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L'Euribor s'éloigne du Libor en plein scandale

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Publié 26 juillet 2012
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antitrust, Euribor, Libor

Le taux de référence du marché de la zone euro Euribor a pris ses distances avec le Libor londonien. L'indice européen n'aurait pas pu être manipulé comme ce fut le cas pour son équivalent britannique.

Ces deux taux de référence interbancaires font l'objet d'une enquête antitrust de la Commission européenne qui vise à déterminer si les banques se sont mises d'accord pour manipuler les taux.

La banque Barclays a été condamnée à payer 373 millions d'euros le mois dernier dans le cadre d'une autre enquête menée au Royaume-Uni. La banque a en effet admis qu'elle avait tenté de manipuler le Libor et l'Euribor entre 2005 et 2009.

Hier (25 juillet), la Commission européenne a prévenu que l'UE pourrait reprendre la supervision de ce type d'indices, dans la mesure où elle a prévu de nouvelles règles pour lutter contre la manipulation des taux.

Une situation différente

Des représentants de la Fédération bancaire européenne (FBE), l'organisme responsable du taux interbancaire, ont toutefois tenu à se différencier du Libor, affirmant que la composition du panel (voir « Contexte ») rendait structurellement impossible que certaines banques parviennent à manipuler l'indice.

Cédric Quéméner, un directeur de l'Euribor-EBF, a déclaré à EurActiv : « Combien de banques font l'objet d'une enquête ? On parle de 18 institutions, sur lesquelles seules neuf environ sont aussi membres d'Euribor, ce qui signifie que le nombre requis pour manipuler le taux [Euribor] n'est pas atteint. »

« Si elles ont tenté de manipuler [l'Euribord] et ont échoué, c'est en raison de la gouvernance et de la taille du panel », a ajouté M. Quéméner.

EurActiv a cru comprendre que l'Euribor-EBF était persuadé que la constitution d'un panel de grande ampleur empêchait toute manipulation.

« Il semblerait que les banques qui font l'objet d'une enquête sont des banques d'investissement, alors que le panel d'Euribor comprend la Landesbanken, des banques grecques, des banques coopératives et certaines banques d'investissement originaires de différents pays, avec des stratégies différentes », a expliqué une source du secteur, sous le couvert de l'anonymat.

« Si ces banques se persuadaient d'avoir besoin du même taux, elles devraient trouver au moins 15 autres banques du même avis », a ajouté cette source.

Un porte-parole de la Commission a déclaré que les affirmations selon lesquelles l'Euribor ne pourrait structurellement pas être manipulé n'étaient que pures spéculations.

L'Euribor tente de prendre ses distances avec le Libor, car de nombreux banquiers européens pensent que le scandale aura un impact sur l'avenir du secteur dans la City de Londres.

Pression des Etats-Unis

« A l'avenir, la communauté bancaire devra faire un « métier ennuyeux », vendre des crédits qu'elle peut réellement garantir, et j'espère que tout ce fouillis permettra d'amorcer un changement », a déclaré une source du secteur. « Le secteur bancaire de la City de Londres est en très mauvaise posture en raison du scandale du Libor. »

La City, le quartier financier de la capitale britannique, subit en outre la pression des régulateurs européens et américains.

Hier, la commissaire européenne à la justice, Viviane Reding, a fustigé la banque centrale britannique pour son incapacité à agir sur le Libor, malgré les nombreux avertissements qui ont été émis. La semaine dernière, le président de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke, a qualifié le système du Libor de « structurellement biaisé », affirmant qu'un effort à l'échelle internationale serait nécessaire pour régler le problème.

Une source du gouvernement américain a confié à EurActiv que Washington était dépitée par le sentiment que Londres tentait de surfer sur la vague de ce scandale pour faire diversion.

Concernant les divisions entre l'Euribor et le Libor, cette source a déclaré : « « Lorsque vous êtes dans le même bateau et que le temps est au beau fixe, personne ne vous est plus agréable que vos compagnons de voile, mais lorsque la tempête frappe, tout le monde tente de sauver sa peau. »

Réactions : 

« Je n'ai pas été très convaincue par l'action de la Banque [d'Angleterre] », a déclaré la commissaire européenne à la justice, Viviane Reding. « Elle avait déjà été avertie, il y a des années, que quelque chose n'allait pas. Elle n'a pas réagi. Le scandale du Libor révèle d'importantes lacunes en matière de gouvernance. »

Concernant le scandale du Libor, le commissaire européen au marché intérieur, Michel Barnier, a déclaré : « Devrions-nous adopter une approche systémique dans la manière dont ces taux sont établis sur la base de faits réels et de chiffres plutôt que d'estimations ? »

Prochaines étapes : 
  • 2013 : l'enquête antitrust de la Commission ne devrait pas se terminer en 2012, les résultats sont attendus pour 2013.
Jeremy Fleming - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Contexte : 

La British Bankers' Association (BBA) basée à Londres sonde 18 grandes banques mondiales pour calculer le London Interbank Offered Rate (Libor), en leur demandant à quel taux elles pourraient emprunter des fonds chaque jour. La BBA exclut les réponses les plus élevées et les plus basses et fait la moyenne des dix taux restants.

La Fédération bancaire européenne fonde son Euro Interbank Offered Rate (Euribor) sur la moyenne à laquelle son panel de 43 banques offre de prêter des fonds non garantis aux autres banques sur le marché monétaire de gros. Quelque 15 % des taux les plus élevés et les plus bas sont éliminés et la moyenne est réalisée avec les taux restants. Il faudrait que plus de 15 banques se mettent d'accord pour manipuler l'Euribor.

Au moins 15 institutions financières font toujours l'objet d'enquête aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Asie suite à des accusations de manipulation des taux : Bank of Tokyo-Mitsubishi UFJ, Citigroup, Credit Suisse, Deutsche Bank, HSBC, ICAP, JP Morgan Chase, Lloyds Banking Group, Mizuho Financial Group, Rabobank, Royal Bank of Scotland, RP Martin Holdings, Société Générale, Sumitomo Mitsui Banking et UBS.

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