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Guy Riba, directeur général délégué à l’Institut français de recherche agronomique, (INRA) expose les nombreux défis auxquels le monde devra faire face d’ici 2020 s’il veut nourrir ses neuf milliards d’habitants sans détruire l’environnement. Il s’est adressé à EurActiv à la veille d’une conférence importante organisée par la présidence française de l’UE aujourd’hui 2 juillet au Parlement.
M. Riba expose un certain nombre de défis déroutants auxquels sont confrontés les responsables politiques dans le monde pour aborder le problème grandissant de l’approvisionnement alimentaire face à l’explosion de la population mondiale. Il s’agit notamment de la concurrence dans l’utilisation des terres entre les zones urbaines et rurales, de l’adaptation au changement climatique – en particulier concernant les ressources en eau – et de garantir des denrées alimentaires à des prix raisonnables sans nuire à l’environnement.
Cependant, les défis liés à la production alimentaire durable ne peuvent pas être résolus uniquement par la recherche technologique, affirme M. Riba. « Nous ne pouvons pas nous concentrer uniquement sur la recherche agronomique », a-t-il déclaré à EurActiv. « La solution est une approche intégrée ».
D’après lui, cela implique d’intégrer au sein d’un système unique les progrès accomplis par la génétique, l’agronomie, la pathologie, la technologie, l’économie et la sociologie par exemple. « Nous perdons un temps considérable parce que certaines innovations intéressantes ne sont pas intégrées. Par exemple, pourquoi augmenter les rendements de certaines cultures agricoles dans une région si ni l’organisation des agriculteurs entre eux, ni l’infrastructure pour commercialiser les récoltes ne sont améliorées ? », a-t-il constaté.
« Nous devons faire en sorte que les chercheurs et les parties prenantes collaborent dès le début », a-t-il déclaré, ajoutant que les généticiens, les agronomes, les pathologistes, les sociologues, les économistes, les entreprises privées et les agriculteurs doivent travailler ensemble et au même rythme.
Un autre défi pour la recherche est d’améliorer les diagnostics des maladies et des parasites ainsi que la qualité de l’eau, des sols et de l’air, dans la mesure où « nous perdons actuellement beaucoup de temps et d’argent pour identifier les problèmes » une fois qu’une nouvelle maladie phytosanitaire est découverte par exemple.
En ce qui concerne la production alimentaire durable, M. Riba affirme que « il est très important de diversifier l’agriculture, beaucoup plus que ce que nous faisons aujourd’hui » ainsi que de cultiver de nouvelles plantes et d’utiliser les espèces encore non utilisées ou qui sont uniquement employées à petite échelle. « Tout d’abord, nous devons diversifier les ressources génétiques et donc diversifier les espèces que nous utilisons, ensuite, il faut diversifier les bases génétiques de chaque espèce ».
Selon lui, cette approche est réalisable par la biologie moléculaire
qui permet de sélectionner les types et les caractéristique requis issus des ressources génétiques des plantes. En utilisant des marqueurs moléculaires
, les caractéristiques intéressants des ensembles génétiques du blé, par exemple, peuvent être combinés. La même approche s’applique aux fruits et aux légumes. « Avec une très grande base de variété génétique, les variétés obtenues s’adapteront plus facilement et résisteront mieux au changement climatique », a expliqué M. Riba.
Quant à savoir quel type de solution constituent les cultures génétiquement modifiées (GM), il a déclaré que « nous devons utiliser les OMG quand nous serons capables de développer de nouvelles caractéristiques sans cette approche. Si vous pouvons le faire autrement, nous le ferons autrement ». Même si la transgénèse « n’est pas la panacée », c’est un outil nécessaire, étant donné que « nous savons déjà quelles caractéristiques ne peuvent pas être modifiées sans cette approche », a-t-il ajouté.
Les thèmes qu’il aimerait voir à l’agenda de la recherche agricole de l’UE comprennent donc l’étude du potentiel naturel des espèces et des variétés existantes ainsi que des approches innovantes que les utilisateurs finaux peuvent adopter. Des montants considérables sont dépensés pour cloner différents gènes et produire de nouvelles méthodes que « personne n’utilise parce qu’elles ne sont pas connues ou adaptées aux utilisateurs finaux », a-t-il affirmé, en insistant sur la nécessité d’aborder les innovations et le transfert en même temps et d’impliquer les agriculteurs notamment dès le début.
M. Riba a également souligné la nécessité d’accroître la capacité à concevoir et à anticiper l’avenir. « Nous devons prévoir davantage et nous devons partager les découvertes ainsi obtenues », a-t-il déploré. Il a insisté sur le fait qu’il est important de partager les études et de les avoir constamment à l’esprit en élaborant des programmes de recherche agricole.