« Nous sommes sans doute dans une impasse très dangereuse », a déclaré Fabian Zuleeg, économiste en chef à l'European Policy Centre (EPC) lors d'une conférence de presse sur le sommet européen de la semaine dernière (voir « Contexte »).
« La question est de savoir ce qu'il va se passer en novembre et en décembre » a-t-il indiqué, en faisant allusion au sommet extraordinaire des 22 et 23 novembre consacré au budget de l'UE pour 2014-2020 ainsi qu'au sommet des 13 et 14 décembre au cours duquel les dirigeants européens devraient adopter un rapport final et une feuille de route pour une union économique et monétaire renforcée.
Un accord sur le budget de l'UE est toutefois « peu probable » lors du sommet de novembre, car le premier ministre britannique, David Cameron, sera fortement tenté d'utiliser son droit de veto, selon M. Zuleeg.
M. Zuleeg a reconnu qu'il ne restait pas grand-chose à réduire du budget européen, comme le Royaume-Uni l'exige. D'un autre côté, les dirigeants ne sont pas disposés à accorder d'autres concessions à M. Cameron, a-t-il ajouté.
« David Cameron veut utiliser le débat sur l'intégration de la zone euro pour renégocier la relation entre le Royaume-Uni et le reste de l'Europe. Le budget est un des domaines sur lequel il se concentre actuellement. S'il n'obtient ni de réductions ni la protection sur les ressources propres, le rabais ou toutes les autres questions qu'ils ont mis sur la table, quelle sera la réponse du Royaume-Uni ? Je pense que le veto est la réponse la plus probable pour le moment », a déclaré M. Zuleeg.
Si aucun accord n'est conclu lors du sommet de novembre, cela ne signifie pas que les dirigeants européens auront plus de chance en décembre, a souligné M. Zuleeg. L'UE pourrait se retrouver sans accord sur le budget pour 2014-2020 d'ici la fin de l'année, selon lui.
Cet échec aurait des conséquences sur le débat sur la gouvernance de la zone euro, la question décisive pour le moment en Europe.
« Nous sommes dans une impasse très dangereuse et à mon avis, il est peu probable que nous trouvions une solution d'ici la fin de l'année », a répété Fabian Zuleeg.
Annuler le sommet de novembre ?
Janis A. Emmanouilidis, analyste politique principal à l'EPC, est allé plus loin en affirmant que la chancelière allemande, Angela Merkel, pouvait décider d'annuler le sommet de novembre si David Cameron maintenait qu'il opposerait son veto à tout accord autre qu'un gel complet des dépenses, comme l'a rapporté le Financial Times hier.
Si le sommet de novembre est annulé, celui de décembre « ne sera pas assez ambitieux », relançant la crise de la zone euro, selon M. Emmanouilidis.
Cette crise imminente survient alors que la monnaie unique européenne commence à sortir de la crise de la dette souveraine, qui dure depuis trois ans, a-t-il ajouté. Trois raisons expliquent ce phénomène : la Banque centrale européenne avait utilisé un « lance-roquette » en achetant des obligations souveraines sur le marché secondaire, l'EU semble prête à penser à long terme et il existe un risque très réduit qu'un pays sorte de la zone euro.
Il a toutefois indiqué que les dangers étaient toujours présents et que la confiance pourrait facilement être ébranlée.
Il a mis en exergue la « situation très fragile du secteur bancaire européen » et le manque de réponses aux questions espagnoles ainsi qu'à la crise grecque en cours. Chypre et la Slovénie devraient en outre participer au programme de sauvetage en négociant des renflouements semblables à ceux de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal.
M. Emmanouilidis a précisé que la situation économique et sociale s'aggravait dans plusieurs États membres et que la montée du nationalisme, du populisme et de l'extrémisme politique constituait « les dommages collatéraux de la crise ».
Selon M. Emmanouilidis, le sommet des 18 et 19 octobre ne fournira pas les solutions aux problèmes de l'Europe, même en « se débrouillant ». Il a révélé les nombreux « signes inquiétants » du sommet : « le manque de détermination pour créer une union bancaire », « la tendance à revenir sur des décisions prises auparavant » et « l'attitude attentiste » dominante.
Il a ajouté que la « polarisation croissante » entre l'Allemagne et la France était un élément de risque.
Dans le même temps, le Parlement européen a invité Angela Merkel à discuter des questions en cours concernant l'union bancaire et le budget de l'UE pour 2014-2020. Elle devrait s'adresser à la mini-session plénière le 7 novembre dans l'après-midi.




