« L'Europe serait la première puissance économique au monde si elle était plus unie ; elle pourrait être la grande gagnante de la mondialisation, à la croisée des routes commerciales et des réseaux de connaissance », a déclaré l'ancien conseiller principal de feu le président français François Mitterrand.
Il a ensuite appelé à des réformes structurelles visant à stimuler l'économie de manière juste et durable.
Le niveau de vie de la population diminuera si aucun effort n'est consenti en faveur de l'intégration européenne, a expliqué le premier président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, chargé par Nicolas Sarkozy de mener une commission pour la croissance économique.
Fin de la vision à court terme
« La crise nous fait donc prendre conscience que nous avons urgemment besoin de plus d'Europe », a-t-il affirmé avant d'ajouter que l'Europe ne pouvait pas compter sur la Banque centrale européenne pour injecter des milliards d'euros dans l'économie comme elle l'a déjà fait entre décembre et février derniers. Ces interventions à court terme pourront peut-être résoudre le problème de liquidité de manière temporaire, mais elles ne mèneront pas à des changements structurels, selon M. Attali.
Les décideurs n'ont pas encore tiré les leçons de cette crise, mais ils seront bientôt forcés de penser différemment.
M. Attali pointe du doigt le processus intergouvernemental par lequel les décisions sont prises aujourd'hui, un système qui selon lui nous empêche de poursuivre la construction européenne sans s'adonner à des négociations interminables. Au moment où l'Europe a besoin d'une vision à long terme, ce système n'est plus fiable, a-t-il affirmé.
« Aucune vision à long terme et aucun plan cohérent de réforme ne peuvent émerger de ce système de gouvernance théâtralisé.L'exécutif européen devrait avoir la légitimité démocratique de mettre en oeuvre des réformes avec efficacité et flexibilité. Et le Parlement doit bien entendu pouvoir exercer un pouvoir de contrôle approprié ».
Jacques Attali s'est uni avec d'autres « fédéralistes » pour lancer Eurofederation, une campagne et un manifeste réclamant plus de solidarité et d'unité.
« Je suis convaincu que toute évolution majeure des traités européens viendra du peuple », a-t-il expliqué en se référant notamment à l'Initiative citoyenne européenne, un nouvel outil de démocratie participative.
Pour M. Attali, la population pourrait gagner en confiance et entamer un processus ascendant pour écrire la page suivante de la construction européenne si, après les élections présidentielles en France, une nouvelle stratégie fondée sur un programme de croissance est adoptée.
« Je pense vraiment qu'un « tournant » fédéral est possible », a-t-il assuré.
L'axe franco-allemand ne doit plus dominer
Peu importe qui est élu en France en 2012 et en Allemagne en 2013, les institutions européennes devront évoluer et les petits États membres auront un rôle important à jouer dans ce processus, a déclaré l'économiste français.
« Nous aurons le choix entre abandonner notre souveraineté à des marchés non réglementés et la renforcer en bâtissant des institutions démocratiques, budgétaires et sociales », a-t-il poursuivi.
La vision de M. Attali pour une meilleure gouvernance européenne repose sur la transformation du Conseil des ministres en un Sénat des pays (la chambre haute) qui, avec les eurodéputés (la chambre basse) formerait le Parlement de l'Union européenne. La première institution représenterait les États et la seconde les citoyens européens dans toute leur diversité.
« Il reviendra alors au pouvoir exécutif élu sur la base d'un programme présenté aux citoyens de mettre en oeuvre les politiques », a-t-il précisé.
« C'est la raison pour laquelle les pays devraient rationaliser leurs dépenses et l'Europe émettre des obligations pour la réalisation de projets productifs », a déclaré l'économiste favorable à des déficits sains. De nouveaux investissements dans des secteurs stratégiques comme l'énergie, les télécommunications et les industries innovantes sont indispensables pour reprendre le chemin de la croissance.
« Jusqu'à présent, nous disposons de la plus grande population ; cette population est généralement éduquée et en bonne santé, elle peut tirer parti d'infrastructures efficaces et a hérité d'une Histoire riche et de valeurs fortes. L'Europe peut encore être au centre de la créativité, de la connaissance et de l'innovation », a-t-il conclu.

L’Union européenne mise sur un déploiement rapide des réseaux intelligents afin de contribuer aux objectifs d’efficacité énergétique et d’intégration des énergies renouvelables. Mais le financement, la mise en œuvre et les bénéfices concrets pour les consommateurs freinent encore leur développement. 

