L'Institut européen de technologie verra-t-il le jour? [FR] [en] [de]

Publié: 08 March 2007 | Updated: 29 January 2010
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Pour arriver à ses fins, l'Institut européen de technologie (IET) aura besoin de tout le soutien et de l'engagement du secteur privé et des universitaires ainsi que le soutien institutionnel du Parlement et du Conseil. A ce jour, son seul soutien inconditionnel provient de la Commission, qui a initié le projet.

Background

L'institut européen de technologique (IET) est imaginé comme l'équivalent européen du célèbre Massachusetts Institure of Technology (MIT) américain.

A l'origine proposé par le président de la Commission, José Manuel Barroso, dans le cadre de la relance de l'agenda de Lisbonne, le but de l'IET est de renforcer le "triangle de la connaissance" en Europe concernant la recherche, l'éducation et les transferts de technologie. Ce centre doit créer une "masse critique" de référence mondiale pour l'enseignement et la recherche par le biais de partenariats entre les entreprises et les universités. Le 18 octobre 2006, la Commission a adopté sa proposition de règlement portant création de l'IET (pour ens avoir plus sur les deux précédentes communications de la Commission sur l'IET, lire les pages Euractiv des 23 février 2006 et 9 juin 2006). Un budget de 2,4 milliards d'euros est envisagé pour la période 2008-2013 dans le but de mettre en place les 6 Communautés de la connaissance et de l'innovation (CCI). Il s'agit en réalité d'entreprises communes d'organisations partenaires représentant les universités, les organismes de recherche et les entreprises, qui ensemble, forment un partenariat intégré pour répondre aux appels à proposition de création de l'IET.

La Commission propose d'allouer 310 millions d'euros, directement pris sur le budget européen pour financer principalement la phase de démarrage. Le reste, 2,1 milliards d'euros, devrait venir du secteur privé. L'Institut pourra aussi poser sa candidature pour prétendre à des fonds d'aide européens - les CCI peuvent par exemple faire l'objet d'une aide de financement de projet au titre du 7ème PCRD, le 7ème Programme-cadre de recherche pour 2007-2013.

Le commissaire à l'éducation, Jan Figel, a déclaré qu'une fondation rattachée à l'IET pourrait être créée pour réunir les fonds nécessaires.

Depuis l'introduction de cette idée en février 2005 par le président de la Commission, José Manuel Barroso, l'IET a fait l'objet de nombreuses critiques. Le plan initial de la Commission, qui proposait la construction d'un campus unique tout en insistant sur les engagements à long terme des entreprises et des chercheurs, a été rejeté par le propre comité consultatif de la Commission (EURAB).

Dans son premier rapport, publiée en avril 2005, les experts de l'EURAB ont mis en garde la Commission, précisant qu'un institut de recherche de classe mondiale ne pouvait être créé selon une méthode descendante" et que "pour voir le jour l'IET devait dès le début obtenir le soutien plein et entier de la communauté des entreprises, et que l'indépendance du comité de direction devait être clairement établie et protégée".

En mars 2006, l'IET a reçu un second soufflet, au moment où le Conseil européen n'a pas tenu compte de la création de l'IET sur un même campus, existant ou en projet. Les chefs d'Etat et de gouvernement ont plutôt préféré soutenir sa création sous la forme d'un réseau virtuel d'institutions déjà en place, contraignant ainsi la Commission à édulcorer sa proposition originale pour proposer un projet final de directive (octobre 2006) à la suite des recommandations du Conseil européen.

La proposition est en cours de discussion dans deux commissions parlementaires (Industrie et Recherche - Culture et Education) et un conseil ad hoc, mis en place et dirigé par la présidence allemande, vivement opposée à l'ensemble du projet. Le but de la présidence allemande est de trouver un accord sur une seule "CCI miniature", limitée dans le temps, qui permettrait de tester le concept avant la création effective de l'IET.

Positions

Lors d'une récente table ronde qui s'est tenue le 6 février 2007 et à laquelle participaient des représentants des trois institutions et du monde des entreprises, les parties prenantes ont déclaré que la proposition de la Commission nécessitait de plus amples clarifications sur les points suivants :

  • Le financement : d'où proviendront les 2,1 milliards d'euros?
  • Le risque d'empiéter sur les activités des structures existantes (plateformes technologiques, ERA-NET, initiatives technologiques conjointes, Eureka etc.) : avons-nous réellement besoin d'un IET?
  • Le concept de communautés de la connaissance et de l'innovation (quel sera leur fonctionnement?)
  • Le rôle de l'éducation par rapport à la recherche et à l'innovation dans le "triangle de la connaissance" de l'IET. Si l'attention de l'IET est supposée se porter sur l'innovation, pourquoi un institut qui délivre des diplômes est-il nécessaire?

Telles sont les questions essentielles qui restent sans réponse. La présidence allemande est déterminée à obtenir les orientations politiques du Conseil d'ici juillet 2007, pour procéder fin 2007 à l'adoption du règlement, la décision sur la première CCI devrait être prise d'ici mi-2008 pour la rendre opérationnelle début 2009. 

Un représentant du monde universitaire a confié à Euractiv  : "Il s'agit ici de la volonté de Barroso de léguer un héritage à l'Europe. Personne ne veut de l'IET mais tout le monde sait qu'il finira par exister. Nous n'avons plus qu'à essayer d'en tirer le meilleur".

Un représentant des entreprises a indiqué que "Barroso déploie des efforts considérables pour obtenir le soutien des entreprises à sa proposition. Apparemment, ce projet lui tient personnellement à coeur". Il a ajouté qu'il n'y avait aucune chance que les entreprises signent un chèque en blanc pour un institut qui n'existait pas et dont l'intérêt pour les entreprises n'était pas évident. Il a également précisé : "Cependant, cette structure peut avoir du bon et en tant que telle, les entreprises pourraient soutenir l'IET mais seulement après sa mise en place. Si le secteur privé y trouve un intérêt, il décidera alors de participer et de s'impliquer dans l'IET". 

Interrogé sur un éventuel retrait de la proposition portant sur l'IET, David White, ancien directeur chargé de la politique d’innovation, dirigeant actuellement les discussions relatives à l'IET au Conseil et au Parlement, a déclaré : "Je suis convaincu que notre proposition est bonne et que nous empruntons le chemin de la réussite". 

Le député européen, Jerzy Buzek, a indiqué que la moitié du Parlement européen ne soutenait pas l'idée d'un IET. 

Le président du groupe de travail ad hoc sur l'IET du ConseilWilfried Kraus, a déclaré : "Le Conseil ne se montre pas enthousiaste mais optimiste. Nous obtiendrons la majorité au sujet du budget européen de 300 millions d'euros envisagé pour lancer l'IET, mais la provenance du reste du financement (2,1 milliards d'euros) reste imprécise. L'IET devrait s'occuper de questions portant sur le long-terme, mais les entreprises ne financent pas de tels projets".

Le député européen, Reino Paasilinna, rapporteur  du rapport sur l'IET de la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie du Parlement, a déclaré : "Le navire IET navigue en eaux dangereuses". Il s'est également demandé si l'IET n'était pas simplement une "nouvelle lubie de la Commission". Il a indiqué qu'il s'agissait ici de "tuer le processus ou de faire avec" et qu'il avait décidé de s'en accomoder tout en modifiant la proposition dans un premier temps : "La mise en place de l'IET est possible. Nous souhaitons contribuer aux objectifs de la stratégie de Lisbonne et l'IET représente l'une des actions. Cependant, la Commission ne nous a pas prouvé que l'IET ne fera pas double-emploi avec les structures déjà en place et j'ai décidé d'amender la proposition de manière à éviter tout empiètement". 

La députée européenne, Erna Hennicot-Schoepges, rapporteuse de l'avis parlementaire Education et Culture, se montre plus optimiste concernant l'IET et souligne l'importance des "diplômes d'élite" que l'IET délivrerait.   

David White a déclaré : "La partie touchant à l'éducation est absolument essentielle dans l'IET. Actuellement, aucune institution ne regroupe à la fois la recherche, l'éducation et l'innovation européenne. Ces diplômes sont très mal compris. Il se peut que nous parlions ici de 1 000 étudiants chercheurs au sein d'une CCI. Cela représente beaucoup de personnes, toutes très impliquées dans leur formation. La Commission se montre préoccupée de savoir si les acteurs des CCI doivent influencer le contenu universitaire et le contenu des programmes de doctorat.  

"Il faut véritablement s'assurer que les titulaires d'un doctorat et les diplômés d'un master quittent le système dotés d'un profil "sciences appliquées" et qu'ils soient parfaitement adaptés au secteur, ce qui les identifiera plus rapidement auprès de l'industrie - ou ils créeront eux-mêmes leur petite entrepriss. C'est ce qui se produit autour des bonnes universités technologiques et c'est le point de départ de l'innovation. D. White explique : "C'est le titulaire d'un doctorat nouvellement diplômé qui retire des avantages, crée des petites entreprises et innove. Ces petites entreprises sont par la suite récupérées par de grandes entreprises en cas de succès. Tel est le mécanisme de l'innovation. Les grandes entreprises ne prennent pas le risque d'innover. Elles investissent dans des innovations fructueuses dont elles ont observé l'évolution au coeur de petites entreprises".                        

BusinessEurope considère qu'il y a trop de discussions sur la structure de l'IET et pas assez sur son contenu. Selon Leif Kjaergaard, responsable du groupe de travail sur la recherche et l'innovation technologique de BusinessEurope, "le contenu est bien plus important. Résolvons cette question dans un premier temps, puis traitons le problème de la structure. Nous savons tous que nous finirons par trouver une solution. L'IET a besoin de réunir un important financement public pour pouvoir fournir la preuve du concept, après quoi les entreprises pourront décider si elles souhaitent participer".

L'Association européenne pour l'administration de la recherche industrielle (EIRMA) se demande si du point de vue des entreprises, la proposition de l'IET de la Commission est la bonne proposition opportune et souligne la nécessité, dans un premier temps, de moderniser l'université. Andrew Dearing, secrétaire général de l'EIRMA déclare : "Veuillez ne pas le [IET] considérer comme l'unique solution". Il précise que pour innover, les entreprises et les marchés ont besoin de règles, de normalisation et de cadre règlementaire. Selon lui, les gouvernements et la Commission ont clairement un rôle à jouer afin d'aider les entreprises sur ce point, mais "les entreprises n'ont pas de moyens pour financer des infrastructures". Il a également indiqué la nécessité de discuter davantage la question des CCI, soulignant que l'énergie et le changement climatique ne devraient pas être considérés comme un "choix trop facile".

La Ligue des universités de recherche européennes (LERU) considère que l'IET doit représenter une opportunité pour construire et développer les réseaux pyramidaux d'innovation existants, à travers des entreprises et universités d'excellence, et non par des structures rigides, directives ou bureaucratiques. Selon le secrétaire général de LERU, David Livesey, "la proposition actuelle de règlement sur la création de l'IET n'expose pas clairement la manière dont l'IET veillera à l'excellence dans le choix des CCI. Les critères de base de la sélection des personnes qui siègeront au Conseil d'administration ne sont pas clairs non plus. Pour le Conseil européen de la recherche, le choix était quelque part plus facile, l'excellence scientifique pouvant être prouvée. En ce qui concerne l'IET, les critères ne sont pas si simples".

Bertil Andersson, directeur général sortant de la Fondation européenne de la science a déclaré : "Personnellement, je ne pense pas que ce soit la meilleure façon de promouvoir l'innovation en Europe. Selon moi, le développement d'une recherche européenne plus dynamique va de pair avec une plus grande liberté accordée aux universités dans le domaine de l'innovation. Dans de nombreux pays, les universités sont trop contrôlées et elles ont une tradition d'esprit d'entreprise totalement différente, par exemple, de celle des universités américaines. 

Next Steps

  • 19 mars 2007 : La commission "Industrie" du Parlement débattra du rapport de Paasilinna.
  • 27 mars 2007 : Une étude critique sur l'IET doit être publiée.
  • Fin 2007  : Le Conseil prévoit d'adopter la proposition de règlement.
  • 2008 : Les membres du conseil d'administration de l'IET pourraient être nommés. 
  • Début 2009 : La première communauté de la connaissance et de l'innovation pourrait être mise en place et commencer ses activités.