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La Suisse négocie des ententes fiscales avec les pays de l’UE

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Publié 26 août 2011, mis à jour 30 août 2011

Après des accords remarqués avec l’Allemagne et le Royaume-Uni visant à faire payer aux habitants de ces pays des taxes sur les comptes secrets qu’ils possédaient dans ses banques, la Suisse négocie à présent d’autres accords bilatéraux en raison de la pression exercée par les pays de l’UE pour lutter contre l’évasion fiscale.

La Suisse et la Grande-Bretagne ont signé un accord mercredi (24 août) pour taxer l'argent britannique présent sur les comptes bancaires secrets suisses. Un accord similaire avait été signé avec l'Allemagne le 10 août.

Hier (25 août), la Suisse a confirmé que Berne avait entamé des discussions informelles avec d'autres pays en vue de la signature d'ententes fiscales similaires, notamment avec la Grèce.

Le secret bancaire a été introduit dans le droit suisse dans les années 1930. Les traités bilatéraux avec l'Allemagne et le Royaume-Uni permettront aux clients de continuer à bénéficier du secret bancaire, mais à un certain prix, et certains pourraient donc décider de placer leur argent sur d’autres comptes offshore.

Ces accords constituent une étape supplémentaire dans les efforts de la Suisse pour redorer son blason, suite aux pressions exercées par les Etats-Unis et les pays européens, prêts à payer pour obtenir des listes de clients subtilisées par des employés de banque.

« Ces accords garantissent une sécurité judiciaire et contribueront à renforcer la compétitivité à long terme et la réputation du marché financier suisse », a déclaré la ministre suisse des finances, Eveline Widmer-Schlumpf.

L'accord britannique pourrait permettre de retenir à la source 5 milliards de livres sterling (5,6 milliards d'euros) d'ici 2013. Un impôt forfaitaire de 19 à 34 % sera prélevé et les futurs bénéfices seront taxés à 48 %.

Par ailleurs, les banques suisses opéreront une retenue à la source de 26 % sur les bénéfices des capitaux des personnes domiciliées en Allemagne. Ce taux correspond plus ou moins au taux d'imposition actuel pratiqué dans ce pays sur ce type de revenus

L'Allemagne s'insurge depuis quelques années que des milliards d'euros d'actifs allemands non déclarés dorment dans les banques suisses. Le secteur estime ce chiffre à 200 milliards de francs suisses (191 milliards d'euros).

« Je considère que les deux accords fiscaux sont globalement positifs », a déclaré Patrick Odier, le président de l'Association suisse des banquiers (ASB), dans un communiqué. « Ils constituent une étape importante pour la place financière suisse. En tant que banquier, je me réjouis surtout du fait que les clients se voient désormais proposer une solution équitable pour régulariser leurs avoirs »

Les banques suisses sont en faveur d’accords similaires avec les Etats-Unis, l'Italie et la France, a-t-il affirmé.

L'ASB a ajouté que la mise en œuvre de tels accords fiscaux n'allait pas sans contreparties pour les banques suisses, mais que c'était un faible prix à payer pour éviter d'être obligé de fournir à d’autres pays des informations concernant des clients suspects, s’ils le leur demandaient.

Selon l'ASB, le respect du seul accord avec l'Allemagne pourrait coûter environ 500 millions de francs suisses (437,3 millions d'euros) aux banques.

Une fois les accords ratifiés par les pouvoirs législatifs, les clients allemands et britanniques paieront un montant forfaitaire rétroactif sur leurs capitaux, ainsi qu'une taxe annuelle sur bénéfices en capitaux et les dividendes, et non pas uniquement sur le taux d'intérêt.

Ces nouveaux accords auront une portée beaucoup large que ceux qui s'appliquent actuellement au sein de l'Union européenne, en vigueur depuis 2005, qui imposent une retenue à la source sur les intérêts des épargnes, qui est ensuite reversée anonymement au pays d'origine.

En Grande-Bretagne, les analystes ont en partie rejeté la faute sur l'évasion fiscale pour les problèmes chroniques de dette souveraine en Grèce, en Irlande, au Portugal et en Italie. La Grèce est également sur le point de conclure un accord avec la Suisse, qui serait similaire à celui conclu avec la Grande-Bretagne et l'Allemagne.

Le ministre grec des finances, Evangelos Venizelos, a déclaré cette année que la Grèce souhaitait négocier une retenue à la source avec la Suisse. Le premier ministre grec, George Papandreou, pense qu'une grande partie des milliards d'euros qui ont été dissimulés au percepteur grec repose dans les banques suisses.

Toutefois, les représentants de l'UE craignent que ce genre d'accords bilatéraux n'entre en conflit avec l'accord en négociation entre Berne et Bruxelles, qui prévoit un échange d'informations automatique. Cet accord serait apparemment beaucoup plus exigeant envers la Suisse que les traités bilatéraux signés avec l'Allemagne et la Grande-Bretagne.

Une porte-parole du commissaire européenne Algirdas Šemeta, en charge des questions fiscales et douanières de l’Union, a refusé de s'exprimer sur la possibilité que les accords allemand et britannique entrent en conflit avec l'approche de l'UE avant que le texte intégral des accords soit disponible.

Elle a laissé entendre que l'actuelle directive sur l'épargne UE-Suisse pourrait être réévaluée si elle ne se révélait pas « équivalente » aux accords allemand et britannique.

Daniela Vincenti-Mitchener - Article traduit de l'anglais par Amandine Gillet

Réactions : 

Chas Roy-Chowdhury, le responsable de la fiscalité pour l'Association des experts-comptables accrédités (ACCA), a qualifié ces ententes fiscales de novatrices.

« C'est un signal d'alarme pour les fraudeurs et ça en exclura certains du système », a-t-il déclaré. « Ces accords bilatéraux représentent le maximum que la Suisse puisse accorder aux gouvernements des Etats membres. La Suisse n'aurait jamais décidé d'abandonner le secret bancaire d'un coup, mais ces accords sont un début. Certains affirment que ces accords signifient que les Etats membres abandonnent leur souveraineté fiscale ; mais il s'agit là d'une exagération qui n'a pas de sens et qui passe à côté de l'essentiel : c'est mieux que rien, et ces accords laissent la porte ouverte à d'autres mesures après 2013 ».

M. Roy-Chowdhury a ajouté que les fraudeurs commençaient à manquer de paradis fiscaux, grâce au travail réalisé par différents gouvernements nationaux.

Contexte : 

De la Suisse au Liechtenstein en passant par les îles Caïmans et des Bermudes, une poignée d'Etats constitue un refuge face à la fiscalité des gouvernements, du moins pour les personnes extrêmement riches qui peuvent se le permettre. 

Près d'un tiers des richesses dissimulées dans les paradis fiscaux se trouve dans les banques suisses, ce qui fait de l'Etat alpin l'un des plus grands centres offshore du monde.

Les systèmes permettant l'évasion fiscale sont de plus en plus attaqués par les gouvernements des autres pays, qui tentent de trouver l'argent nécessaire au financement des coûts de leurs programmes. Les paradis fiscaux offshore coûtent des dizaines de milliards par an aux Etats-Unis. Selon le Congrès américain, la fermeture des centres offshore pourrait réduire le déficit budgétaire du pays de mille milliards de dollars au cours des dix prochaines années. 

En 2009, les banquiers suisses ont demandé l'introduction d'une retenue à la source sur les revenus générés par les richesses étrangères, afin de mettre un terme aux pressions internationales sur le secret bancaire, à un moment où les entrées d’argent sur les comptes des clients se font rares.

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