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Le soulagement des grandes entreprises pharmaceutiques [FR]

Publié 09 juillet 2009
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L’industrie pharmaceutique européenne a exprimé sa satisfaction après la publication d’une enquête très attendue de la Commission sur des allégations de pratiques anticoncurrentielles dans le secteur, déclarant que le rapport final était plus modéré que la version préliminaire dévoilé en novembre 2008.

EFPIA, le syndicat commercial représentant les grandes entreprises pharmaceutiques, a souligné le changement de ton dans le rapport final de l’exécutif européen sur le secteur et a salué les recommandations politiques constructives, d’après leurs propres termes.

Lors d’un briefing hier (8 juillet), la commissaire européenne à la Concurrence Neelie Kroes a appelé à une plus grande utilisation des médicaments génériques, moins chers, dans les soins apportés à une population vieillissante, et elle s’est montrée plutôt critique vis-à-vis de ce qu’elle a décrit comme un arrangement « pourri » entre certaines firmes qui entrave le lancement de nouveaux médicaments.

Cependant, le rapport insiste fortement sur le besoin de réforme des brevets et de projets bien ficelés pour un système unique de tribunal des brevets. Cela a été salué par EFPIA, qui a déclaré que rationaliser le système de brevet européen réduirait les coûts et les incertitudes juridiques actuelles.

Le groupement pharmaceutique a également considéré que le rapport final échouait à donner corps aux précédentes allégations selon lesquelles les stratégies de brevetage étouffaient l’innovation et retardaient illégitimement l’entrée sur le marché des génériques. Il a salué la reconnaissance dans le rapport de l’importance de l’industrie pharmaceutique européenne basée sur la recherche.

Des accords controversés

Thomas Cueni, membre du directoire de l’EFPIA, a déclaré que l’UE avait également accepté que les accords de règlement entre les firmes pharmaceutiques détentrices de brevets et les fabricants de génériques n’étaient pas tous nécessairement impropres.

L’industrie a exprimé l’inquiétude que la promotion d’une plus grande utilisation des génériques, couplée avec l’augmentation des coûts de la R&D en Europe, ne cause des dommages au secteur pharmaceutique européen.

Le rapport révèle un changement bienvenu par rapport au langage connoté du rapport intérimaire : celui-ci est plus équilibré, et a un point de vue plus holistique sur les défis qu’affronte le secteur, a déclaré l’EFPIA.

Cependant, la commissaire Kroes a eu quelques mots durs pour l’industrie, disant que le rapport confirmait que les pratiques des entreprises étaient un facteur significatif derrière les problèmes de concurrence dans le secteur pharmaceutique.

Des nouvelles affaires de concurrence

Elle a également annoncé une toute nouvelle enquête antitrust contre une firme pharmaceutique française pour des manquements suspectés aux règles sur les pratiques commerciales restrictives et sur un abus de position dominante sur le marché.

La Commission européenne doit vérifier les accords entre les laboratoires Servier et un certain nombre de compagnies de génériques sur des pratiques possiblement restrictives qui ont pu retardé la disponibilité d’un médicament générique pour le cœur.

Des officiels de l’UE ont suggéré que d’autres cas pourraient suivre, expliquant que le nouveau rapport ouvrait la voie à une surveillance réglementaire accrue des accords de règlement dans lesquels des entreprises de marque paient des fabricants de génériques pour éviter leur concurrence.

J’examinerai ces questions au cas par cas pour voir si suffisamment de preuves méritent un examen approfondi, a déclaré un officiel.

L’industrie des médicaments génériques a aussi salué la publication de ce rapport et a appelé à une mise en œuvre rapide de ses apports.

Cependant, le rapport a fait une moindre impression aux groupes de consommateurs. Le BEUC, l’organisation européenne des consommateurs, a déclaré que plusieurs questions demeuraient sur les pratiques anticoncurrentielles dans le secteur pharmaceutique et que les patients obtenaient un accord défavorable. 

Les découvertes clé de l’enquête sur le secteur pharmaceutique: 

  • Un brevet communautaire et un système unifié spécialisé dans les litiges sur les brevets en Europe réduiraient les charges administratives et l’incertitude des sociétés. Près de 30 % des affaires judiciaires en matière de brevets sont menées en parallèle dans plusieurs Etats membres, et dans 11 % des cas les cours nationales rendent un jugement contradictoire. 
  • De récentes initiatives de l’Office européen des brevets (OEB) pour assurer un haut standard de qualité des brevets délivrés et pour accélérer les procédures sont saluées. Cela comprend les mesures prises en mars 2009 pour limiter les possibilités et les périodes de temps durant lesquelles des demandes de brevets séparées peuvent être soumises (ce qu’on appelle un « exercice de perfectionnement »).

La Commission demande aux Etats membres de : 

  • S’assurer qu’il n’y ait aucune demande d’une tierce partie et en tout état de cause qu’elle ne cause pas de retards dans l’approbation des médicaments génériques ;
  • Accélérer de manière significative les procédures d’approbation pour les médicaments génériques – par exemple, la Commission pense que les produits génériques devraient automatiquement ou immédiatement recevoir un statut de tarification et de remboursement similaire à celui des médicaments originaux ; cela permettrait un lancement de produit plus rapide dans certains cas ; 
  • Prendre des mesures si une information trompeuse qui remet en question la qualité des médicaments génériques fait son apparition sur leur territoire ;
  • Rationaliser les tests qui évalue la valeur ajoutée des médicaments originaux.
Réactions : 

La commissaire à la Concurrence Neelie Kroes  a déclaré qu’une concurrence poussée et une réduction de la paperasserie dans l’industrie pharmaceutique étaient essentielles pour la santé et les finances des citoyens européens et des gouvernements.

L’enquête nous a appris ce qui ne va pas dans ce secteur, et maintenant il est temps d’agir. Pour ce qui est de l’entrée des génériques, chaque semaine et chaque mois de retard coûte de l’argent aux patients et aux contribuables. Nous n’hésiterons pas à appliquer les règles de lutte contre les ententes lorsque de tels retards résultent de pratiques anticoncurrentielles. Les premières enquêtes antitrust sont déjà sur les rails, et des ajustements règlementaires sont attendus pour répondre à toute une série de problèmes du secteur, a-t-elle dit.

Dans une déclaration, le Groupe de recherche Servier a pris note de la procédure lancée contre lui et a déclaré qu’il y répondrait le moment venu, mais qu’il attendait d’abord d’entendre les bases sur lesquelles se reposent la plainte de la Commission européenne.

Notant que l’objectif de la Commission avec cette enquête était de promouvoir l’innovation dans le secteur pharmaceutique, Servier a souligné que 25 % de son chiffre d’affaires annuel  était investi dans la recherche de nouveaux médicaments et il a rappelé qu’il avait lancé trois médicaments innovants ces quatre dernières années, chacun d’entre eux un produit de premier choix dans les domaines cardiovasculaire, de la neuroscience et de la rhumatologie.

Servier considère que le respect des droits de propriété intellectuelle est une condition clef pour la recherche et le développement qui sont nécessaires à la découverte des nouveaux médicaments de demain, et qu’il continuera à défendre ses droits dans ce domaine dans le respect de la loi.

Arthur J. Higgins, PDG de Bayer Healthcare et président d’EFPIA, a salué le rapport et s’est concentré sur la rationalisation de l’infrastructure de la propriété intellectuelle. 

Nous avons démontré que les barrières règlementaires complexes et divergentes sont les causes premières d’un retard de commercialisation à la fois pour les génériques et les médicaments innovants. Nous sommes heureux de voir que le rapport final reconnaît cette réalité, a-t-il dit.

Nous saluons bon nombre des recommandations politiques, telles que la rationalisation du système de brevet censé réduire les coûts et augmenter la certitude juridique et commerciale. Nous nous engageons à travailler constructivement avec le commissaire au marché intérieur, les Etats membres, et le Bureau des brevts européens pour promouvoir les réformes sous la présidence suédoise.

Ce qui est important, c’est que la Commission utilise ce rapport pour s’occuper des problèmes de concurrence sur le marché hors-brevets. C’est un domaine qui peut générer des économies utilisables pour financer des médicaments innovants.

L’Association européenne des médicaments génériques (EGA) a déclaré que les génériques avaient fait connus de graves retards quand à leur entrée sur le marché depuis bien trop longtemps.

Nous saluons l’importance donnée par la Commission européenne au besoin de brevets de haute qualité et de remonter le niveau des demandes de brevets. L’existence de certains brevets secondaires douteux a en effet créé un barrage contre la concurrence et a sapé la confiance dans l’innovation réelle, a commenté Greg Perry, directeur général d’EGA.

Il a réitéré la demande de longue date de l’EGA d’une réforme urgente du secteur pharmaceutique, appelant à un renforcement du cadre législatif européen concernant le droit des brevets, la législation pharmaceutique, les règles de paiements et de remboursement et le droit de la concurrence.

Monique Goyens, la directrice générale de l’organisation des consommateurs européens BEUC, a déclaré que l’enquête sectorielle montrait que l’industrie pharmaceutique ne marchait pas correctement et que des tactiques vicieuses sont utilisées pour retarder ou empêcher l’entrée de médicaments plus abordables et innovants sur le marché.

Des millions d’euros sont dépensés dans des activités promotionnelles, dans des différends juridiques et des accords de règlement au lieu de l’être dans le développement de nouveaux médicaments pour satisfaire les besoins des patients, a déclaré Mme Goyens. Elle a appelé à des actions concrètes au niveau européen et au niveau étatique pour répondre aux pratiques non éthiques.

Nous espérons que le résultat de l’enquête conduira à une révision du cadre règlementaire afin de trouver un meilleur équilibre entre les intérêts commerciaux des entreprises et l’intérêt général de la santé publique, c'est-à-dire l’intérêt des nombreux patients qui attendent toujours un nouveau médicament pour traiter leur maladie et pour des médicaments efficaces qui peuvent améliorer leur qualité de vie.

Prochaines étapes : 
  • Autres cas : la Commission européenne n'a pas exclu des enquêtes supplémentaires dans d'autres sociétés pharmaceutiques ; elle examinera environ 200 accords entre sociétés, dans les prochains mois.
Contexte : 

L’Union européenne a passé plus d’un an à enquêter sur des questions de concurrence dans le secteur pharmaceutique. L’enquête fut lancée en janvier 2008 en réponse à des craintes de voir moins de nouveaux médicaments sur le marché, parallèlement à des allégations selon lesquelles on retardait l’arrivée des médicaments génériques auprès des consommateurs. 

Les tensions ont crû entre l’industrie et l’exécutif de l’UE, après une série de descentes inopinées dans les bureaux des plus grandes sociétés pharmaceutiques en janvier et novembre 2008 (EurActiv 17/1/08 EurActiv 26/11/08). 

Un rapport préliminaire accablant a été publié en novembre 2008, qui affirme que des pratiques anti-concurrentielles dans le secteur freinent l’innovation et empêchent l’entrée sur le marché européen de génériques moins chers (EurActiv 28/11/08). Selon le rapport de novembre, de grosses compagnies pharmaceutiques introduisaient plusieurs demandes de brevets pour le même médicament et cherchaient à empêcher leurs concurrents de développer de nouveaux produits.

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