Les ministres de l'emploi et des affaires sociales de l'UE vont se réunir à Luxembourg la semaine prochaine (7 juin) afin d'essayer de concocter un accord sur les indicateurs de pauvreté, un sujet qui a provoqué le mécontentement parmi les Etats membres ces derniers mois (voir "Contexte").
L'incapacité des Etats membres à s'accorder sur la précision de la mesure de la pauvreté constitue le principal point d'accrochage.
Les indicateurs diffèrent de manière importante selon les pays, avec la France, par exemple, qui a une longue tradition d'engagements contraignants pour réduire la pauvreté (EurActiv 26/04/10) et d'autres pays comme la Roumanie qui n'en ont pas du tout (EurActiv 22/04/10).
La présidence espagnole de l'UE, à la recherche d'un compromis, a décidé d'abandonner l'idée de la Commission d'avoir une mesure "en risque de pauvreté" unifiée, et a proposé à la place trois repères :
- En risque de pauvreté (personnes vivant avec moins de 60 % du revenu national médian) ;
- Privation matérielle (personnes qui connaissent au moins quatre des neuf situations définies de privation) ;
- Personnes vivant dans des ménages sans emploi (population qui n'a pas ou très peu travaillé sur une année entière) pour refléter une perspective dynamique de la pauvreté liée à des situations d'exclusion prolongée du marché du travail.
Selon un précédent document de la présidence, adopter une plus grande variété de mesures reflète mieux la nature multidimensionnelle de la pauvreté, et les divergences entre les Etats membres.
L'Allemagne préfèrerait la seconde option, tandis que les pays nordiques pencheraient pour la troisième. La France, cependant, s'oppose à cette dernière option parce qu'elle estime que limiter l'indicateur au marché du travail exclut les jeunes et les retraités.
Les pays seront donc libres de choisir l'un de ces trois indicateurs, en fonction de ce qui correspond le mieux à leurs besoins nationaux.
Abaisser les ambitions ?
Une fois sa mesure préférée sélectionnée, chaque Etat membre devra alors calculer le nombre de ses citoyens vivant "en risque de pauvreté ou en exclusion".
Cependant, des sources diplomatiques ont déclaré que ce nouveau choix de mesure amènerait à des chiffres bien plus élevés de citoyens européens vivant en situation de pauvreté, passant de 80 millions au départ à 120 millions.
Ces sources ont poursuivi en expliquant qu'alors que le chiffre global de la pauvreté augmenterait, il était peu probable que l'objectif de réduction – faire sortir 20 millions d'Européens de la pauvreté – fasse de même. Au contraire, ce chiffre sera maintenu, ce qui en proportion représentera un objectif global de réduction de la pauvreté plus modeste de 15 %, en baisse par rapport aux 25 % originels.
Si les ministres de l'emploi et des affaires sociales s'accordent sur ces paramètres généraux, les Etats membres s'engageraient alors dans de lourdes négociations du 7 au 17 juin pour aplanir ces détails extrêmement techniques, ont conclu les diplomates.
Fintan Farrell, directeur du Réseau européen anti-pauvreté (EAPN), a déclaré à EurActiv qu'alors que la proposition de compromis mise sur la table n'était pas aussi forte que celle de la Commission, l'intérêt de créer cet objectif était de générer un débat et de faire pression sur les dirigeants européens pour qu'ils réduisent la pauvreté et l'exclusion sociale.
Ce débat a clairement été un succès, a-t-il ajouté, mais il a prévenu qu'il faudrait attendre de voir si cela a un impact réel sur la réduction de la pauvreté en Europe.




