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L’Espagne promet un calendrier de réformes, laissant présager un renflouement

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Publié 17 septembre 2012
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euro zone crisis, Spain

Vendredi, l’Espagne a indiqué aux ministres des finances de la zone euro qu’elle fixerait des délais clairs pour ses réformes structurelles d’ici la fin du mois. Selon les diplomates européens, cette initiative ouvrira la voie à une demande d’aide visant à réduire la dette colossale du pays.

Les coûts d'emprunt de Madrid ont chuté depuis que la Banque centrale européenne s'est dite prête à acheter des obligations espagnoles, mais dans la mesure où le pays risque bien d'avoir besoin de plus de liquidités d'ici la fin de l'année et où la récession continue de faire rage, bon nombre d'experts et de décideurs politiques sont d'avis que l'Espagne aura tôt au tard besoin d'une aide extérieure.

« Nous adopterons une nouvelle série de réformes pour stimuler la croissance [...] Ces réformes respecteront les recommandations de la Commission européenne », a déclaré le ministre de l'économie, Luis de Guindos, à l'issue d'une réunion avec ses homologues européens à Chypre.

Les décideurs de la zone euro ont expliqué que pour obtenir une aide, l'Espagne devrait respecter des conditions strictes qui impliquent généralement des réformes détaillées et des délais stricts.

L'initiative prise par Madrid est donc considérée par les diplomates européens comme le signe d'une future demande d'aide visant à devancer les réformes que pourrait réclamer la zone euro, bien que M. de Guindos ait insisté sur le fait que ces mesures n'avaient rien à avoir avec des conditions de renflouement.

« Il s'agit de propositions relatives à un programme budgétaire et structurel, de propositions pour aller de l'avant », a déclaré un éminent diplomate européen sous le couvert de l'anonymat.

« Oui, nous avançons vers un renflouement, mais il revient à présent au [premier ministre espagnol, Mariano] Rajoy, de prendre une décision. Il est difficile de deviner ses intentions », a ajouté ce diplomate.

Le nouveau programme de réformes sera rendu public en même temps que le budget 2013 le 28 septembre prochain, le jour où Madrid publiera également les résultats du dernier test de résistance de son secteur bancaire.

Un autre fonctionnaire a expliqué que ces mesures, si elles sont crédibles, seraient un signe clair de la volonté de l'Espagne de demander une aide.

«Ils discutent avec la Commission européenne qui s'est montrée plutôt favorable à leurs propositions. Si ces mesures sont crédibles, il n'y a que peu de doutes sur la suite », a ajouté cette source.

Les deux fonctionnaires européens ont expliqué qu'il était probable que l'Espagne demande une aide sous la forme d'une ligne de crédit de précaution via le Mécanisme européen de stabilité (MES).

Cette ligne de crédit permettrait au MES d'acheter des obligations espagnoles et ainsi à la Banque centrale européenne d'intervenir sur le marché secondaire si elle le souhaite. La zone euro pourrait difficilement se permettre un renflouement similaire à celui accordé à la Grèce, au Portugal et à l'Irlande.

Selon le ministre français des finances, Pierre Moscovici, personne ne souhaite que l'Espagne demande un renflouement total et cette option n'a même pas été évoquée.

Certains fonctionnaires de la zone euro pensent que l'Espagne pourrait introduire sa demande à temps pour la prochaine réunion des ministres des finances de la zone euro le 8 octobre prochain.

Conditions

Jusqu'à présent, Madrid refuse d'accepter des mesures d'austérité qui iraient au-delà des recommandations de l'UE qu'elle applique déjà, mais les créanciers européens du nord, menés par l'Allemagne, martèlent que toute aide devra être assortie de conditions plus strictes

Le président de la BCE, Mario Draghi, présent lors de la réunion à Nicosie, a souligné que tout achat d'obligations devrait également être accompagné de conditions strictes. Joerg Asmussen, un membre du directoire de la Banque centrale européenne, a rappelé que l'achat d'obligations espagnoles ne se ferait pas de manière automatique, et ce même si Madrid soumettait une demande d'aide officielle au MES.

Une source diplomatique a toutefois précisé que des téléconférences avaient lieu tous les jours entre les membres de la commission travaillant sur le programme d'achat d'obligations.

« Les banques centrales de la zone euro s'apprêtent à acheter des obligations sur les marchés », a expliqué le fonctionnaire. « En cas d'intervention, la BCE décidera du montant journalier et transfèrera la responsabilité d'agir sur les marchés secondaires aux banques centrales nationales. »

Des marchés apaisés

Pour la première fois depuis des mois, les marchés se montrent plus apaisés et moins pressés de voir s'appliquer des mesures immédiates pour résoudre la crise de la dette souveraine.

Après que la BCE a annoncé qu'elle pourrait acheter une quantité illimitée d'obligations espagnoles, dans le cadre d'un programme avec le fonds de renflouement de la zone euro, les rendements obligataires à 10 ans de l'Espagne ont chuté de plus de deux points de pourcentage par rapport au pic du 24 juillet à 7,64 %.

Les rendements italiens sont passés à environ 5 % et l'euro a dépassé 1,30 dollar après que la Réserve fédérale a annoncé un nouveau programme d'achat d'actifs pour soutenir l'économie.

« Je ne suis pas un expert des marchés, mais je pense que nous avons encore un peu de temps », a déclaré M. Moscovici.

Il est donc tentant pour l'Espagne, et pour le plus grand contributeur de l'UE, l'Allemagne, d'essayer de ne pas avoir recours à un programme d'aide qui serait difficile à faire avaler d'un point de vue politique tant à Madrid qu'à Berlin. Chaque fois que les marchés ont semblé s'apaiser depuis le début de la crise, les dirigeants allemands ont affirmé qu'il n'était pas urgent d'agir.

« L'assurance excessive n'est pas plus de mise qu'il y a six mois, mais nous avançons dans la bonne direction », a déclaré le commissaire aux affaires économiques et monétaires, Olli Rehn.

Un fonctionnaire allemand a expliqué que Berlin ne souhaitait pas que l'Espagne soit embarquée dans un programme d'aide inutile alors que ses conditions de financement s'améliorent. Selon lui, le renflouement n'est pas inévitable.

Un autre fonctionnaire de la zone euro a affirmé qu'il serait judicieux que le programme d'aide soit prêt à être utilisé pour l'Espagne lorsque les prêteurs internationaux présenteront leur rapport sur la Grèce en octobre, car il pourrait ne pas plaire aux marchés, ce qui ferait grimper à nouveau les coûts d'emprunt italiens et espagnols.

M. Draghi a quant à lui expliqué que la décision de la banque centrale n'avait été qu'une mesure parmi d'autres permettant de renverser la tendance sur les marchés financiers.

« Beaucoup de choses se mettent en place ces deniers temps : les progrès en matière de gouvernance de la zone euro, les progrès au niveau national s'agissant de mettre en œuvre les bonnes politiques et à présent, nous disposons d'un filet de sécurité efficace visant à pallier les risques encourus par l'union monétaire », a-t-il poursuivi.

« Je pense que c'est la combinaison de tous ces éléments qui ont donné lieu à des effets positifs qui se ressentent sur les marchés financiers. »

Les marchés se sont repris après que la Cour constitutionnelle allemande a donné le feu vert au fonds de sauvetage permanent de la zone euro de 500 milliards d'euros, le MES. Les partis pro-européens ont remporté les élections aux Pays-Bas et l'union monétaire progresse vers une union bancaire avec la BCE comme superviseur unique.

De nombreux décideurs politiques et experts des marchés pensent toutefois que pour que les rendements continuent de baisser, ou du moins qu'ils se stabilisent, la BCE devra traduire ses paroles en action.

EurActiv.com avec Reuters - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Anti-austerity protesters in Spain
Contexte : 

Le 20 juillet, l'Eurogroupe a annoncé qu'il accorderait un renflouement pouvant atteindre 100 milliards d'euros à l'Espagne pour aider le pays à recapitaliser ses banques (>>lire la déclaration complète).

La somme exacte que le pays empruntera à la zone euro ne sera déterminée qu'en septembre, ont précisé les ministres des finances.

Les chefs d'État et de gouvernement de la zone euro avaient déjà décidé le 29 juin dernier que les fonds de sauvetage européens devraient être utilisés de manière flexible et efficace pour faire baisser les coûts d'emprunt des gouvernements.

Conformément à cet accord, l'Italie, l'Espagne et les autres pays en difficulté pourront également avoir recours au FESF temporaire et au MES permanent pour soutenir leurs obligations souveraines sur les marchés financiers.

Les conclusions du sommet de l'UE ne fournissaient pas plus de détails si ce n'est que les États membres pourront bénéficier d'une certaine flexibilité à condition qu'ils respectent les règles européennes de déficit budgétaire.

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