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Le projet sur l'imposition des sociétés de l'UE porte un coup à l'Irlande

Publié 16 mars 2011 - Mis à jour 18 mars 2011
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L'UE souhaite permettre aux entreprises de remplir une seule déclaration d'impôt européenne pour éviter des lourdeurs administratives inutiles, mais les entreprises et le gouvernement irlandais affirment qu'il s'agit d'un affront dissimulé au faible taux d'imposition dont bénéficient les entreprises irlandaises.

Aujourd'hui (16 mars), la Commission européenne a dévoilé l'assiette commune consolidée pour l'impôt sur les sociétés (ACCIS), un projet qui est sur la table depuis des années.

Ce projet arrive au moment où le faible taux d'imposition des sociétés en Irlande est au cœur du débat concernant la proposition de faire modifier les systèmes fiscaux des pays en échange de renflouements.

L'ACCIS a été pensée avec l'objectif de faciliter le commerce transfrontalier pour les entreprises. Les bénéfices engendrés dans un Etat membre en particulier seraient taxés selon le taux d'imposition des sociétés du pays où l'argent a été gagné.

La Commission insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas d'une harmonisation des taux d'imposition des sociétés, que ce système sera facultatif et qu'il allégera le fardeau administratif et relancera le commerce transfrontalier.

Le Taoiseach irlandais Enda Kenny, récemment élu, n'est pas d'accord avec ce système, tout comme la Confédération des Industries et des Employeurs Irlandais (IBEC).

M. Kenny a déclaré qu'il était opposé aux tentatives visant à introduire une harmonisation fiscale par la petite porte. Il se retrouve au cœur d'un conflit avec le président français, Nicolas Sarkozy, qui a demandé à l'Irlande d'augmenter son taux d'imposition des entreprises actuellement à 12,5 % en échange d'1 % de remise sur le taux d'intérêt que le pays paye pour son renflouement.

Lors du sommet de l'UE de la semaine dernière, M. Kenny a provoqué M. Sarkozy en duel sur la fiscalité lorsqu'il a souligné que le taux français de 34 % n'était dans la pratique que de 8 % pour la plupart des entreprises car celles-ci bénéficient de généreux abattements fiscaux et d'exemptions (opt-out).

Le taux réel en Irlande était en fait de 11 % et non de 12,5 % dans la mesure où le pays a éliminé ses abattements fiscaux, aurait di le Taoisaech à M. Sarkozy.

Faisant écho aux sentiments du Taoiseach irlandais Enda Kenny, l'eurodéputée Marian Harkin a qualifié les demandes du président Sarkozy pour une baisse du taux d'imposition des entreprises irlandaises de « paroles en l'air », arguant que le taux « réel »d'imposition des entreprises en France était en fait plus bas que celui de l'Irlande.

 « Les entreprises ne le soutiendrait pas si c'était obligatoire », a confié à EurActiv Fergal O'Brien, économiste en chef pour l' IBEC.

L'économiste s'est inspiré d'une récente étude réalisée par Ernst & Young qui est arrivée à la conclusion que l'ACCIS augmenterait le taux réel d'imposition pour la plupart des entreprises et qu'elle impliquerait une hausse de 13 % s'agissant des coûts de mise en conformité pour les entreprises.

M. O'Brien a également vivement critiqué la proposition visant à exclure les immobilisations incorporelles, comme la propriété intellectuelle et la valeur des marques, du calcul car les entreprises technologiques irlandaises tirent avantage de ces derniers et non des « actifs traditionnels ».

« Ce modèle fiscal est basé sur le dix-neuvième siècle, et non le vingt-et-unième », a ajouté M. O'Brien.

Réactions : 

« Il y a un réel danger que l'ACCIS rende l'UE moins attractive pour les investisseurs. L'évaluation de l'impact de la proposition, publiée par la Commission, n'a pas démontré que les coûts de mise en conformité seraient réduits pour les entreprises. Le mécanisme de répartition aura pour conséquence que de nombreuses entreprises se retrouveront à payer plus d'impôts au final », a déclaré le directeur général de l'IBEC, Danny McCoy.

L'Association des comptables agrées accrédités a salué la proposition. Le responsable de la fiscalité, Chas Roy-Chowdhury, a déclaré aujourd'hui : « La création d'un ensemble unique de règles sur un taux d'imposition des sociétés commun permettrait aux entreprises d'utiliser la même méthodologie pour le calcul de leurs pertes et de leurs bénéfices à travers l'UE et de réduire les pratiques discrétionnaires et donc les coûts de mise en conformité, surtout pour les PME pour lesquelles ces coûts sont beaucoup plus élevés ».

S'exprimant au nom du groupe des Conservateurs et Réformistes européens au Parlement européen, l'eurodéputée Kay Swinburne a vivement critiqué la proposition de la Commission.

« Je crains que ce ne soit que le premier pas vers un taux d'imposition commun dans l'UE, ce qui serait dévastateur pour les économies les plus compétitives. La concurrence fiscale entre les pays de l'UE nous rend tous plus compétitifs sur la scène internationale », a déclaré l'eurodéputée britannique.

« La Commission européenne est complètement passée à côté du sujet. Nous avons besoin que les pays européens prennent en compte les intérêts particuliers et réforment leurs économies et qu'ils n'essayent pas de tirer les économies plus compétitives vers le bas », a-t-elle ajouté.

BusinessEurope, qui représente les entreprises de toutes tailles dans 34 pays, a salué la proposition d'assiette commune consolidée pour l'impôt sur les sociétés (ACCIS).

Philippe de Buck, directeur général de BusinessEurope, a déclaré : « Les obstacles à l'activité transfrontalière dans le domaine de la fiscalité des entreprises entravent le développement des sociétés et le potentiel de croissance du marché unique. La proposition de développer une assiette commune consolidée pour l'impôt sur les sociétés pourrait aider et est la bienvenue à la condition qu'elle reste une option compétitive pour les sociétés et qu'elle exclue toute forme d'harmonisation fiscale ».

Contexte : 

La Commission européenne a longtemps cherché à harmoniser les systèmes nationaux de l’impôt sur les sociétés, revendiquant que cela contribuerait à son objectif de générer davantage de croissance et d’emploi et d’encourager la compétitivité des entreprises européennes (voir linksdossier sur l’agenda de Lisbonne).

Actuellement, on compte 27 systèmes différents en Europe pour calculer les revenus imposables d’une entreprise, ce qui crée un poids financier pour celles qui veulent travailler dans plusieurs Etats membres. La Commission a déclaré que la création d’une taxe sur une base unique encouragera les activités transfrontalières et les investissements.

L'idée d'une assiette commune consolidée pour l'impôt sur les sociétés (ACCIS) a été mentionnée pour la première fois dans une communication de 2001, mais la situation n'a pas beaucoup progressé dans la mesure où les Etats membres se montrent assez réticents quant au fait d'accorder à la Commission le droit d'empiéter sur leur souveraineté nationale dans ce domaine.

Un premier rapportsur les progrès réalisés et les mesures à entreprendre pour l'ACCIS a été publié en avril 2006. La Commission, un an plus tard,a présenté une communication exposant les étapes qui restaient à franchir pour établir une assiette fiscale commune pour les sociétés européennes à l'horizon 2010.

Toutefois, le projet est resté bloqué depuis lors à cause de l'opposition d'au moins sept Etats membres qui craignent de perdre leur souveraineté en matière de fiscalité nationale. Lorsque le premier rapport sur les progrès réalisés a été débattu en 2006, 12 pays étaient en faveur de ce projet et sept (l'Irlande, le Royaume-Uni, la Lituanie, la Lettonie, la Slovaquie, Malte et Chypre) étaient contre. Les autres étaient encore indécis.

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