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Les ministres des finances définissent des règles pour les banques, le Royaume-Uni marque un point

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Publié 16 mai 2012

Des règles visant à renforcer les capitaux des banques dans le sillage de la crise financière ont été définies par les ministres européens des finances à Bruxelles hier (15 mai). Le Royaume-Uni a obtenu que les autorités de supervision nationales gardent le contrôle.

Cet accord butait sur la question de savoir si des pays comme la Grande-Bretagne devraient être autorisés à appliquer des règles de capitaux plus strictes que celles approuvées au niveau de l'Union européenne.

La Grande-Bretagne lutte sans vergogne pour conserver son autorité sur la City de Londres, la capitale financière de l'Europe, alors que les autres membres de l'UE tentent de centraliser la supervision des secteurs bancaire et des finances à Bruxelles et au sein de l'Autorité bancaire européenne (ABE) basée à Londres.

Les Britanniques voulaient pouvoir imposer des exigences de capitaux supérieures au seuil actuellement fixé à 7 % par le Comité de Bâle qui rassemble des conseillers sur la réglementation internationale du secteur des services financiers (voir « contexte »).

Le pays souhaitait pouvoir le faire sans en référer à Bruxelles ou à l'ABE, même dans le cas où ces seuils de capitaux impliqueraient des filiales de banques britanniques implantées dans d'autres États membres.

La France et d'autres Etats membres ont affirmé que cela aurait un effet de distorsion sur la concurrence et empêcherait l'Europe d'exercer un contrôle central plus que nécessaire. Ils souhaitent que ces décisions soient sujettes à l'approbation de la Commission européenne ou de l'ABE.

Un accord clé pour la présidence danoise du Conseil de l'UE

Les ministres ont fini par consentir à autoriser les États membres à imposer à leurs banques une réserve de capitaux de 3 % supérieure au seuil de base, sans en référer à la Commission ou à l'ABE. En échange, le Royaume-Uni a tiré un trait sur ses objections à certains critères de calcul des capitaux favorisant les banques allemandes et françaises.

La conclusion de cet accord sur les règles bancaires des accords de Bâle III permet aux Danois d'atteindre l'un des objectifs clés de leur présidence.

« Tous les États soutiennent cet accord de compromis et c'est une étape importante pour éviter une nouvelle crise financière à l'avenir », a déclaré à la presse Margrethe Vestager, la ministre danoise des finances, qui a présidé cette réunion.

Selon elle, les ministres ont réussi à trouver le bon équilibre entre un ensemble de règles visant à mettre en oeuvre le marché unique et une certaine flexibilité afin que les États membres puissent appliquer des mesures supplémentaires et respecter les exigences nationales.

Michel Barnier, le commissaire européen au marché intérieur, a salué cette avancée, mais averti que la Commission tenterait de revenir sur les dispositions de flexibilité ajoutée à l'initiative de la Grande-Bretagne. La formulation finale de cette nouvelle loi doit à présent être négociée entre la Commission européenne, le Conseil et le Parlement. Ce dernier devrait se prononcer lors d'un vote en séance plénière à Strasbourg, en juillet prochain.

« La Commission a maintenu ses deux réserves [quant au niveau et aux conditions de cette flexibilité]. Certaines améliorations sont encore possibles. » 

« Je ne suis pas le seul à avoir émis des réserves. Plusieurs ministres des finances, le vice-président de la Banque centrale européenne et l'Autorité bancaire européenne sont également inquiets », a-t-il affirmé.

Le budget de l'UE pour 2013 montré du doigt

Par ailleurs, lors de cette réunion ministérielle hier à Bruxelles, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni (ainsi que d'autres contributeurs nets au budget de l'UE), se sont farouchement opposés à la proposition de la Commission européenne d'augmenter de 6,8 % les dépenses de l'UE en 2013.

Cette proposition a toutefois reçu l'avis favorable de 11 ministres des finances qui réclament dans une déclaration commune une augmentation des dépenses de l'EU pour la politique régionale.

Cette déclaration a été transmise au cours de la réunion par les ministres des États baltes, de la Bulgarie, de la Hongrie, de la Pologne, du Portugal, de la Roumanie et de la Slovaquie. Ces pays sont des bénéficiaires nets des fonds de l'UE.

Le conflit sur le budget européen de 2013 laisse présager des négociations difficiles qui devraient s'envenimer cet automne lors des discussions sur le cadre financier pluriannuel, le paquet de financement prévu pour la période 2014-2020.

Réactions : 

« Ces nouvelles règles, une fois adoptées, modifieront profondément le comportement et la solidité des acteurs financiers. Notre objectif global demeure de renforcer la résilience du secteur bancaire dans l’Union européenne tout en veillant à ce que les banques continuent à financer l’activité économique et la croissance. L'accord final doit contribuer à la stabilité financière, la base sine qua non pour la croissance et l'emploi », a déclaré le commissaire au marché intérieur, Michel Barnier.

« Le compromis est globalement conforme aux exigences de Bâle 3, et donc de nos engagements auprès du G20. Il reconnaît l'importance du marché unique. Cela ne veut pas dire qu'il est parfait. Je pense que des améliorations sont encore possibles [en trilogue]. Il est possible de trouver un accord définitif avant l'été », a conclu M. Barnier.

« L'accord passé aujourd'hui est un grand pas vers un système bancaire européen plus sûr et plus solide. Il permettra d'empêcher que les contribuables paient le prix des déboires économiques, comme ce fut le cas ces dernières années », a déclaré le porte-parole au ministère britannique des finances.

« Cet accord prouve également que sur des questions qui concernent l'ensemble de l' Union européenne, la Grande-Bretagne s'attache à adopter des réformes qui sont dans son intérêt tout en favorisant une économie européenne plus solide et plus stable », a précisé le porte-parole.

« Les circonstances économiques actuelles exigent des choix politiques difficiles. Les efforts de l'UE et les faibles ressources publiques devraient se concentrer avant tout sur la croissance et l'emploi. Dans ce contexte, la politique de cohésion joue un rôle clé pour les investissements qui permettront de sortir de la crise », peut-on lire dans la déclaration des 11 ministres des finances des bénéficiaires nets des fonds de l'UE.

Prochaines étapes : 
  • fin juin : la présidence danoise espère que la Parlement adoptera l'accord sur la mise à jour de la directive relative à l'adéquation des fonds propres.
  • 1er janv. 2013 : les États membres seront obligés d'introduire de nouvelles règles dans le cadre de l'accord de Bâle III.
Jeremy Fleming – Article traduit de l'anglais
Le ministre danois Vestager salue les autres
Contexte : 

Le Comité de Bâle compte des régulateurs de 27 pays, dont les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Chine, et a pour objectif d'établir des règles prudentielles pour les banques.

En 2010, il a décidé de plus de tripler les capitaux que les prêteurs doivent détenir pour se protéger de l'insolvabilité, dans le but d'éviter une nouvelle crise financière comme celle qui avait suivi la chute de Lehman Brothers Holdings Inc en 2008.

Ces mesures, connues sous le nom d’Accords de Bâle III, devront être transposées dans les droits nationaux avant d'entrer en vigueur.

Le Danemark, qui exerce la présidence du Conseil de l'UE, espère transposer les normes plus élevées de capitaux établies par les régulateurs du Comité de Bâle dans le droit de l'UE avant le début de l'année prochaine en trouvant un consensus et un accord avec le Parlement européen d'ici fin juin.

Le compromis des ministres laisse aux Etats une certaine marge de manœuvre, afin que ceux qui le souhaitent puissent imposer des exigences de capitaux supérieures de 3 % maximum par rapport au seuil de 7 % imposé par les Accords de Bâle, et ce sans en référer à la Commission.

Les nouvelles règles de Bâle doivent être introduites au début de l'année prochaine. Elles affecteront jusqu'à 8300 banques européennes.

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