M. Cameron devrait présider une réunion de crise aujourd'hui après trois nuits d'émeutes, de pillages et d'incendies volontaires orchestrés par des jeunes masqués et cagoulés qui ont détruit des centres commerciaux dans différentes parties de Londres ainsi que dans trois autres villes.
Les quartiers de la capitale doivent à présent nettoyer les bris de verres, les briques, les bouteilles et les bâtiments saccagés alors que les forces de police reprennent le dessus face à des jeunes qui se sont organisés grâce à leurs téléphones portables et aux médias sociaux.
Ces émeutes, les pires depuis des décennies en Grande-Bretagne, se sont propagées dans les quartiers de Londres ainsi qu'à Bristol au sud-est, à Birmingham dans les Midlands et dans le port de Liverpool au nord-ouest.
Tard ce lundi, alors que la situation commençait à s'apaiser, des voitures remplies de marchandises ont traversé à grande vitesse les rues de Londres. Des témoins ont entendu parler de nombreuses affaires de vols de voiture perpétrés par des groupes de pilleurs.
Dans le district pauvre de Woolwich, à l'est, les passants sentaient le verre crisser sous leurs pieds, passaient à côté de vitrines cassées et dans des rues jonchées de marchandises volées, de mannequins et d'autres débris.
La police a affirmé avoir arrêté 334 personnes à Londres et environ 100 personnes à Birmingham.
A un moment donné, les pompiers de Londres ont affirmé manquer de véhicules pour éteindre les incendies déclenchés par les émeutiers et la police a déclaré qu'elle avait appelé 1700 personnes en renfort pour l'aider à maîtriser les groupes de pilleurs.
M. Cameron a écourté ses vacances en Italie lundi pour rentrer au pays. Il devait présider une réunion du comité Cobra à 9 h (0800 GMT) pour élaborer une stratégie vouée à éviter l'escalade de la violence et examiner la raison pour laquelle les émeutes se sont si vite propagées, prenant les autorités par surprise.
Moins de services sociaux
Certains commentateurs rejettent la faute des émeutes en partie sur une diminution des services sociaux imposée suite à des mesures strictes d'austérité prises par le gouvernement pour réduire un important déficit budgétaire. La croissance économique est faible.
De nombreux pilleurs sont issus des zones où règne un taux de chômage élevé et affirment se sentir rejetés de la société.
« Nous n'avons pas de travail, pas d'argent... Nous entendons que d'autres personnes reçoivent des choses gratuitement, pourquoi pas nous ? », se demande E. Nan, un jeune homme portant une casquette de baseball entouré par d'autres jeunes à Hackney, un quartier multiethnique à l'est de Londres, l'une des zones les plus affectées.
A Hackney, des jeunes cagoulés ont jeté des poubelles en feu dans la rue en direction de la police ce lundi, riant alors qu'ils fuyaient les forces de l'ordre. D'autres sont entrés dans des magasins en cassant tout sur leur passage puis se sont enfuis en emportant des bouteilles de whisky et de bière.
Reuters a été témoin de scènes similaires à Woolwich, à Clapham au sud et à Ealing à l'ouest. A Ealing, un résident a confié à Reuters qu'environ 150 jeunes cagoulés avaient dévalé sa rue en brisant les vitres des voitures, commettant des actes de « vandalisme gratuit ».
« C'est très triste à voir... Mais les enfants n'ont pas de travail, pas d'avenir et les réductions ont rendu la situation encore pire. Ces enfants sont d'une autre génération que la nôtre et ils s'en moquent », a expliqué Anthony Burns, 39 ans, électricien à Hackney.
« Vous voyez. Ca ne fait que commencer ».
Les représentants du gouvernement ont qualifié les pilleurs de criminels et ont déclaré que les actes de violence n'auraient pas d'effet sur la préparation des Jeux olympiques de 2012 à Londres, même si des images diffusées à la télévision montrant des bâtiments en feu et des émeutes ont quelque peu entaché l'image de la capitale.
« C'était de la violence inutile, des vols opportunistes, ni plus ni moins. C'est tout à fait inacceptable », a déclaré le vice-premier ministre, Nick Clegg.
M. Cameron a tenu bon et a refusé de ralentir le rythme auquel il compte réduire le déficit budgétaire afin de minimiser l'impact sur les services à la jeunesse, entre autres. Il devrait subir à nouveau des pressions pour que davantage de mesures soient prises pour aider les quartiers pauvres de la capitale.
Les premières émeutes ont éclaté samedi dans le district de Tottenham au nord de Londres, lorsqu'une manifestation pacifique pour protester contre la mort d'un suspect tué par la police deux jours plus tôt a été suivie par des pillages.
D'autres perturbations s'en sont suivi dimanche et lundi, dans la mesure où les forces de police ne sont pas parvenues à concentrer leurs efforts dans tous les endroits concernés. Les scènes de pillage se sont donc rapidement multipliées.
EurActiv avec Reuters —Article EurActiv traduit de l'anglais par Amandine Gillet




