négociations, le débat changera d'angle. « Si ce n'est pas le cas, le Parlement n'approuvera tout simplement pas le CFP », a-t-il avancé.
Guy Verhofstadt, le président du groupe libéral ADLE au Parlement européen, a ajouté qu'une Union crédible avait besoin d'un budget crédible et que cela nécessitait des revenus et non pas « des frais d'adhésion de 1 % comme si l'UE était une sorte de club de quartier ».
L'actuel système de financement de l'UE repose en premier lieu sur les contributions nationales et est devenu extrêmement complexe au fil des ans avec les 44 exceptions qu'il comporte, dont le rabais britannique.
« Plus personne ne sait qui paye quoi », a expliqué M. Verhofstadt aux journalistes.
Les Verts ont relayé ces propos. « Il s'agit de regagner la confiance des citoyens européens », a déclaré Rebecca Harms, coprésidente du groupe des Verts/ALE.
Le budget de l'UE n'est pas pour Bruxelles
Cet échange d'opinions en amont du vote s'est déroulé en présence du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui a proposé de conclure un accord interinstitutionnel avec le Parlement sur l'initiative de croissance qui devrait « établir un calendrier et faire bouger les choses ».
« Nous devons en finir avec le mythe selon lequel le budget européen est pour Bruxelles. Le budget européen est pour nos régions, nos villes, nos zones rurales », a plaidé M. Barroso. « Si nous sommes d'accord sur la nécessité d'investir pour compléter les réformes structurelles, cela doit se refléter dans notre budget. »
En juin 2011, M. Barroso a proposé d'augmenter le budget de l'UE des 976 milliards d'euros actuels à 1 025 milliards pour la prochaine période septennale qui débutera en 2014. L'Allemagne et six autres Etats membres ont quant à eux appelé au gel du budget de l'UE en raison de la crise économique.
Au Parlement, M. Barroso a rejeté leur requête et a affirmé que cette diminution représenterait environ 100 milliards d'euros sur une période de sept ans, avec un effet sur les finances publiques équivalent à 0,084 % du PIB de l'UE.
« Cette somme ne risque dès lors pas d'ébranler les finances publiques en Europe ! », a expliqué M. Barroso.
Le commissaire au budget, Janusz Lewandowski, a souligné à plusieurs reprises que la proposition sur la TTF permettrait de diminuer de moitié les contributions des Etats membres, les ramenant à 54 milliards d'euros en allouant deux tiers des revenus de cette taxe au budget de l'UE et un tiers aux budgets nationaux.
La Commission martèle que cette taxe permettrait de réduire les transactions risquées et de s'assurer que le secteur financier paye sa part, dans la mesure où la dette publique est passée de 60 à 80 % du PIB en raison de la crise financière et que les Etats membres ont dû dépenser 4 600 milliards d'euros pour renflouer le secteur.
Si les Etats membres n'approuvent pas l'introduction d'une TTF, l'exécutif européen devra présenter une autre proposition pour augmenter les ressources propres de l'UE. Il pourrait s'agir d'une taxe carbone ou d'une taxe sur les communications mobiles, a avancé l'eurodéputé français Alain Lamassoure.
Moins d'Europe
En réponse au leader du Parti eurosceptique UKIP, Nigel Farage, qui a affirmé que le « Titanic de l'euro avait frappé l'iceberg et ne disposait manifestement pas de suffisamment de canots de sauvetage », certains eurodéputés ont déclaré que le problème n'était pas l'euro, mais bien le manque de gouvernance économique et budgétaire.
Une union bancaire, une union budgétaire et une union politique ne pourront pas être mises en place sans un budget renforcé, ont martelé les eurodéputés. « Ce débat n'est pas abstrait, mais il est à la base de la souveraineté politique », s'est insurgé Daniel Cohn-Bendit, le coprésident du groupe des Verts/ALE.



