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La Commission s'apprête à affronter les grands cabinets d'audit

Publié 01 décembre 2011 - Mis à jour 23 décembre 2011
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La Commission s'apprête à affronter les plus grandes entreprises d'audit avec une proposition de réglementation qui changera radicalement la gestion et la structure du secteur, bien que les projets controversés sur l'audit commun aient été abandonnés.

Une règle stipulant que les banques et les autres grandes institutions devraient avoir recours à des audits communs, vivement critiquée par les grands cabinets d'audit, a été supprimée de l'ébauche de réglementations publiée hier (30 novembre).

Elle comprend toutefois des mesures qui, si elles sont mises en oeuvre, affecteront le secteur de manière radicale. Il s'agit notamment de :

·         une rotation obligatoire des cabinets d'audit après une période de six ans au maximum qui peut, dans certaines circonstances exceptionnelles, être étendue à huit ans;

·         l'obligation de faire un appel d'offres pour les contrats d'audit;

·         des règles plus strictes sur la surveillance et la nomination des auditeurs par les comités d'audit;

·         l'interdiction pour les cabinets d'audit de fournir d'autres services à leurs clients;

·         l'exigence que les grandes entreprises d'audit séparent leurs services autres que l'audit;

·         l'obligation pour tous les contrôleurs légaux et les cabinets d'audit de se conformer aux normes internationales d'audit.

La Commission propose également d'amender la directive de 2006 sur la vérification des comptes afin de créer un marché unique pour les services de contrôle légaux, permettant aux auditeurs d'exercer leur profession librement et facilement en Europe, une fois enregistrés dans un Etat membre.

Le commissaire en charge du marché intérieur et des services, Michel Barnier, a affirmé que ces mesures étaient nécessaires pour redonner confiance aux investisseurs suite à la crise financière.

Des changements dans cinq ans

« [Ces propositions] s’attaquent aux faiblesses actuelles du marché européen de l’audit, en éliminant les conflits d’intérêts, en garantissant l’indépendance et une surveillance stricte et en renforçant la diversité sur un marché trop concentré, particulièrement au niveau de son segment supérieur », a déclaré M. Barnier

Des fonctionnaires européens ont souligné que cette réglementation, si elle était adoptée conformément au calendrier proposé, exigerait des entreprises qu'elles s'y conforment en cinq ans maximum, en prenant en compte la période d'entrée en vigueur de deux ans mentionnée dans le règlement.

« Nous savons que bon nombre de sujets importants sont sur la table, mais nous voulons aboutir à un résultat le plus rapidement possible », a déclaré un fonctionnaire.

Cette réglementation fait partie de la série d'instruments pour le marché unique que M. Barnier souhaite voir adoptée avant la fin de l'année prochaine, lors du 20e anniversaire de l'acte pour le marché unique.

Des débats animés au cours des six prochains mois

La bataille contre les plus grands cabinets d'audit d'Europe, Deloitte, KPMG, Ernst & Young et PwC, risque d'être rude. Ces quatre géants de l'audit contrôlent plus de 85% des entreprises dans la plupart des Etats membres.

Ils devraient pâtir de ces propositions, car elles impliquent une rotation régulière et une séparation des services de consultance, des mesures qui visent à favoriser les entreprises d'audit plus modestes.

« Les grands cabinets ont lutté avec vigueur contre les audits communs, et nous supposons donc qu'à présent, ils vont s'attaquer aux clauses sur la rotation des entreprises d'audit et sur le caractère « unique » de celles-ci », a expliqué un fonctionnaire de l'UE à EurActiv.

Les quatre géants ont déjà remporté une bataille stratégique au Parlement européen où la proposition va à présent être débattue.

Le projet de réglementation fera l'objet d'un rapport de la commission des affaires juridiques et d'un autre par la commission  des affaires économiques. Les deux rapporteurs choisis pour réaliser cette tâche sont des conservateurs britanniques, généralement opposés aux mesures allant à l'encontre des intérêts des grandes firmes d'audit.

Réactions : 

Tout en saluant le retrait de la proposition sur l'audit commun, dans un communiqué, l'Association of Chartered Certified Accountants (ACCA) a affirmé craindre que la rotation obligatoire des cabinets d'audit et l'interdiction de fournir des services autres que l'audit ne représentent des défis majeurs pour la profession et ne se révèlent contreproductives.

« La qualité de l'audit devrait être sujette à un contrôle régulier, mais il est trop simpliste d'affirmer que la qualité du travail d'audit peut être renforcée en établissant des limites arbitraires quant à la durée d'une relation professionnelle. Si un cabinet d'audit est choisi pour protéger les intérêts des actionnaires d'une entreprise, il est également logique que ceux-ci décident quel cabinet ils veulent, à quel moment et sous quelles conditions », a expliqué Sue Almond, directrice technique à l'ACCA.

BDO, le cinquième plus grand réseau d'experts-comptables au monde, a publié une déclaration saluant les propositions, « notamment celles sur la concentration du marché et le renforcement de la confiance dans l'audit ».

Le PDG de BDO, Martin van Roekel, a toutefois ajouté :  « Il est très dommage que certaines propositions liées à la réforme de la structure du marché, dont les audits communs et les mesures visant à renforcer l'indépendance des cabinets d'audit, aient été abandonnées ou diluées. »

« Nous devons à présent prendre le temps d'analyser ces propositions pour notre réseau et la profession dans son ensemble. Il est toutefois probable que nous recommandions fortement au Parlement européen de réintroduire les propositions progressistes qui ont été effacées, dans l'intérêt des investisseurs et pour assurer la mise en oeuvre de nouvelles politiques plutôt que des politiques édulcorées », a-il ajouté.

« Il est clairement nécessaire de secouer le marché de l'audit et de mettre un terme à la domination des quatre plus grands cabinets. Le lobbyisme intense qui a mené à l'édulcoration des propositions de la Commission ne fait que confirmer cette nécessité », a déclaré l'eurodéputé Sven Giegold (Allemagne; Verts), le porte-parole sur les finances au sein de son parti au Parlement européen.  « Que ce soit en raison de leur suffisance, de conflits d'intérêt ou de négligences, l'oligopole de l'audit a clairement échoué dans sa tentative d'effectuer les contrôles rigoureux qui étaient nécessaires, et le secteur financier en est une bonne illustration. Maintenant que les propositions de la Commission ont été revues à la baisse, il revient au Parlement européen de s'assurer que des règles plus strictes soient appliquées », a conclu M. Giegold.

« Il est encourageant que la Commission reconnaisse que la création d'un marché de l'audit plus dynamique est nécessaire », a déclaré Jean Stephens, PDG de RSM International, le sixième plus grand réseau d'experts-comptables au monde.

« Nous nous inquiétons du fait que les propositions initiales aient déjà été affaiblies, surtout en ce qui concerne les audits communs, et bien que nous soyons d'accord avec le principe d'une rotation obligatoire des cabinets d'audit, nous craignons qu'une rotation effectuée tous les six ans ne soit exagérée », a ajouté M. Stephens.

Prochaines étapes : 
  • Six prochains mois : débat sur les propositions au Parlement européen et au Conseil.

EurActiv.com - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Contexte : 

L'Union européenne a adopté une directive en 2006 qui a pour objectif de restaurer la confiance sur les marchés des capitaux en renforçant la qualité et l'indépendance des audits des comptes des entreprises.

Cette directive est entrée en vigueur juste après les scandales internationaux de comptabilité financière impliquant l'entreprise américaine Enron, qui ont entraîné la chute de l'un des géants de l'audit, Arther Ardesen.

En 2008, Bruxelles a révisé pour la première fois sa directive sur le contrôle légal des comptes. Cependant, immédiatement après l'entrée en vigueur des nouvelles règles et la crise américaine des subprimes, la Commission européenne a entamé une nouvelle révision des règles concernant le secteur, qui a pris fin en décembre 2010 après une importante consultation publique visant à apporter des modifications supplémentaires à la législation clé de l'UE sur le contrôle des comptes.

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