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Le gouvernement de Mario Monti perd l’appui du monde des affaires

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Publié 08 juin 2012

Le premier ministre italien, Mario Monti, a reconnu hier (7 juin) que son gouvernement avait perdu le soutien des « géants » des affaires et des finances en Italie.

Lors d'un discours adressé à l’Association of Banking Institutions and Savings Bank, M. Monti a déclaré : « Aujourd'hui, nous ne bénéficions plus du soutien des grands patrons et du journal qui se veut leur porte-parole. Aujourd'hui, nous ne sommes plus très populaires auprès de la Confindustria [le syndicat patronal italien] ».

« Je ne nie pas que nous pourrions en faire plus et mieux, mais de nombreuses réformes ont été avancées rapidement face à l'urgence de la situation et sont à présent considérées comme des accomplissements. Mais ces réformes ont brisé un tabou resté intact pendant des décennies », a ajouté le premier ministre.

Cette semaine, Alberto Alesina et Francesco Giavazzi ont écrit dans le Corriere della Sera que le gouvernement avait pris la mauvaise direction et se concentrait sur de « fausses priorités ». Ce grand quotidien italien qui avait défendu l'arrivée de M. Monti en novembre dernier après la chute de Silvio Berlusconi, a lancé une offensive en critiquant le gouvernement qui selon lui risque la faillite.

Chaos politique

Dans une lettre ouverte au quotidien politique Il Foglio, le président du sénat et membre haut placé du parti PDL, Renato Schifani, a déclaré hier (7 juin) que les grands partis, notamment le sien, traversaient une phase de « désorientation profonde ».

« Je me demande ce qu'il adviendra de l'Italie dans six mois ou un an », a-t-il écrit avant d'appeler M. Berlusconi et les autres dirigeants politiques à faire leur autocritique.

M. Schifani a appelé les partis à proposer des idées, « afin de doter l'Italie d'un gouvernement fort et autoritaire capable de relever les défis et de surmonter les épreuves qui, hélas, semblent difficiles, si ce n'est à la limite du supportable. »

En dehors de la scène politique, d'autres soutiennent ce point de vue, comme en témoignent les appels répétés à un leadership fort émanant notamment de la Banque d'Italie, du syndicat patronal Confindustria et des patrons d'entreprises privées.

« Je n'ai jamais rien vu de tel ces 20 dernières années. Je ne sais pas du tout à qui m'adresser », a déclaré l'un des dirigeants d'une multinationale dont le travail implique des liens étroits avec les législateurs.

La société civile s'active

L'homme politique et ancien comique Beppe Grillo est l'homme du moment en Italie. Son mouvement lancé sur Internet et fondé sur un mélange de populisme et d'initiatives écologiques a enregistré un bon score lors des élections locales du week-end dernier.

Un candidat du « Mouvement cinq étoiles » de M. Grillo a remporté la victoire face aux grands partis dans la course à la mairie de Parme. Le mouvement a remporté près de 8 % des suffrages dans les villes où il se présentait.

Le succès de M. Grillo a semé un vent de panique parmi les grands partis déjà réduits à un rôle de soutien parlementaire au gouvernement technocrate du premier ministre, Mario Monti.

« Le sentiment anti-politique a toujours été très fort en Italie, d'autant plus en ce moment », a expliqué lors d'une conférence Francesco Maietta, chargé du département de politique sociale au sein du groupe de réflexion romain Censis.

Le Mouvement cinq étoiles de M. Grillo, considéré comme un groupuscule jusqu'à il y a quelques mois, est devenu la deuxième ou troisième force politique italienne grâce à sa lutte sans relâche contre les hommes politiques corrompus et inutiles.

Inutile toutefois d'espérer que M. Grillo et ses bataillons de jeunes adeptes de l'Internet fassent évoluer la situation. Près de trois semaines après sa victoire dans la ville nordique de Parme, le maire du Mouvement cinq étoiles Federico Pizzarotti n'a toujours pas réussi à former son conseil.

Le centre-droit a rencontré de grandes difficultés depuis le départ de M. Berlusconi et n'a pas pu s'en sortir indemne face aux frasques du millionnaire qui affirme vouloir rester « l'entraîneur de son équipe » même s'il ne se présente pas aux élections.

Le parti a flirté avec le changement en proposant d'introduire un système présidentiel à la française dans le cadre de la réforme tant attendue de la réglementation électorale italienne très critiquée. L'absence de leadership a toutefois provoqué un sentiment d'inquiétude au sein du parti.

La lettre ouverte de M. Schifani, une initiative pour le moins inhabituelle pour un homme politique dont la fonction fait de lui le numéro deux du gouvernement après le président Giorgio Napolitano, sonne comme un cri d'alerte.

« Si la crise n'était pas aussi violente et cruelle, si la confusion des idées n'était pas si gênante et stérile, je m'en tiendrais rigoureusement à l'impartialité exigée par mes responsabilités institutionnelles », a-t-il déclaré.

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a participé au programme télévisé italien Piazza Pulita hier soir et déclaré que M. Monti rencontrait sans aucun doute des difficultés. « Je ne vois aucune alternative viable pour l'Italie pour l'instant », a-t-il pourtant souligné.

Prochaines étapes : 
  • 22 Juin 2012 : sommet à Rome réunissant l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Espagne.
  • 28-29 juin 2012 : sommet des dirigeants européens à Bruxelles.
EurActiv.com — Article traduit de l'anglais
Contexte : 

En Italie, la conjugaison d'une croissance lente, d'une énorme dette publique de 1840 milliards d'euros (120 % du PIB) et d'une coalition en difficulté au pouvoir n'avait de cesse d'alarmer les marchés financiers.

Pays instable sur le plan politique pendant des années, l'Italie aurait besoin d'au moins 600 milliards d'euros dans le cas d'un renflouement, une somme trop importante pour l'actuel fonds de sauvetage de la zone euro.

Lorsqu'il est entré en fonction il y a cinq mois, le premier ministre, Mario Monti, a poursuivi l'objectif de son prédécesseur, Silvio Berlusconi, d'équilibrer le budget de l'Italie avant l'année prochaine.

Mais les défis à relever pour atteindre cet objectif s'amoncellent. Le plan d'austérité de 30 milliards d'euros de M. Monti s'est accéléré à la fin de l'année dernière et s'est surtout traduit par une augmentation des impôts, une initiative en partie responsable de la récession qui s'est déclarée cette année. Les perspectives en matière de finances publiques s'en sont trouvées détériorées.

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