Transparency International (TI), l'organisation indépendante de lutte contre la corruption, a évalué la transparence des rapports d'entreprises sur un éventail de mesures anticorruption de 105 multinationales cotées en bourses et qui valent ensemble 11 000 milliards de dollars (9000 milliards d'euros).
Seules quelques entreprises publient des informations sur leurs engagements contre la corruption.
« Par conséquent, les plus grandes entreprises au monde contribuent peut-être à créer un environnement favorable à la corruption », a déclaré TI dans son rapport publié le 10 juillet.
L'organisation a analysé des informations accessibles au public sur les sites Internet des entreprises dans son rapport « Transparency in Corporate Reporting : Assessing the World’s Largest Companies ». Cette étude explore trois dimensions de la transparence : l'information au public sur les programmes anticorruption, la transparence de l'organisation de l'entreprise et un rapport par pays.
L'impôt sur le revenu des sociétés en Grèce et en Espagne
Les résultats sont frappants. Aucune des 43 entreprises opérant en Grèce ne divulgue d'informations sur l'impôt sur le revenu qu'elles versent au gouvernement. Sur les 65 entreprises actives en Espagne, seules trois sociétés publient ces informations.
« En cette période d'austérité et de chute des recettes publiques, les entreprises doivent démontrer qu'elles contribuent également à la richesse des pays dans lesquels elles opèrent », a expliqué Jana Mittermaier, directrice du bureau de de liaison de Transparency International auprès de l’Union européenne.
« Le Parlement européen et les gouvernements nationaux doivent aujourd'hui se pencher sur la manière d'inscrire ces normes de responsabilité dans la législation européenne », a ajouté Mme Mittermaier.
Dans son analyse, TI a attribué des notes aux multinationales sur une échelle de 0 à 10 où 10 correspond à une transparence maximale. L'entreprise norvégienne de pétrole et de gaz Statoil a été désignée comme la société la plus transparente, avec une note moyenne de 8,3.
Statoil est suivie des entreprises minières et de production de métaux Rio Tinto et BHP Billiton, qui ont toutes deux obtenu une note de 7,2.
À l'autre bout de l'échelle, les entreprises les moins transparentes sont Honda Motor, la Bank of Communications à Shanghai et la Bank of China, avec respectivement 1,9, 1,7 et 1,1.
Contributions aux pays
Selon Transparency International, certains progrès ont été effectués depuis le dernier rapport publié en 2009. Les entreprises ont notamment augmenté la quantité d'informations disponibles sur leurs programmes anticorruption. La transmission de ces informations est passée de 47 % à 68 %.
La note moyenne par pays reste toutefois très faible. Seules quelques entreprises fournissent des informations sur leur contribution à l'économie des pays où elles opèrent.
Selon ce rapport, 41 des 105 entreprises cotées ne publient aucune information sur leurs opérations locales. En moyenne, la transparence des informations par pays est de 4 %.
La Commission européenne a proposé une réglementation qui obligerait les entreprises de pétrole, de gaz et d'exploitation minière et forestière à révéler au public les sommes qu'elles versent au gouvernement des pays dans lesquels elles opèrent. Le Parlement européen devrait voter sur ces propositions à l'automne.
En avril dernier, une résolution approuvée par la majorité des eurodéputés a salué les propositions de la Commission européenne et rappelé l'importance capitale des exigences de rapport d'activités par pays des multinationales pour repérer et éviter l'évasion fiscale.
L'UE critiquée pour sa proximité avec les grandes entreprises
Dans un autre rapport sur les grandes entreprises et la transparence publiée le 10 juillet par ALTER-UE (Alliance for Lobbying Transparency and Ethics Regulation), la Commission européenne a été montrée du doigt pour faire appel aux grandes entreprises en matière de conseil.
ALTER-EU a examiné l'implication des groupes de conseil à la Commission européenne au sein de sa direction générale Entreprises et Industrie. L'organisation souhaitait déterminer si la répartition de l'expertise des membres reflétait les intérêts de la société.
Les groupes de conseil de la Commission travaillent sur des questions spécifiques souvent à l'origine de l'élaboration de nouvelles politiques. La DG Entreprise est par ailleurs particulièrement puissante.
ALTER-EU a identifié 83 groupes d'experts soutenus par la DG Entreprise et compté 482 conseillers issus d'entreprises représentés dans ces groupes, contre 255 issus d'organisations non gouvernementales. Quelque 32 groupes sont dominés par les grandes entreprises.
L'organisation a également révélé que deux tiers des autres groupes étaient dominés par les intérêts des entreprises. Seuls six groupes avaient une composition plus ou moins équilibrée.
« Avec une structure si déséquilibrée, il est difficile d'évaluer comment les besoins de la société sont pris en compte. La DG Entreprise ne peut pas être consciente des besoins de la société en prenant conseil principalement auprès de groupes qui défendent les intérêts des entreprises », estime ALTER-EU dans son rapport.
La Commission aurait fait savoir qu'elle comptait réduire le nombre de groupes d'experts et qu'il est difficile de garantir un équilibre entre les différents intérêts lorsque certaines ONG ne participent pas aux discussions par manque de ressources.





