La chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Nicolas Sarkozy, ont déclaré après leur réunion à Berlin dimanche soir (9 octobre) que leur objectif était de trouver une solution durable aux problèmes de la Grèce.
Ils se sont également mis d'accord sur la manière de recapitaliser les banques européennes et ont décidé de présenter un plan visant à accélérer la coordination économique dans la zone euro avant le sommet du G20 à Cannes les 3 et 4 novembre prochains.
Ils ont toutefois refusé de révéler les détails de ce plan avant le sommet européen des chefs d'Etat des 17 et 18 octobre qui devrait permettre d’approfondir les propositions.
Lors de leur réunion, le premier ministre britannique, David Cameron, a demandé à Mme Merkel et à M. Sarkozy d'adopter une approche « bazooka » face à la crise, expliquant au Financial Times que les leaders de la zone euro devaient arrêter d'en faire « un peu trop peu, un peu trop tard ».
Mme Merkel et M. Sarkozy devaient se rendre à un dîner de travail après leur conférence de presse.
« Nous sommes bien conscients que la France et l'Allemagne ont une responsabilité particulière dans la stabilisation de l'euro », a déclaré M. Sarkozy, aux côtés de la chancelière.
« Nous devons fournir une réponse durable et globale. Nous avons décidé de fournir cette réponse d'ici la fin du mois, car l'Europe doit avoir résolu ses problèmes avant le sommet du G20 à Cannes ».
Les marchés financiers espéraient que la réunion des deux hauts dirigeants de la zone euro ferait avancer la situation, et le manque de mesures concrètes pourrait se révéler négatif à l'ouverture des bourses lundi.
« C'est génial de voir que M. Sarkozy et Mme Merkel se parlent, mais ils doivent aboutir à des conclusions fermes sur ce qui doit être fait », a affirmé Chris Wheeler, analyste chez Mediobanca à Londres. « La fin du mois est encore loin. Il faut être clair sur ce dont nous avons besoin et ce n'est pas le cas ».
Pression du sommet
Le sommet du G20 aura lieu à Cannes en France et Nicolas Sarkozy espère qu'il donnera de bons résultats, ce qui pourrait augmenter les chances de Nicolas Sarkozy de remporter les prochaines élections présidentielles l'an prochain.
Le président français a déclaré que Mme Merkel et lui-même étaient tout à fait d'accord sur la recapitalisation des banques européennes, même si des fonctionnaires à Paris et à Berlin ont affirmé ces derniers jours que les deux pays n'étaient pas sur la même longueur d'onde.
Les dirigeants étrangers observent avec horreur ces chamailleries, craignant que la crise dans la zone euro ne fasse replonger leurs propres économies dans la récession.
Le président américain, Barack Obama, a demandé à l'Europe jeudi d'agir rapidement, qualifiant cette crise de plus grand obstacle à la relance aux Etats-Unis.
M. Cameron, dans un entretien accordé au Financial Times, a demandé aux dirigeants de la zone euro d'augmenter la puissance de leur fonds de sauvetage de 440 milliards d'euros, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) de mettre fin à l'incertitude qui règne quant à l'avenir économique de la Grèce.
Le dirigeant britannique a affirmé qu'il avait personnellement fait part à Mme Merkel ce week-end de ses craintes que la zone euro n'agisse trop prudemment.
Démantèlement de Dexia, défaut de la Grèce
L'implosion de la banque belge Dexia, la première banque victime de la crise de la zone euro qui dure depuis deux ans, n’a fait que renforcer la dimension urgente de la situation.
Les premiers ministres français et belge, ainsi que le ministre des finances du Luxembourg, se sont mis d'accord sur un plan de sauvetage pour Dexia dimanche.
D'autres banques françaises sont également sous pression à cause de leur exposition à la dette grecque.
Un éminent banquier a déclaré que les décideurs politiques français craignaient que même un défaut de paiement ordonné de la Grèce ne terrasse les banques françaises et qu'ils souhaitaient ardemment une augmentation des niveaux de capitaux.
Paris souhaite utiliser le FESF pour renflouer ses banques, car il craint qu'en puisant dans ses propres coffres, il ne perde sa notation de crédit AAA.
Des représentants de l'Allemagne ont affirmé que selon eux, le Fonds ne devait être utilisé qu'en dernier recours, lorsque des membres de la zone euro n'ont pas les moyens d’aider leurs propres banques.
La manière d'utiliser le nouveau FESF renforcé pour acheter de la dette souveraine fait également l'objet d'une controverse et cette question pourrait se révéler cruciale dans le cas où la Grèce ne parviendrait pas à s'assurer le versement de la prochaine tranche d'aide.
Athènes devrait être à court d'argent dès mi-novembre. Les inspecteurs de la Commission européenne du FMI et de la Banque centrale européenne, la « troïka », tentent en ce moment même de déterminer si le pays a respecté les critères nécessaires à l'octroi d'une aide supplémentaire.
La Grèce n'est pas parvenue à plusieurs reprises à respecter les objectifs budgétaires définis par la troïka et son économie s'en sort beaucoup moins bien que prévu.
Un nouveau traité de l'UE pour une meilleure coordination économique
En plus de la question des banques et de la Grèce, Mme Merkel a déclaré que la France et l'Allemagne travaillaient sur des mesures visant à améliorer la coordination économique dans la zone euro et que leurs propositions nécessiteraient une modification du traité de Lisbonne.
M. Sarkozy a cependant affirmé que l'Europe devait prendre des décisions dès maintenant au lieu d'annoncer des projets à long terme qui prendraient du temps à être mis en oeuvre. La modification du traité pourrait prendre plusieurs années.
« Des réponses durables, globales et rapides avant la fin du mois. C'est le résultat que vise la réunion franco-allemande », a-t-il déclaré.
L'agence de presse allemande DPA, citant des sources financières, a fait savoir dimanche que les ministres des finances de la zone euro travaillaient sur différents scénarios impliquant une réduction de 60 % de la dette grecque.





