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Relations transatlantiques[en][de

Publié: mercredi 15 décembre 2004   

Les relations entre l'Europe et les Etats-Unis ont été quelque peu houleuses au cours de ces dernières années, polluées par des désaccords profonds sur des sujets tels que le conflit irakien, le protocole de Kyoto et la Cour pénale internationale. Ces dossiers ne constituent pourtant qu'une composante relativement réduite d'une relation par ailleurs précieuse pour les deux partenaires.  La réélection du président George W. Bush en novembre 2004 pourrait amener Européens et Américains à faire table rase du passé récent et à réamorcer un dialogue fructueux.

A lire aussi:

Prochaines étapes:

  • Une  rencontre ministérielleexternal Etats-Unis / Union européenne doit avoir lieu à Washington le 20 avril 2005.
  • Le prochain Sommet Union européenne / Etats-Unis doit avoir lieu en juin 2005.

Sommaire Liens

Les origines des relations étroites unissant Etats-Unis et Europe sur les plans commercial et militaire remontent essentiellement à la seconde Guerre mondiale. L'engagement des Américains dans la lutte contre le nazisme, ainsi que le soutien apporté par Washington à l'effort de reconstruction du continent par le biais du plan Marshall, pèsent encore d'un poids important dans la relation entre les deux partenaires. Le déclenchement de la Guerre froide s'est traduit par un resserrement de ces liens, auxquels la création de l'OTAN (en 1949) est venue conférer une dimension institutionnelle. La dépendance de l'Europe occidentale vis-à-vis de la puissance militaire américaine n'a que très rarement été contestée par les forces politiques au pouvoir en Europe (sociaux-démocrates et chrétiens-démocrates, essentiellement). 

Une ère nouvelle - et plus complexe - s'est ouverte avec la chute du mur de Berlin en 1989. L'effondrement du bloc communiste en Europe centrale et orientale a ouvert un processus aboutissant à l'élargissement de l'Union européenne au 1er mai 2004, tout en sapant parallèlement les fondements de la raison d'être de l'OTAN. L'absence de puissance militaire européenne s'est manifestée avec une douloureuse évidence lors du conflit des Balkans, au cours de la première moitié des années 1990 - l'UE n'ayant alors d'autre choix que de s'en remettre à l'intervention de l'administration Clinton. Un tel événement a été à l'origine de l'émergence de projets visant à doter l'UE d'une véritable capacité de défense, projets auxquels une impulsion décisive fut donnée par l'initiative franco-britannique dans le domaine militaire. Les ambitions de l'UE en matière de défense ont trouvé leur concrétisation la plus aboutie lors de la relève par des troupes européennes de la mission de l'OTAN en Bosnie-Herzégovine, au mois de décembre 2004.

Enjeux:

Défense européenne

L'émergence des ambitions européennes dans le domaine de la défense a été accueillie avec un mélange d'intérêt et d'inquiétude du côté des responsables américains : d'une part, ceux-ci redoutaient que les efforts de l'UE n'aboutissent à créer des doublons avec les infrastructures et les équipements existant dans le cadre de l'OTAN, et plus fondamentalement à entraîner une fragilisation de l'Alliance ; d'autre part, Washington ne pouvait que se féliciter de voir ses alliés prendre enfin conscience de la nécessité de dépenser davantage pour assurer leur propre défense, ce qui pourrait au final se traduire par un accroissement des ressources mises au service de l'OTAN. Il semble que, dès mars 2003, au moment où l'UE a assuré la relève de la mission de maintien de la paix de l'OTAN en Macédoine, les Etats-Unis aient décidé de prendre leur parti des nouvelles intentions européenne

 

Conflit irakien et terrorisme

Si les attaques terroristes du 11 septembre 2001 avaient pu permettre aux Etats-Unis de bénéficier d'un réel élan de sympathie en Europe, les désaccords autour du conflit irakien sont rapidement venus détruire le consensus pro-américain brièvement apparu de ce côté-ci de l'Atlantique, et mettre rudement à l'épreuve la solidité du lien transatlantique. La controverse suscitée par le conflit est allée jusqu'à provoquer des tensions au sein même de l'UE, entre partisans et détracteurs d'une intervention militaire contre le régime de Saddam Hussein. Le secrétaire à la défense américain Donald Rumsfeld ne s'est d'ailleurs pas privé de jouer la carte de la division des Européens en parlant de "vieille" et de "nouvelle" Europe, façon pour Washington de creuser le fossé entre "anti-guerre" (au premier rang desquels la France et l'Allemagne) et partisans de l'option militaire, lesquels, derrière le Royaume-Uni et l'Espagne, comprenaient une majorité de nouveaux Etats membres. 

 

Embargo sur les ventes d'armes à la Chine

Le projet de l'Union européenne de lever son embargo sur les ventes d'armes à destination de la Chine risque fort de devenir le nouveau grand sujet de discorde entre Européens et Américains. Sous l'impulsion des gros exportateurs d'armes que sont la France, l'Italie et le Royaume-Uni, l'Union européenne s'est décidée à ignorer les mises en garde de Washington, estimant que le durcissement du code de conduite sur les ventes d'armes suffira à rassurer les Etats-Unis et leur principal allié dans la région, Taïwan. 

L'administration américaine, soumise à une forte pression du Congrès (particulièrement virulent sur ce dossier), fait la sourde oreille aux arguments européens, estimant que le fait de fournir des équipements militaires de haute technoogie à la Chine est de nature à remettre en cause l'équilibre géostratégique en Asie du sud-est.     

Lors de sa tournée européenne, au début du mois de février, la secrétaire d'Etat américaine Condoleeza Rice estimait avoir été "écoutée" par ses interlocuteurs, mais le président Bush, en visite à Bruxelles deux mois plus tard, a néanmoins pris soin de rappeler la ligne américaine en exprimant sa très "vive préoccupation" sur le sujet. 

Les Européens opposent aux préventions américaines leur propre frustration face à la difficulté d'accéder au marché militaire américain. Selon eux, le protectionnisme des Etats-Unis dans ce domaine ne laisse d'autre choix à leurs industriels que celui de partir à la conquête de nouveaux marchés.  

 

Commerce
En matière de politique commerciale, l'Union européenne et les Etats-Unis poursuivent le même but affiché, consistant à obtenir une accélération de l'ouverture des échanges mondiaux dans le cadre de l'OMC. Divers désaccords - portant notamment sur l'usage des OGM et des hormones de croissance, et plus globalement sur une approche différente du " principe de précaution " -, largement mis en avant par les médias, ont pu faire perdre de vue la nature fondamentalement harmonieuse des relations entre les deux partenaires. L'un des sujets les plus sensibles est en fait celui des subventions accordés par les gouvernements européens et américain à certains secteurs, en particulier l'agriculture et l'aéronautique. Sur ce dernier chapitre, le dossier " Boeing-Airbus " a notamment ravivé les tensions entre Bruxelles et Washington  à l'automne 2004. 

 

Concurrence
La DG Concurrence de la Commission européenne est intervenue à plusieurs reprises dans divers dossiers impliquant des entreprises américaines de premier plan : fusion Boeing-McDonnell Douglas en 1997, fusion Honeywell-General Electric en 2001, et procédure anti-trust à l'encontre de Microsoft (conclue par l'imposition d'une amende de 497 millions d'euros infligée au géant de Seattle) en mars 2004. 

Positions:

Lors de sa visite à Bruxelles, les 21 et 22 février 2005, le président américain George W. Bush a souligné qu'une Europe forte constituerait la meilleure des alliées pour les Etats-Unis : "Il est dans notre intérêt que l'Europe [...] devienne un partenaire durable, viable et solide", a notamment déclaré le président américain, tout en ne cherchant pas à masquer les désaccords qui l'opposent aux Européens sur un certain nombre de sujets - en particulier le dossier de la levée de l'embargo sur les ventes d'armes à la Chine. 

Concernant le processus de paix au Proche-Orient, M. Bush a estimé que "la paix [était] à portée de main", ajoutant qu'il voulait "travailler avec l'Union européenne pour atteindre cet objectif".

Sur le dossier irakien, le président américain a exprimé sa gratitude aux membres européens de l'OTAN, déclarant notamment : "26 nations se sont assises autour de la table et ont dit : 'Laissons le passé derrière nous, et attachons-nous à aider la dernière-née des démocraties mondiales à trouver la voie du succès'. Et j'ai apprécié les contributions [qui ont été faites]. Et la mission de formation de l'OTAN est une mission importante, car, après tout, le succès de l'Irak repose sur la capacité et la volonté des Irakiens à se défendre eux-mêmes contre les terroristes". 

Enfin, au sujet du protocole de Kyoto, M. Bush a déclaré que les Etats-Unis et l'Europe devaient "travailler ensemble pour aller de l'avant. Les énergies émergentes telles que l'hydrogène, l'électricité produite à partir de sources d'énergies renouvelables, le charbon propre, doivent stimuler une croissance économique 'responsable' sur le plan environnemental".

Lors de la visite du président américain, le président en exercice du Conseil européen, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker a souligné qu'Européens et Américains partageaient "les mêmes ambitions pour le monde", évoquant notamment la lutte contre le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massives, ainsi que le combat contre la pauvreté et le sous-développement. 

A propos de l'Irak, M. Juncker a notamment précisé que, si le gouvernement irakien devait en faire la demande, les Etats-Unis et l'Union européenne seraient prêts à co-organiser une conférence internationale visant à servir de forum pour stimuler et coordonner l'aide apportée à l'Irak. 

A l'issue de la visite du président Bush, le président de la Commission, José Manuel Barroso, a estimé que les Etats-Unis et l'Europe avaient renoué le lien les unissant : "Je crois que les relations transatlantiques ont franchi un tournant", a-t-il déclaré, ajoutant qu'on assistait à l'émergence d'un "partenariat fondé sur l'écoute".

Lors d'un discours donné à l'Institut d'études politiques de Paris, deux semaines avant l'arrivée à Bruxelles du président Bush, la secrétaire d'Etat américaine Condoleeza Rice déclarait : "Nous sommes seulement au début de notre tâche commune. Nous avons aujourd'hui une occasion historique de parvenir à une équilibre global des puissances favorable à la liberté - et donc apte à consolider et à faire progresser la paix. Et j'utilise ici le mot 'puissance' dans son sens le plus large, car, plus importantes encore que la puissance militaire, il y a la puissance des idées, la puissance de la compassion, et la puissance de l'espoir".

"Le programme de coopération entre l'UE et les Etats-Unis est plus vaste que jamais, et il continue à s'étendre, à mesure que se développe l'Union européenne elle-même. Nous partageons le même avis sur les menaces étroitement entremêlées auxquelles nous sommes confrontés aujourd'hui : le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massives et des conflits régionaux, et le crime organisé. [...] Des désaccords ont pu nous opposer. Mais il est temps de tourner le dos aux désaccords du passé. Il est temps d'ouvrir un nouveau chapitre dans notre relation, un nouveau chapitre dans notre alliance".     

Ces récentes déclarations confirment les signaux envoyés depuis Washington dès la fin de l'année dernière : "Nous tendons la main à l'Europe, et nous espérons que l'Europe nous tendra la main. Quelles qu'aient pu être nos différences dans le passé, et notamment à propos de l'Iraq, nous regardons à présent vers l'avenir",  déclarait ainsi le Secrétaire d'Etat américain Colin Powell en décembre 2004.

S'exprimant devant le "Center for Strategic and International Studies" de Washington, en janvier 2005, la Commissaire européenne en charge du portefeuille des relations extérieures, Benita Ferrero Waldner, déclarait au nom de l'Union européenne : "Nous sommes fermement résolus à contribuer au succès des institutions multilatérales mondiales, au premier rang desquelles figurent bien sûr les Etats-Unis. Dans cette perspective, les récents commentaires du président Bush sur l'importance d'un multilatéralisme efficace sont particulièrement bienvenus". Et Mme Ferrero-Waldner d'ajouter : "Tout le monde en Europe souhaite que l'Irak soit un pays démocratique, pacifique et stable. C'est la raison pour laquelle nous sommes prêts à contribuer substantiellement à la reconstruction de l'Irak, tant politiquement que financièrement... En vérité, il existe très peu de domaines pour lesquels nous ne partageons pas les mêmes buts, et pour lesquels nous ne pourrions tirer parti d'un degré plus élevé de collaboration". 

Dans une tribune publiée par le Wall Street Journal, le 18 novembre 2004, le ministre néerlandais des affaires étrangères, Ben Bot, abondait dans le même sens en écrivant que " les Américains ont raison de demander aux Européens de leur apporter des preuves de leur détermination à partager le fardeau des responsabilités imposé par la lutte globale contre le terrorisme. Chaque décennie a donné lieu à sa propre version d'une crise transatlantique, et chaque dispute a été suivie d'une période de renouveau ". 

Charles Grant, directeur du Centre for the European Reform, écrivait récemment sur la nouvelle donne introduite dans le partenariat transatlantique : "Le second mandat Bush pourrait s'avérer davantage marqué du sceau du multilatéralisme que le premier, dans la mesure où nombre des problèmes auxquels [la nouvelle administration] sera amenée à se heurter ne pourront être facilement gérés sans l'aide des alliés et des institutions internationales. Il viendra un moment (la Turquie se rapprochant de plus en plus de l'UE) où les Etats du Caucase deviendront voisins de l'Union. La Russie considère ces pays comme faisant toujours partie de son arrière-cour [...]. Les Etats-Unis et l'Europe ont chacun intérêt à collaborer pour consolider l'indépendance de ces pays, ainsi que le progrès des pratiques démocratiques en leur sein".

Un rapport de la CIA sur l'état du monde en 2020  souligne  que les ambitions de l'Union européenne sur la scène internationale risquent de se heurter à un certain nombre d'obstacles : "Le régime d'Etat-providence actuel ne pourra être conservé en l'état, et l'absence de revitalisation économique pourrait conduire à une fragmentation, voire à une désintégration de l'Union européenne [...]. Le rythme de croissance de l'UE est tiré vers le bas par l'Allemagne, dont la législation du travail est bien trop restrictive. Des réformes structurelles dans ce pays - et, dans une moindre mesure, en France et en Italie - sont indispensables pour que l'UE dans son ensemble puisse sortir de son cycle actuel de croissance molle".

Un sondage réalisé par le German Marshall Fund dans les semaines suivant les élections présidentielles américaines révélait qu'une large majorité de Français et d'Allemands (respectivement 62 et 59%) désapprouvaient la politique étrangère du président Bush. Le sondage montrait par ailleurs qu'Américains, Français et Allemands exprimaient le même désir de voir les Etats-Unis s'engager davantage sur la voie diplomatique et faire moins usage de leur puissance militaire. 

L'éditorialiste Fred Kempe écrivait dans le Wall Street Journal, en janvier 2005 : "Les circonstances actuelles favorisent le camp des 'trans-atlantiques'. Le succès des démocrates en Ukraine a donné un nouvel élan à la relation entre l'Europe et les Etats-Unis. Rarement Washington aura collaboré aussi étroitement avec Bruxelles que dans ce cas précis. L'expérience ukrainienne a également montré que l'Union européenne était devenue plus accueillante à l'égard des 'évangélistes de la démocratie' : le président polonais Aleksander Kwasniewski, un allié proche des Etats-Unis [...], a constitué le meilleur représentant de l'UE en Ukraine aux côtés du chef de la diplomatie européenne Javier Solana... Les nouveaux Etats membres se demandent cependant quel sérieux ils peuvent accorder aux promesses de M. Bush en matière de démocratie, si [le président américain] détourne le regard chaque fois que son ami Poutine entraîne la Russie plus avant sur une voie aussi peu démocratique que possible".      

Dans son ouvrage intitulé La puissance et la faiblesse- Les Etats-Unis et l'Europe dans le nouvel ordre mondialRobert Kagan, l'un des responsables du " Projet pour un nouveau siècle américain ", défend la thèse devenue fameuse selon laquelle " les  Américains viennent de Mars, et les Européens de Venus". Robert Kagan estime notamment que l'Europe défend la vision d'un monde fondé sur " la loi, la réglementation, la négociation et la coopération entre nations ". Cette approche fondamentalement pacifique est, selon Kagan, moins liée aux leçons tirées des deux conflits mondiaux (comme le proclament les responsables européens), mais plutôt aux profondes faiblesses de l'Europe dans le domaine militaire.   

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