« Je n'envisage pas une seule seconde que la Grèce sorte de la zone euro. Cela relève du non-sens, de la propagande », a déclaré Jean-Claude Juncker, le premier ministre du Luxembourg et président de l'Eurogroupe des ministres des finances de la zone euro.
« La sortie de la Grèce de la zone euro n'a pas été abordée dans notre débat d'aujourd'hui. Absolument personne n'a émis cette hypothèse », a-t-il insisté à l'issue de six heures de négociations entre les 17 ministres des pays de la zone euro.
M. Juncker a toutefois donné un avertissement aux partis politiques grecs, qui ont des difficultés à former un gouvernement depuis les élections du 6 mai dernier.
« La population grecque, les citoyens grecs, doivent comprendre que nous avons convenu d'un programme et que ce programme doit être appliqué », a souligné M. Juncker en référence aux mesures de renflouement de l'UE et du FMI décidées l'année dernière.
Des fonctionnaires de l'UE ont fait savoir que la marge de manoeuvre pour une renégociation du renflouement de 130 milliards d'euros était très restreinte. M. Juncker serait toutefois disposé à lâcher du leste si les partis grecs parvenaient à surmonter leurs différends et soutenir le plan de réformes.
« Si les circonstances venaient à changer radicalement, nous n'exclurions pas l'idée d'un débat sur le prolongement de la période donnée [à la Grèce pour atteindre ses objectifs] », a déclaré le président de l'Eurogroupe.
Plan B
Malgré cette ligne officielle qui prévoit que la Grèce reste dans la zone euro, on parle de plus en plus, à Bruxelles et dans d'autres capitales, d'une sortie possible d'Athènes, à la condition qu'elle le souhaite vraiment.
« Nous ne pouvons pas forcer un pays à rester dans la zone euro », a déclaré le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, lors d'un entretien accordé au Welt am Sonntag.
« Il est clair et net que nous ne souhaitons pas le départ de la Grèce. Mais nous serions un drôle de gouvernement si nous n'envisagions pas tous les scénarios possibles », a affirmé M. Schäuble.
Il y a quelques semaines à peine, il aurait été impossible d'obtenir une réponse de la porte-parole en chef de la Commission européenne quant à une éventuelle sortie volontaire de la Grèce de la zone euro. Impossible également de savoir si, le cas échéant, l'UE avait envisagé un plan B.
Lundi (14 mai) pourtant, la porte-parole Pia Ahrenkilde-Hansen a répondu : « Nous souhaitons et nous espérons que la Grèce restera dans la zone euro [...], mais elle doit respecter ses engagements. »
« La Grèce détient les clés de son propre avenir et elle est la seule à savoir comment faire face à la situation », a-t-elle expliqué.
Mme Ahrenkilde-Hansen n'a pas nié qu'un plan B était envisagé.
« De nombreuses questions se posent et restent en suspens à propos de la Grèce. La plupart des réponses doivent être fournies par la Grèce, et nous devons respecter le processus politique en cours. »
« L'avenir de la Grèce est clairement dans la zone euro. Nous y travaillons. »
Patrick Honohan, directeur de la banque centrale irlandaise et membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, semble prêt à voir la Grèce s'en aller. Il a déclaré ce week-end qu'une sortie de la Grèce ne serait pas une nouvelle plaisante, mais que ce ne serait pas la fin du monde non plus.
« Techniquement, c'est gérable », a-t-il assuré à la presse réunie lors d'une conférence en Estonie. « Cela ébranlerait la confiance vis-à-vis de la zone euro dans son ensemble [...] Ce n'est pas nécessairement fatal, mais ce n'est pas non plus attirant. »
Contagion
Les Européens ont leurs raisons de penser qu'ils pourraient survivre une sortie de la Grèce de la zone euro.
La plus grande crainte de la zone euro reste la possibilité que la Grèce n'entraîne dans sa chute des économies bien plus vastes comme l'Espagne ou l'Italie, ce qui menacerait l'existence même de la zone. Les marchés commencent à prendre en compte cette éventualité.
« Si la Grèce s'oriente vers une sortie de l'euro [...] l'UE devra renforcer ses fonds de sauvetage et préparer d'autres mesures d'urgence », a expliqué Charles Grant, le directeur du groupe de réflexion londonien Centre for European Reform.
« Il s'agirait d'une catastrophe pour la Grèce si elle sortait de la zone euro. Le risque de contagion pour les autres pays serait alors élevé », a déclaré lundi le ministre belge des affaires étrangères, Didier Reynders.
Les dirigeants européens semblent cependant rassurés par le renforcement du pare-feu financier visant à protéger les États faibles de la zone et par l'injection par la Banque centrale européenne de liquidités bon marché dans les banques .
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a admis pour la première fois ce week-end qu'il serait préférable pour la Grèce de quitter la zone euro si elle n'était pas à même de respecter ses obligations.
« Je ne veux pas parler d'un pays en particulier, mais si le membre d'un club ne respecte pas ses règles, il est préférable qu'il quitte ce club, il en va de même pour toute organisation, institution ou projet », a expliqué M. Barroso.
La chancelière allemande, Angela Merkel, à la tête de la première économie du continent, préfèrerait que la Grèce conserve la monnaie unique. Elle estime également que les leaders européens devraient aider le pays à se relever, mais que cette solidarité serait brisée dans l'éventualité peu probable où Athènes manquerait à ses obligations.
Une situation inédite
Bien que la sortie de la Grèce de la zone euro (« Grexit » pour certains économistes) soit au coeur des discussions, les détails pratiques et les conséquences d'une telle décision s'avéreraient bien plus complexes et décourageants que de nombreux observateurs extérieurs ne semblent le croire.
On ne sait même pas si la Grèce pourrait, techniquement, abandonner la monnaie unique. Le traité de Lisbonne ne prévoit aucune disposition à ce sujet. La seule sortie évoquée est celle de l’Union européenne. Et en théorie, aucun pays ne peut être obligé de quitter l'Union. Il est libre de décider lui-même s'il souhaite y rester ou non.
L'article 50 du traité de Lisbonne évoque la sortie d'un pays de l'Union. En substance, cet article stipule que si cette décision est prise, un accord doit être rédigé avec les 26 autres États membres pour élaborer les termes du départ. Cet accord doit être approuvé par les pays de l'UE à la majorité qualifiée et soutenu par le Parlement européen.





