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L’UE bataille pour s’imposer en Haïti [FR]

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Publié 25 janvier 2010, mis à jour 14 décembre 2012
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La pression monte sur Bruxelles pour qu’elle « hisse le drapeau » de l’Europe en Haïti, ce pays semblant devenir un cas d’école pour faire la démonstration des institutions de l’Union revisitées dans le cadre du traité de Lisbonne. 

Les ministres des affaires étrangères de l’UE se réunissent à Bruxelles aujourd’hui pour une rencontre de deux jours pendant laquelle seront discutées les réponses que l’UE peut apporter à la crise en Haïti.

Herman Von Rompuy, nouveau président permanent du Conseil de l’UE, a demandé aux chefs d’Etat et de gouvernement de s’entretenir de la situation lors du sommet informel prévu le 11 février.

Une réunion ministérielle extraordinaire de lundi dernier a déjà abouti à un engagement à hauteur de 92 millions d’euros pour l’assistance humanitaire au pays des Caraïbes ravagé, qui s’est ajouté à une enveloppe de 30 millions d’euros de la Commission européenne. Pour ce qui concerne l’assistance non humanitaire précoce, notamment la restauration des services gouvernementaux, l’UE a alloué 100 millions supplémentaires. 

Cette fois-ci, les ministres vont discuter de la mise en place d’une force inspirée de la gendarmerie sous le commandement de l’ONU. Rien n’était décidé avant la rencontre concernant l’utilisation par l’UE de la Force de gendarmerie européenne (FGE), basée en Italie ; ou si chacun des Etats membres enverraient des troupes en dehors de ce cadre, ont déclaré des diplomates.

La FGE se compose de six Etats membres – France, Italie, Pays-Bas, Portugal, Espagne et Roumanie. Certains pays, comme le Royaume-Uni, n’ont pas de force de gendarmerie et ne participeront pas à ces efforts.

La couverture médiatique télévisuelle a donné l’impression que l’aide américaine était massive et que les forces des Etats-Unis avaient remplacé le gouvernement haïtien dans la gestion du désastre. Des reporters français ont affirmé que l’armée américaine, qui a le contrôle de l’aéroport du pays, donne aux avions américains la priorité pour atterrir.

La France nourrit apparemment l’ambition d’une plus grande présence à Haïti, un pays qui souffre en français, a déclaré tout récemment Jean-Pierre Raffarin, envoyé spécial de la France pour la francophonie à des journalistes à Bruxelles, notant que la langue parente du créole local était le français.

Controverse institutionnelle dans l’UE

Ces derniers jours, la Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères Catherine Ashton a été critiquée pour ne pas s’être rendue à Haïti.

Bien que son service diplomatique ne soit pas encore en place, les bénéfices d’avoir pour la première fois une responsable européenne des affaires étrangères au même niveau qu’un secrétaire d’Etat américain sont déjà remis en question.

S’adressant à des journalistes bruxellois, un ambassadeur de l’un des plus importants pays de l’UE a déclaré que l’urgence, c’était l’assistance aux victimes et non pas les controverses institutionnelles.

Aider les victimes, c’est ce qui compte. Personne ne devrait se perdre dans des discussions théoriques. Nous sommes dans l’urgence, a-t-il plaidé.

Concédant qu’il comprenait l’émergence de potentiels problèmes de perception au sein de l’opinion publique concernant la réponse de l’UE à la crise, le diplomate a dit que du temps était nécessaire avant que les nouvelles institutions de l’UE ne soient pleinement fonctionnelles.

 Puis, il a rappelé que Mme Ashton ne serait pas formellement investie de ses nouvelles fonctions avant un vote d’approbation de l’ensemble de l’équipe Barroso II qui doit se tenir au Parlement européen le 9 février.

Cette nouvelle Union européenne a besoin de temps pour se mettre en place, a-t-il dit, ajoutant que le Service européen d’action extérieure n’existait pas encore. L’avant-projet devrait être adopté, inch’allah, fin avril, a-t-il dit. C’est une date limite très proche, a-t-il fait remarquer.

Le diplomate a également insisté pour dire que la réponse de l’UE aux crises comme celle d’Haïti était un travail d’équipe, demandant l’implication des ministres des 27 ainsi que celle de Mme Ashton.

Si vous voulez voir le même visage partout, alors l’idée qui est clairement derrière le traité de Lisbonne, en termes de relations extérieures, c’est qu’il y a une Haute représentante qui préside le Conseil affaires étrangères et qui coordonne une équipe, a-t-il expliqué.

Je comprends pleinement le point de vue politique selon lequel l’UE devrait se manifester, etc. Mais sérieusement nous n’allons pas à Haïti simplement pour le plaisir de se faire voir alors que l’urgence est de faire se poser des avions d’aide humanitaire. Essayons de garder un peu de décence, a plaidé l’ambassadeur.

La priorité, ce n’est toujours pas que Monsieur X ou Madame Y ne se fassent voir à Port-au-Prince, bon sang, a-t-il conclu.

Un représentant de cabinet de Mme Ashton a déclaré aux journalistes, vendredi, qu’une visite de Mme Ashton à Haïti était envisagée, mais qu’aucune date n’avait été fixée.

Contexte : 

Haïti est le pays le plus pauvre de l’Occident, marqué par de nombreuses violences politiques au cours de son histoire. En février 2004, une rébellion armée a forcé le président Jean-Bertrand Aristide à la démission et à l’exil. Un gouvernement provisoire a été mis en place, avec une sécurité fournie par la MINUSTAH, la mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti. René Préval, le président actuel, a été élu en 2006.

Les scientifiques disent que le tremblement de terre qui a secoué Haïti le 12 janvier était le plus fort sur Terre depuis 1770. Les dommages sont importants, alors que l’épicentre du catastrophique phénomène de magnitude 7,0 était juste à 10 miles à l’ouest de Port-au-Prince et ses deux millions d’habitants.

Le nombre de morts doit encore être déterminé, avec des estimations de 300 000 fréquemment citées. Le 24 janvier, le gouvernement haïtien a annoncé que 150 000 corps avaient déjà été enterrés dans des fosses communes pour la seule ville de Port-au-Prince.

La catastrophe a touché des infrastructures vitales du pays, notamment tous les hôpitaux de la ville, les communications terrestres, aériennes et maritimes, et les télécommunications.

La présence militaire étrangère initiale en Haïti comprenait la MINUSTAH et plusieurs vaisseaux de gardes côtes américains, suivi par de gros navires, des porte-hélicoptères et un hôpital flottant. Des vaisseaux de la marine française sont également arrimés à Port-au-Prince. Au total, la Navy américaine compte pour cette zone 17 bateaux, 48 hélicoptères et 12 avions à voilure fixe, en plus des 10 000 marins et Marines.

Le président américain Barack Obama a demandé aux anciens présidents Bill Clinton et George W. Bush d’aider à lever des fonds pour la reconstruction d’Haïti. La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a visité Haïti le 16 janvier. Le président français Nicolas Sarkozy a déclaré que son pays, ensemble avec les Etats-Unis, le Brésil, le Canada et d’autres, tiendrait une conférence sur la reconstruction d’Haïti.

Le commissaire européen à l’Aide humanitaire Karel de Gucht était à Port-au-Prince le 21 janvier. La Haute représentante pour les affaires étrangères Mme Ashton a rencontré le même jour Hillary Clinton à Washington. Elles ont discuté de la situation en Haïti où, selon les mots de Mme Clinton, l’un des plus important effort de secours et d’aide dans l’histoire du monde est en cours.

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