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Onze États de la zone euro en faveur d’une taxe sur les transactions financières

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Publié 10 octobre 2012

Onze pays de la zone euro ont décidé hier (9 octobre) d’introduire une taxe controversée sur les transactions financières, dans le but de faire payer aux traders une partie des coûts de l’enrayement de la crise qui secoue l’union monétaire.

Cette initiative, encouragée par l'Allemagne et la France, mais fortement rejetée par la Grande-Bretagne, la Suisse et d'autres partisans des marchés libres, a gagné en puissance lors de la réunion des ministres des finances de l'UE à Luxembourg. Un nombre d'États supérieur aux neuf requis a en effet accepté d'utiliser une disposition du traité pour mettre en place cette taxe.

« Aujourd'hui, nous avons reçu un signal clair et bienvenu : il y aura suffisamment d'États membres à bord pour introduire une taxe européenne sur les transactions financières », a déclaré Algirdas Šemeta, le commissaire chargé de la fiscalité.

M. Šemeta a indiqué qu'il avait déjà reçu sept lettres d’Etats membres (de l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, la France, la Grèce, le Portugal et la Slovénie) exprimant leur intention de lancer une procédure de coopération renforcée dans le cadre du traité de Lisbonne en vue d’introduire une TTF.

« Aujourd'hui, nous avons reçu des garanties très claires que l'Espagne, l'Estonie, l'Italie et la Slovaquie enverraient leur lettre très prochainement », a ajouté le commissaire dans une déclaration.

« C'est un petit pas pour 11 pays, mais un grand pas pour l'Europe », a déclaré Andreas Schieder, le secrétaire d'État auprès du ministre autrichien des finances. « Maintenant, la voie est libre pour que les secteurs bancaire et financier contribuent au financement des fardeaux de la crise. »

Europe à deux vitesses

Cet accord a soulevé la perspective qu'un groupe d'États membres pionniers lancent pour la première fois une taxe commune sans le soutien unanime des 27 membres de l'UE. Les détracteurs de ce projet argüent quant à eux que cette avancée fragmentera le marché unique des services financiers, principalement basé à la City, à Londres.

Cet avis n'est toutefois pas partagé par M. Šemeta qui a expliqué qu'avec une TTF à 11, « dans le marché unique européen, les entreprises ne rencontreraient pas de difficultés causées par l'existence de plusieurs taxes bancaires nationales ».

Les dirigeants européens envisagent de créer un budget pour les 17 pays de la zone euro en parallèle au budget européen commun, selon les conclusions rédigées pour le sommet de la semaine prochaine qui ont été divulguées. Ces deux budgets distincts constituent une autre étape vers une Europe à deux vitesses.

Selon M. Šemeta, cette taxe sur les transactions financières représente une source de revenus en provenance d’un secteur qui n'est pas assez imposé. Elle permettra en outre d'encourager un commerce plus responsable, a-t-il ajouté.

Pas encore d'accord sur la manière de dépenser les recettes

Maria Fekter, la ministre autrichienne des finances a indiqué que ces 11 pays expliqueraient le fonctionnement de la taxe d'ici la fin de l'année et qu'il était réaliste de s'attendre à une mise en oeuvre d'ici 2014.

M. Šemeta a confirmé que les pays en faveur d'une TTF ne savaient pas encore où iraient les recettes et comment elles devraient être dépensées.

« Certains d'entre eux voudraient les dépenser individuellement. D'autres préfèreraient utiliser une partie des recettes pour financer le budget européen. Il est trop tôt pour dire quel sera le résultat final », a-t-il ajouté.

Cette avancée majeure a surpris plusieurs diplomates européens qui pensaient que l'Allemagne ne parviendrait pas à convaincre suffisamment de pays à rejoindre le programme, en préparation depuis deux ans.

Après une forte pression diplomatique de Berlin, l'Espagne et l'Italie ont accepté de soutenir cette mesure, tout comme l'Estonie et la Slovaquie.

Critiques

D’après la Commission européenne, une taxe sur les actions, les obligations et les produits dérivés à partir de 2014 pourrait permettre de lever 57 milliards d'euros par an si elle était appliquée dans tous les États membres.

Ses détracteurs affirment toutefois qu’elle pourrait donner lieu à une distorsion du marché unique européen en incitant les entreprises financières à déplacer leurs activités commerciales vers des centres financiers européens où cette taxe n'est pas prélevée ou en dehors de l'Europe.

« Les gens trouveront une solution. Ils trouveront un moyen de contourner le problème », a déclaré David Stewart, PDG du fonds spéculatif Odey Asset Management basé à Londres.

« Si quelqu'un veut vraiment acheter une entreprise, c'est bien, et je suis sûr qu'ils l’achèteront quand-même. Mais s’il s’agit d’un dérivé synthétique, il pourrait bien aller voir ailleurs [...] Davantage de volumes passeront par Londres. »

La Grande-Bretagne, qui abrite le plus grand centre financier de l’Union, ne participera pas à ce programme.

Réactions : 

Martin Schulz, le président du Parlement européen, a déclaré que la TTF fournirait « une source de revenus précieuse en provenance d'un secteur pas suffisamment imposé », et qu’il s’agissait d’une manière d'encourager un secteur financier plus responsable.

« Le Parlement européen a exigé et soutenu une TTF pendant plus de deux ans et je suis satisfait qu'elle voie bientôt la lumière du jour avec 11 pays prêts à aller de l'avant.  Bien que nous aurions préféré une TTF dans toute l'UE, la coopération renforcée avec 11 États membres est un bon début. Je salue ces pays qui mènent l'introduction de la TTF. »

L'eurodéputée grecque Anni Podimata (Socialistes et Démocrates), qui rédige la position du Parlement sur la TTF, s’est montrée tout aussi enthousiaste. « Il s'agit d'une taxe équitable d'un point de vue social, un élément indispensable d'une solution globale et cohérente pour sortir de la crise. Elle visera les activités les plus spéculatives et fournira également des fonds équivalents à plus de la moitié du budget annuel de l'UE, en période de consolidation budgétaire intense. »

Emilie Turunen, une eurodéputée danoise du groupe des Verts, a qualifié l'accord sur la TTF d’étape vers la mise en place d’une TTF au niveau mondial. « Nous espérons que la Commission appliquera certaines recommandations du Parlement européen, notamment la proposition portant sur un « principe d’émission » selon lequel les institutions financières situées en dehors de l'UE seraient également obligées de payer la TTF si elles échangent des titres émis à l'origine au sein de l'UE. »

Prochaines étapes : 
  • 13 nov. 2012 : la Commission européenne devrait soumettre un projet de décision pour lancer une TTF lors d'une réunion entre les ministres des finances (ECOFIN).
  • D'ici 2014 : la TTF pourrait être mise en place.
EurActiv avec Reuters – Article traduit de l'anglais

COMMENTS

  • Indeed: this is a socially fair tax, an indispensible part of a complete and coherent solution to exit the crisis. A very important moment for Europe.
    Next step should be: an Unconditional Basic Income for all European Citizens.
    A basic income is an income unconditionally granted to all on an individual basis, without means test or work requirement. It is a form of minimum income guarantee that differs from those that now exist in various European countries in three important ways:

    it is being paid to individuals rather than households;
    it is paid irrespective of any income from other sources;
    it is paid without requiring the performance of any work or the willingness to accept a job if offered.
    source:http://www.basicincome.org/bien/
    If you really care about freedom, give people an unconditional income.http://bostonreview.net/BR25.5/vanparijs.html
    A very interesting pdf document on http://enzu.futurelabeurope.eu/useruploads/files/social_justice_report_final.pdf
    Christina Lmabrecht

    By :
    Lambrecht Christina
    - Posted on :
    10/10/2012
Contexte : 

En septembre 2011, la Commission a publié une proposition détaillée relative à une taxe sur les transactions financières.

Selon cette proposition, la TTF s'appliquerait à toute transaction portant sur des instruments financiers, sauf sur le marché primaire, et des prêts bancaires. Les transactions impliquant des actions et des obligations seront taxées à 0,1 % et les produits dérivés à 0,01 %. La TTF devra être payée si au moins l'une des parties est basée dans l'UE.

L'Allemagne et la France, les plus grands partisans de cette taxe, souhaitaient une application à l'échelle de l'UE dès 2014, mais elles ont dû se résigner à lancer une procédure de coopération renforcée. La France souhaite introduire la TTF cette année.

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