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La Suède parée pour une présidence de crise [FR]

Publié 10 juin 2009
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Sweden
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Avec les crises financière et économique, le réchauffement climatique, les changements institutionnels à la suite des élections européennes et l'incertitude sur le Traité de Lisbonne, le Premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt, a déclaré que son pays était prêt pour une présidence agitée ; la Suède se prépare à prendre la tête de l’Union européenne le 1er juillet.

J’ai lu récemment que nous sommes également sur le point de faire face à une crise de l’eau et j’ai pensé, pourquoi pas – ajoutons aussi ce sujet sur la liste, a déclaré, un brin provoquant, le Premier ministre M. Reinfeldt lors d’un déjeuner au Centre for European Policy Studies, hier (9 juin) à Bruxelles.

L’Europe affronte des défis difficiles, mais Stockholm y est prêt, a affirmé M. Reinfeldt, annonçant que la présidence de son pays serait assez différente de ce que les gens peuvent attendre d’un pays comme la Suède.

La Suède d’aujourd’hui cherche un rôle nouveau, plus proactif et positif dans l’UE, a déclaré M. Reinfeldt, qui n’a pas caché le fait que son gouvernement avait des ambitions élevées au regard des politiques européennes.

Cependant, pour promouvoir plus efficacement l’agenda européen, la Suède a besoin de conditions de travail correctes, a ajouté le Premier ministre, réfutant l’idée de reporter la nomination du nouveau président de la Commission européenne jusqu’à ce que les Irlandais votent de nouveau sur le traité de Lisbonne (EurActiv 08/06/09).

La Suède fera sa part, mais nous avons aussi besoin d’un partenaire en la personne du président de la Commission et il sera plus fort avec un nouveau mandat que sans, a-t-il souligné, notant que le président actuel José Manuel Barroso était actuellement le seul candidat, sur proposition du centre-droit et d’un ensemble de gouvernements socialistes : Espagne, Portugal et Royaume-Uni. Je n’ai entendu le nom que d’un seul candidat jusque là, a-t-il déclaré aux journalistes après le déjeuner.

Gérer les crises financière et économique

Selon M. Reinfeldt, savoir qui va diriger la Commission permettra à la présidence de réagir promptement aux crises financière et économique, ainsi qu’au changement climatique.

Malgré le fait que l’Union a plutôt bien réussi à gérer la tornade financière et la récession économique, en se mettant d’accord sur des règles de base de soutien du système bancaire et sur un plan de relance conjoint, l’UE a besoin de nouvelles mesures pour guérison de long terme, a affirmé M. Reinfeldt.

En désaccord avec certains analystes, le Premier ministre a refusé de citer comme exemple la gestion réussie de la crise bancaire en Suède dans les années 1990. Il nous a pris presque dix ans pour se remettre totalement de cette expérience et beaucoup trop de gens finirent chômeurs de longue durée. Nous devons nous assurer d’éviter cela cette fois ci, a-t-il déclaré.

Pour retourner à des marchés financiers qui fonctionnent et restaurer la confiance, la présidence suédoise va se concentrer en premier sur la mise en place d’un meilleur système de supervision dans la logique des propositions de la Commission, basée sur le « rapport de Larosière ».

Mais, dans le but de restaurer la stabilité, M. Reinfeldt veut initier une discussion constructive sur les politiques fiscales des Etats membres. Nous devons nous entendre sur une stratégie de sortie commune pour se conformer à nouveau aux règles du Pacte de stabilité et de croissance, a-t-il affrimé, mettant en avant le fait que la récession avait augmenté les contraintes sur les budgets nationaux.

Si la crise à laquelle nous faisons face aujourd’hui a été créée des emprunts massifs par les personnes, les gouvernements ne trouveront pas la solution en faisant la même chose, a-t-il ajouté.

Combattre le chômage et l’exclusion sociale

Pour renverser la tendance d’un chômage en forte progression, la présidence suédoise louche vers des politiques proactive et de court terme pour le marché du travail afin de maintenir l’employabilité, mais aussi pour renforcer l’innovation afin de rentrer dans une économie pauvre en carbone sur le long terme.

Quand on regarde vers le futur, il est clair que l’Europe a besoin d’une stratégie revitalisée pour une croissance durable et un plein emploi – une stratégie qui transforme notre Union et récolte les fruits de la mondialisation, a expliqué M. Reinfeldt, ajoutant qu’il allait s’attacher à stimuler le débat sur le réexamen de la Stratégie de Lisbonne afin de convenir d’une nouvelle vision pour l’EU dès le printemps 2010.

Pas simplement des « rêves verts », mais des réalités vertes

Le rôle de la Suède va être crucial pour forger des alliances et pousser à un accord climatique mondial ambitieux à Copenhague en décembre prochain.

Toute l’année dernière j’ai entendu des gens me dirent qu’au milieu d’une crise économique profonde, les pays ne pouvaient pas se permettre de dépenser de l’argent dans des « rêves verts », a continué M. Reinfeldt. Je suis persuadé du contraire, ils ne peuvent se permettre de conserver les coûteuses sources d’énergies qu’ils ont actuellement, a-t-il ajouté.

Pour le Premier ministre suédois, les pays peuvent améliorer leurs finances publiques en s’occupant du changement climatique et de leurs bouquets énergétiques. Une situation gagnant-gagnant qui inclut des efforts d’atténuation importants. Les pays développés doivent prendre la tête des réductions d’émissions et atteindre un objectif de moyen terme de réduction des émissions de 25 à 40 %, a-t-il dit.

L’UE a promis de réduire ses émissions de manière plus importante que son objectif convenu de 20 % en 2020, si d’autres pays industrialisés sont d’accord pour faire la même chose et si les pays en développement contribuent à la hauteur de leurs possibilités.

Taxe sur le CO2 : une solution, pas un obstacle 

Du point de vue suédois, le programme européen d’échange d’émissions, qui ne couvre que 40 % des gaz à effet de serre, ne suffit pas pour résoudre le problème du changement climatique rapidement et efficacement. Il nous faut une taxe sur le CO2, a déclaré M. Reinfeldt, faisant remarquer qu’il ferait le rapprochement avec l’expérience positive de la Suède. A côté de la Suède, les autres pays européens prélevant des taxes sur les émissions de carbone sont la Finlande, le Danemark et la Slovénie (EurActiv 12/05/09).

Depuis le début des années 1990, plusieurs tentatives ont vu le jour pour mettre en place une taxe unitaire sur le carbone pour tous les Etats membres de l’UE. Mais une taxe européenne sur le carbone ne s’est jamais matérialisée, puisque des pays tels que le Royaume-Uni et la France sont peu disposés à transférer à l’UE des compétences nationales sur la fiscalité. 

De plus, les « anciens » Etats membres moins prospères, dont l’Espagne, le Portugal et l’Irlande, ont affirmé qu’ils souffriraient davantage de la taxe que les Etats membres plus industrialisés. 

S’ils me disent avoir des déficits énormes dans leur budget et manquer de ressources, et je leur répondrai qu’il s’agit de la manière la plus efficace pour réformer l’économie dans la direction d’une économie pauvre en carbone, a-t-il dit, en réponse à une question d’EurActiv.  M. Reinfeldt a soutenu que d’autres mesures de réduction des émissions de CO2 requièrent bien plus d’investissement et pèsent davantage sur les budgets qu’une taxe sur le CO2.

La Turquie, l’élargissement et le Partenariat oriental

Selon M. Reinfeldt, l’élargissement de l’UE a renforcé l’Union, amélioré sa sécurité et accru l’influence de l’Europe sur la scène mondiale, tout en conduisant à des niveaux élevés de prospérité et de diversité culturelle. 

La présidence suédoise entend poursuivre les négociations d’adhésion avec la Turquie et la Croatie. 

Il existe différentes opinions sur la Turquie, mais nous devrions nous en tenir à nos engagements, a-t-il affirmé, soulignant l’importance stratégique cruciale de ce pays méditerranéen pour la sécurité énergétique. 

Une autre priorité liée à la fourniture d’énergie est celle des pays d’Europe orientale et du Caucase du sud (Partenariat oriental) puisqu’ils représentent potentiellement un moyen de diversifier les sources d’approvisionnement en énergie pour l’Europe. 

Le Partenariat oriental proposé par la Suède et la Pologne il y a un an, pour contrebalancer l’Union pour la Méditerranée portée de la France, sera l’une des priorités externes de la présidence nordique. 

Nous croyons que cette initiative peut contribuer à la stabilité, aux réformes démocratiques et à un bien-être amélioré dans nos pays voisins, a déclaré M. Reinfeldt. La Suède a aussi fortement soutenu les progrès des Balkans occidentaux sur le chemin de l’adhésion européenne. Le Premier ministre suédois a répété ces engagements. 

Garantir la sécurité et la règle de droit 

Au milieu d’autres priorités se trouvent celle d’une coopération élargie dans les domaines de la justice et des affaires intérieures. La Suède développera des mesures pour résoudre ces nouveaux défis dans une Europe sans frontières.

La toute première priorité dans ce domaine est de négocier le « Programme de Stockholm ». Cela inclut la police, le contrôle des frontières et les opérations de douane, la coopération judiciaire en matière criminelle et civile, la politique d’asile et la migration, ainsi que la politique des visas et la protection civile.

Enfin et surtout : le traité de Lisbonne

Reconnaissant le manque d’intérêt des citoyens dans les affaires institutionnelles européennes, comme la ratification du traité de Lisbonne, M. Reinfeldt a déclaré que la Suède serait prête à prendre en main le travail préparatoire de mise en œuvre du traité une fois ratifié par tous les Etats membres. Les personnes attendent simplement de la bureaucratie bruxelloise qu’elle fonctionne bien, et c’est notre boulot de faire en sorte que cela soit le cas, a-t-il déclaré.

Contexte : 

Le 1er juillet 2009, la Suède assumera la présidence tournante de l’UE, pendant six mois, après la République tchèque. Le pays devra affronter les défis mondiaux de l’UE, y compris les changements climatiques, une crise financière et une récession économique. 

Mais elle conduira également les travaux de l’UE et sera responsable de l’avancée d’importantes questions européennes telles que la révision de la Stratégie de Lisbonne et la mise en œuvre du traité de Lisbonne, s’il est ratifié avant la fin du mandat suédois.

Auparavant, le gouvernement suédois avait déjà assuré la présidence tournante semestrielle des Vingt-sept, lors de la première moitié de l’année 2001.

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