Suite à l'aggravation de la crise de la dette, avec l'Espagne et l'Italie au coeur de ce dernier épisode, le président de la BCE, Mario Draghi, a déclaré le 2 août dernier que la Banque pourrait acheter davantage d'obligations d'État, mais seulement après que les pays demandeurs se soient tournés vers les fonds de sauvetage européens et aient adhéré à des conditions strictes.
Dans l'attente de plus de précisions à propos de ce programme, les rumeurs vont bon train dans les médias.
Le week-end dernier, la revue allemande Der Spiegel a rapporté que la BCE envisageait de fixer des seuils de taux d'intérêt pour tout achat d'obligations d'un pays de la zone euro en difficulté de façon à racheter ces titres si leur taux d'intérêt dépasse un certain seuil de prime par rapport au rendement des obligations allemandes.
Pour couper court aux rumeurs, la BCE a répondu qu'aucune décision n'avait été prise et qu'il serait mal venu de faire croire le contraire.
« Il est absolument mal venu d'évoquer des décisions qui n'ont pas encore été prises et des points de vue personnels qui n'ont pas encore été abordés par le conseil des gouverneurs de la BCE qui interviendra strictement dans le cadre de son mandat », a déclaré un porte-parole de la BCE.
« Concernant les propos récemment tenus par des représentants du gouvernement, il faut éviter de lancer des rumeurs sur la forme que pourraient prendre les interventions de la BCE. La politique monétaire est indépendante et décidée strictement dans le cadre du mandat de la BCE », a-t-il ajouté devant les journalistes.
Les décideurs politiques prennent position sur ce programme en amont d'une réunion décisive de la BCE le 6 septembre prochain. Les marchés attendront de la banque centrale qu'elle fournisse plus de détails sur son programme.
Une source de la banque centrale a déclaré que les termes de ce programme faisaient encore débat au sein de la BCE.
Des attentes élevées
La semaine dernière, la chancelière allemande, Angela Merkel, a farouchement défendu M. Draghi lorsqu'il a déclenché un débat houleux en Allemagne en promettant de faire tout ce qui s'avèrerait nécessaire pour sauver l'euro, faisant part de sa volonté de reprendre les achats de titres obligataires par la BCE.
La Banque a à peine eu recours à son plan d'achat cette année et n'a plus acheté de titres depuis 23 semaines malgré l'aggravation de la crise de la dette dans la zone euro.
Le ministre espagnol de l'économie, Luis de Guindos, a déclaré dans un commentaire publié samedi que la BCE devait prendre des mesures efficaces et illimitées afin d'acheter de la dette souveraine et d'aider l'Espagne à réduire ses coûts de financement. Cela permettrait selon lui de lever les doutes quant à l'avenir de la zone euro.
D'autres pays européens voudront toutefois s'assurer que l'Espagne ne lâche pas de lest en matière de réformes comme l'avait fait l'Italie l'année dernière, lorsque la BCE avait commencé à acheter ses obligations.
Opposition de la Bundesbank
Lundi dernier, la Bundesbank allemande n'a montré aucun signe de faiblesse quant à son opposition aux achats d'obligations, même lorsque Mme Merkel a exprimé son soutien à la stratégie de lutte anti-crise de la BCE.
La puissante Bundesbank s'oppose au projet de M. Draghi de reprendre les rachats de titres au motif que cela reviendrait à fournir un financement monétaire aux gouvernements, ce qui enfreindrait le droit européen.
« La Bundesbank reste critique sur l'achat d'obligations souveraines dans la zone euro, qui met en péril sa stabilité », a fait savoir la Bundesbank dans l'introduction de son bulletin mensuel, reflétant ainsi l'avis de ses dirigeants.
« Toute décision sur la mutualisation potentielle élargie des risques de solvabilité devrait [...] passer par les gouvernements et les parlements et non par le biais du bilan des banques centrales. »





