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Les économistes débordent d'optimisme pour la Pologne

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Publié 15 mai 2012

Les dernières prévisions économiques de la Commission européenne classent la Pologne comme l'Etat membre qui enregistrera la progression la plus rapide en 2012, bien qu'elle ait revu à la baisse les estimations de croissance du pays en 2013. Certains experts semblent toutefois plus optimistes que l'exécutif européen et affirment que l'économie polonaise fera aussi des étincelles l'an prochain.

Les prévisions de printemps de la Commission, dévoilées le 11 mai (voir « Contexte »), se sont révélées bien différentes de celles de novembre 2011.

La croissance du PIB la plus rapide de l'Union européenne était attendue en Lituanie (3,4 %), suivie de l'Estonie (3,2 %), de la Lettonie et de la Pologne (2,5 % pour les deux pays).

Les perspectives de croissance des pays baltes ont cependant été revues à la baisse par rapport aux prévisions d'automne, la Lituanie perdant un point de pourcentage, l'Estonie 1,6 et la Lettonie 0,3 à 2,2 %.

En revanche, les prévisions de croissance pour le PIB de la Pologne ont grimpé à 2,7 % et la Commission pense qu'elle enregistrera la croissance la plus importante au sein de l'UE. Ces prévisions dépassent celles de 2,5 % du gouvernement polonais.

Olli Rehn, le commissaire aux affaires économiques et monétaires, a déclaré lors d'une conférence de presse le 11 mai dernier que la Pologne était le seul Etat membre de l'UE qui n'avait pas enregistré une croissance négative du PIB malgré la crise qui secoue les marchés depuis près de quatre ans.

Ces prévisions correspondent à celles des institutions financières et des banques.

« Nous prévoyons que l'économie croîtra de 2,4 % (un taux inchangé par rapport à nos récentes perspectives), mais la tendance est à la hausse, ce qui laisse entendre que la Pologne pourrait faire encore mieux que nos projections de 2,4 % », a déclaré à EurActiv Mads Koefoed, macrostratège à la Saxo Bank.

« En 2013, nous nous attendons à ce que l'économie polonaise reste un très bon élève en Europe avec une croissance de 3 % générée par la demande intérieure, la consommation en particulier, et nous prévoyons un rebond sur le plan commercial avec des partenaires clés comme la zone euro », a-t-il ajouté.

Il a justifié son optimisme par une consommation et une demande, ainsi que des investissements en hausse en raison du championnat de football de l'Euro 2012 que la Pologne et l'Ukraine organiseront du 6 juin au 1er juillet.

Le Erste Group autrichien, l'un des plus grands fournisseurs de services financiers en Europe centrale, s'est lui aussi montré optimiste quant à la croissance de la Pologne cette année.

« Nous pensons que la croissance de l'économie polonaise ralentira pour passer à 2,8 % cette année, contre 4,4 % en 2011. Bien qu'une réduction du déficit budgétaire de 5,1 % du PIB en 2011 à 2,9 % cette année semble trop ambitieuse, cet ajustement sera gérable sans chocs négatifs significatifs pour l'économie », a déclaré Petr Bittner, analyste pour le Erste Group.

La Commission européenne a revu à la baisse ses prévisions pour la croissance économique polonaise en 2013 de 0,2 point de pourcentage à 2,6 %. Apparemment, l'exécutif européen pense qu'il est probable qu'une monnaie faible en permanence encourage davantage les exportations et renforce le remplacement des importations. Il estime par ailleurs que la fin des financements étrangers pourrait affecter les marchés du crédit pour les emprunteurs privés et publics, ce qui ralentirait les investissements et la consommation.

Les économistes arguent quant à eux que la croissance polonaise sera bien plus élevée que les 2,6 % mentionnés dans les prévisions de printemps.

M. Bittner a expliqué à EurActiv qu'en raison de la fin du processus de consolidation budgétaire, l'économie polonaise devrait croître de 3,3 %.

Piotr Maciej Kaczyński, chercheur au Centre for European Policy Studies (CEPS), un groupe de réflexion bruxellois, a qualifié les prévisions de la Commission pour 2013 d'« insensées », car selon lui, il n'est pas réaliste de publier des prévisions plus d'un an à l'avance.

« Par exemple, faire des pronostics sur la Grèce serait tiré par les cheveux. Nous pouvons bien sûr supposer que les Grecs trouveront leur Mario Monti et atteindront le 0 % de croissance prévu en 2013, mais cela revient à faire des plans sur la comète », a-t-il affirmé à EurActiv lors d'un entretien téléphonique.

Les financements européens source de croissance

Examinant de plus près les performances économiques de la Pologne, M. Kaczyński a qualifié les fonds régionaux de l'UE de moteur clé pour la croissance du PIB.

« La croissance polonaise est fortement influencée par les fonds structurels européens. La part d'investissements publics dans le PIB polonais est très élevée, bien plus, par exemple, qu'au Portugal ou en Espagne lors de leur période de prospérité. Heureusement, ces investissements publics seront suivis par des investissements privés qui permettront de conserver un taux de croissance élevé en Pologne pour les prochaines années », a-t-il expliqué.

Le chercheur du CEPS a donné en exemple les nouvelles autoroutes qui attireront des investisseurs privés pour la construction de centres logistiques. L'autre raison qui explique l'augmentation des investissements privés, selon M. Kaczyński, est l'« excellente opinion » qu'ont les investisseurs étrangers de la Pologne, dans la mesure où elle a pu résister à la récession malgré la crise en Europe.

Pour placer la croissance polonaise dans une perspective plus large, M. Kaczyński a noté que le PIB du pays basé sur le pouvoir d'achat par habitant entre 2007 et 2010 avait crû de 12,5 %, tandis que la moyenne pour l'UE était en baisse de 2 %.

Les Polonais doivent rester vigilants

M. Kaczyński a toutefois tenu à préciser que les performances de l'économie polonaise pourraient se révéler de mauvais augure pour les négociations sur le budget de l'UE pour 2014-2020.

« Certains pourraient penser que la Pologne n'a pas besoin de beaucoup d'aide au vu de ses performances. »

Il a souligné que les Polonais ne devaient pas se reposer sur leurs lauriers et devaient s'améliorer dans les domaines où ils manquaient encore de compétitivité. A titre d'exemple, la difficulté de lancer une entreprise dans le pays se reflète clairement dans le classement Doing Business de la Banque mondiale où la Pologne arrive à la 62e place sur 184.

Daniel Rzasa de Forsal.pl avec EurActiv.com - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Contexte : 

Les prévisions de printemps 2012-2013 concernent la croissance, l'inflation, l'emploi et les finances publiques de chaque Etat, ainsi que les attentes pour l'UE et la zone euro.

Dans ses prévisions intérimaires publiées en février, la Commission avait annoncé que la zone euro était en légère récession avec des signes de stabilisation et qu'une croissance modeste devrait voir le jour au second semestre de cette année.

Selon les prévisions de printemps publiées le 11 mai dernier, le PIB réel devrait stagner cette année dans l'UE et se contracter légèrement au sein de la zone euro. La croissance mondiale devrait s'accélérer et une relance progressive devrait s'amorcer au second semestre pour prendre de la vitesse en 2013.

Le PIB devrait stagner dans l'UE et se contracter de 0,3 % dans la zone euro cette année pour croître de 1,3 % dans l'UE et de 1,0 % dans la zone euro en 2013.

Selon les experts, tous les regards se tournent à présent vers l'Espagne.

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