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Un groupe d’experts européens appelle au renforcement de la supervision financière [FR]

Publié 26 février 2009
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Hier (25 février), un groupe d’experts a suggéré dans un rapport très attendu que la supervision des groupes financiers transfrontaliers devrait rester une affaire nationale, et ce en dépit des lacunes révélées par la crise actuelle. Trois nouvelles autorités européennes devraient être créées afin de faire respecter les décisions. La Banque centrale européenne n'y jouera toutefois pas un rôle global.

Nommé par la Commission européenne, le groupe de haut niveau, présidé par Jacques de Larosière (voir contexte), a décidé de rejeter les appels de la BCE au renforcement de ses pouvoirs en matière de « microsupervision » ou de surveillance des entreprises du secteur bancaire et des assurances (EurActiv 13/02/09). 

Le groupe ne soutient pas l’idée que la BCE puisse jouer un rôle en matière de supervision microprudentielle, peut-on lire dans le rapport, qui explique que ces nouveaux devoirs pourraient empiéter sur le rôle principal de la BCE, à savoir assurer la stabilité monétaire dans la zone euro. 

Le souhait de la BCE d’endosser ce nouveau rôle découle du constat du manque de surveillance accrue des institutions financières multinationales. Selon les experts, les superviseurs nationaux n’échangent pas d’informations. Toutefois, l’idée de créer des collèges nationaux d’observateurs pour chaque groupe transfrontalier rencontre également l’opposition de nombreux Etats membres. Néanmoins, l’actuelle bataille juridique qui a suivi le krach du groupe international Fortis est considérée comme un exemple des effets néfastes découlant du manque de règles claires.  

M. de Larosière souhaite créer trois nouvelles autorités européennes, indépendantes des organes nationaux, avant 2012 (pour les banques, les titres et les assurances). Les nouvelles autorités seraient en charge de la médiation juridiquement contraignante entre les superviseurs nationaux. En d’autres termes, si les observateurs étrangers (pour les filiales) et les observateurs nationaux (pour les sièges) ne trouvent pas d’accord sur un problème, l’une des autorités imposera une solution. 

Macrosupervision 

Le groupe de M. de Larosière a présenté des propositions plus audacieuses en matière de macrosupervision, c’est-à-dire la surveillance des risques affectant l’ensemble du système financier. Un nouvel organe devrait être créé au sein du système européen de banques centrales, qui comprend chaque Etat membre. La BCE devrait présider cet organe, qui portera le nom de Conseil européen du risque systémique (ESRC). L’ESRC devrait remplacer l’actuel comité de surveillance bancaire. 

Afin de garantir la stabilité du système, cet organe renforcé devrait émettre des alertes rapides et devrait avoir accès à toutes les informations nécessaires au niveau macro et micro, peut-on lire dans le rapport. Cela pourrait impliquer que les experts de l’ESRC devront participer aux collèges de superviseurs des principaux groupes bancaires. 

Régulation financière (agences de notation de crédit, hedge funds et produits dérivés)

Le groupe a également proposé une série de mesures pour combler les lacunes de la régulation européenne, révélées par la crise actuelle. Les institutions financières devraient augmenter et améliorer les capitaux qu’elles détiennent, en vue d’en faire un tampon contre les risques, remettant ainsi en question les conditions relatives au capital de l’accord « Bâle II », qui vient juste d’entrer en vigueur dans l’UE. 

Les agences de notation de crédit devraient être enregistrées et surveillées par la nouvelle autorité en charge des titres, qui est en fait une version renforcée de l’actuel CERVM (Comité européen des régulateurs des marchés de valeurs mobilières). Cette mesure va au-delà des propositions que la Commission européenne a avancées à la suite de la crise, et qui sont actuellement débattues au Parlement. L’exécutif européen est opposé à l’idée d’un observateur unique pour les agences de notation de crédit (EurActiv 13/11/08). 

Bien qu’il reconnaisse leur manque de responsabilité dans la crise actuelle, le groupe présidé par M. de Larosière appelle à renforcer sensiblement l’obligation des gestionnaires de hedge funds à révéler des informations. Au nom de la transparence, ces derniers devraient en effet être obligés à révéler leurs stratégies, méthodes et moyens, qui ont jusqu’ici été considérés comme des secrets de la plus haute importance, ce qui a favorisé la performance tout en évitant la divulgation de données sensibles aux concurrents. 

Concernant les produits dérivés, et en particulier les contrats d’échange sur défaut, le rapport recommande la création d’au moins une chambre de compensation. Il évite néanmoins de prendre part à la controverse concernant le siège de cette chambre (EurActiv 20/02/09).

La réaction de la Commission

Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a salué le rapport, le qualifiant de bonne base pour d’autres propositions, qui seront publiées par l’exécutif européen la semaine prochaine (4 mars), avant le sommet européen de printemps des 19 et 20 mars. 

Il a également annoncé de nouvelles réglementations sur la rémunération des dirigeants pour le mois d’avril. Celles-ci devraient être réduites et liées à des objectifs à long terme plutôt qu’immédiates et à court terme, comme c’est le plus souvent le cas actuellement. 

La Commission prévoit également d’adopter des propositions pour réglementer les hedge funds et les fonds de placement privé. Le chef du parti socialiste européen, Poul Nyrup Rasmussen, s’est interrogé sur la question de savoir si le plan représente un délai délibéré, dans la mesure où une proposition au mois d’avril empêcherait l’UE de prendre une position commune sur les hedge funds et les fonds privés au sommet du G20 à Londres, le 2 avril (voir l’entretien  d’EurActiv avec M. Rasmussen). 

Réactions : 

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a déclaré  que ce rapport constituait une contribution importante au travail de la Commission. Il inclut un nombre important de propositions dans les domaines où la Commission estime qu’il faut agir, a-t-il souligné. En outre, c’est un rapport riche et équilibré, qui constitue une bonne base pour un travail ultérieur de la Commission, a-t-il indiqué. 

Le président du Parti socialiste européen, Poul Nyrup Rasmussen, a déclaré que les propositions du groupe présidé par M. de Larosière constituent un pas en avant essentiel. Elles sont, selon lui, ambitieuses mais pragmatiques. C’est maintenant la Commission qui est sous le feu des projecteurs, a-t-il ajouté, soulignant qu’il s’agit d’un test quant au courage et à la conviction de M. Barroso. Ce jour devrait être un jour important dans l’histoire des marchés financiers internationaux, mais nous devrions attendre de voir si l’actuelle Commission européenne, conservatrice, est capable de prendre les mesures recommandées, a-t-il expliqué. 

L’eurodéputé John Purvis, vice-président conservateur de la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, a déclaré que la Commission européenne devrait mettre l’accent sur davantage de transparence et de prudence sur les marchés financiers. Nous ne devons toutefois pas oublier que nous sommes dans une économie mondiale, et que des réactions excessivement interventionnistes pourraient être néfastes à notre compétitivité internationale, a-t-il conclu. 

Le secrétaire général de la Fédération bancaire européenne (FBE), Guido Ravoet, a déclaré que le rapport répond à la plupart des inquiétudes de la FBE, notamment en ce qui concerne un cadre réglementaire plus cohérent et plus solide, d’abord au niveau européen, ensuite au niveau mondial. Il a ajouté que la FBE espérait que l’élan politique se poursuivra et qu’elle attendait avec impatience le suivi de la Commission sur ce rapport. Il conclut en assurant que la Fédération suivra avec attention les futurs développements. 

Les assureurs européens ont fait écho aux banques. Tommy Persson, président de la CEA, l’European Insurance and Reinsurance Federation, a déclaré que les assureurs européens saluaient cette révision vaste et approfondie de la supervision financière en Europe, révision qui arrive à point nommé, en particulier dans le contexte de la crise actuelle. 

L’AIMA, l’ Hedge Funds Association, a réagi positivement au rapport. L’association a souligné qu’elle soutiendrait le principe de transparence complète et celui de la divulgation des informations relatives à la supervision. Néanmoins, elle a indiqué qu’elle ne suivra ces principes que pour les positions importantes en termes systémiques et les expositions aux risques. 

La régulation du capital risque doit être proportionnée, et il faut en outre reconnaître qu’il ne s’agit pas d’une catégorie homogène d’actifs, a expliqué la Private Equity and Venture Capital Association (EVCA).

Prochaines étapes : 
  • 4 mars : la Commission doit publier sa communication fondée sur le rapport de Larosière.
  • 19-20 mars 2009 : Conseil européen de printemps.
  • 2 avril 2009 : sommet du G20 à Londres sur la révision du marché financier mondial.
Contexte : 

La crise financière a mis en évidence le besoin d’une meilleure supervision des institutions financières, qui sont de plus en plus souvent impliquées dans des activités transfrontalières, même si la surveillance s’effectue en fin de compte au niveau national. 

Selon des chiffres fournis par la Commission européenne, l’Europe compte plus de 8 000 banques. Mais les deux tiers de leurs avoirs sont détenus par une quarantaine d’institutions multinationales.

Le groupe ad hoc de haut niveau chargé du dossier de la supervision financière a été mis en place par l’exécutif européen en octobre dernier, afin qu’il propose des solutions pour l’avenir. Toutefois, dès la création du groupe d’experts, dirigé par Jacques de Larosière, ancien directeur général du Fonds monétaire international, des plaintes se sont élevées (EurActiv 23/10/08).

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