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Paris et Berlin dévoilent leur plan pour sauver l'euro, l'unité de l'Europe en jeu

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Publié 06 décembre 2011

L'accord franco-allemand conclu hier (5 décembre) pour sauver l'euro et enrayer la crise de la dette a été éclipsé par les avertissements émis par les agences de notation, selon lesquelles les deux pays pourraient perdre leur note triple A. La Pologne a dans le même temps promis de se battre pour l'unité de l'UE et contre l'émergence d'une Europe à deux vitesses.

Hier, l'agence Standard & Poor's a prévenu qu'elle pourrait procéder à une dégradation sans précédent de la note des pays de la zone euro si les dirigeants européens n'aboutissaient pas à un accord sur la résolution de la crise de la dette lors du sommet des 8 et 9 décembre.

S&P a placé les notes des 15 pays de la zone euro dans une perspective négative, y compris celles de l'Allemagne et de la France, les deux plus grandes économies de la région. Selon l'agence, des « tensions systémiques » sont générées par le resserrement des conditions de crédit dans la zone.

Le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, qui se sont réunis à Paris en amont du sommet de l'UE, ont répondu à l'avertissement de S&P en affirmant qu'ils étaient unis dans leur détermination à faire tout ce qui se révèlerait nécessaire pour assurer la stabilité de la zone euro (voir la retranscription en français de la conférence de presse).

Leur objectif est d'inscrire des règles de discipline budgétaire plus strictes dans un nouveau traité, qui devrait être signé en mars prochain avant d'être soumis à un processus de ratification, ont-ils expliqué.

Le sommet européen des 8 et 9 décembre permettra d'organiser une « table ronde » sur les propositions franco-allemandes, a affirmé M. Sarkozy. « Notre préférence va vers un traité à 27 pour que personne ne se sente exclu de la démarche franco-allemande, mais nous sommes tout à fait prêts à passer par un traité à 17, ouvert à tous les Etats qui voudraient nous rejoindre », a-t-il déclaré.

Peu de résultats concrets

Leur rencontre n'a toutefois donné lieu qu'à peu de résultats concrets et aucune nouvelle idée n'a été présentée. En bref, Mme Merkel et M. Sarkozy se sont mis d'accord sur le fait que la discipline budgétaire devait être renforcée dans la zone euro et qu'il était nécessaire de modifier les traités pour assurer la stabilité de l'union monétaire.

Voici plus en détail la composition de l'accord franco-allemand :

  • Sanctions automatiques : en cas de non-conformité avec les règles sur le déficit, les pays devraient faire l'objet de sanctions automatiques qui requerraient une majorité de 85 % pour pouvoir être contrées.
  • Règle d'or : tous les Etats membres de l'UE, mais en particulier les 17 membres de la zone euro, devraient adopter des limites uniformes pour la dette dans leurs constitutions respectives. La Cour européenne de justice (CEJ) arbitrera les litiges et devrait avoir le droit de déclarer les budgets nationaux illégaux (sans pour autant avoir la possibilité de les rejeter).
  • Les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro devraient se rencontrer une fois par mois en tant que gouvernement économique de la zone.
  • Le mécanisme européen de stabilité (MES) devrait être lancé fin 2012 à la place de 2013.
  • Les euro-obligations ou la modification du rôle de la Banque centrale européenne (BCE) pour en faire un prêteur en dernier ressort ne sont pas envisagées.

Lors d'une conférence de presse conjointe à Paris, M. Sarkozy a déclaré que l'un de leurs objectifs était que des sanctions automatiques puissent être imposées aux pays qui enfreindraient la règle de l'UE selon laquelle le déficit budgétaire ne devrait pas dépasser 3 % du PIB. La Commission européenne réclame depuis longtemps qu'une telle mesure soit prise pour que les règles de stabilité de Maastricht soient respectées, mais Paris et Berlin s'y étaient jusqu'à présent opposés.

Mme Merkel et M. Sarkozy ont également affirmé que la Cour européenne de justice devrait juger de la bonne application des règles budgétaires dans le droit national, sans pour autant avoir le droit de rejeter les budgets nationaux.

« Les budgets sont notre problème », a déclaré Mme Merkel, rejetant manifestement une approche communautaire sur les règles budgétaires.

La chancelière allemande semble avoir pris le dessus s'agissant de son refus d'émettre des euro-obligations et d'accorder de nouveaux pouvoirs à la Banque centrale européenne.

Mme Merkel et M. Sarkozy ont en outre expliqué que selon eux, le fonds de sauvetage permanent de la zone euro, le mécanisme européen de stabilité, devrait être régi par les principes et les procédures du Fonds monétaire international.

Ils souhaitent qu'une modification des traités soit acceptée en mars et ratifiée après les élections présidentielles et législatives françaises en juin.

François Hollande, le candidat du Parti socialiste pour les présidentielles 2012, est fermement opposé au souhait du centre-droit d'introduire une règle d'or dans la constitution française pour limiter les déficits budgétaires.

« Plus petit dénominateur commun »

Guy Verhofstadt, l'ancien premier ministre belge et actuel leader du groupe libéral ALDE au Parlement européen, a fustigé les résultats de cette rencontre à Paris.

« C'est le plus petit commun dénominateur mais en aucun cas un plan global vers l'Union économique, fiscale et budgétaire, seule capable de convaincre les marchés de la détermination de l'Europe à résoudre ses problèmes à long terme », a déclaré M. Verhofstadt.

Dans le même temps, la Pologne, qui exerce la présidence tournante de l'UE, a fait circuler un document intitulé « Preserving the integrity of the European Union while strengthening euro area governance ».

Participation de tous les pays de l'UE aux réunions de la zone euro ?

Varsovie argue que les mesures visant à renforcer la gouvernance économique de la zone euro devraient également garantir que l'intégrité de l'Union européenne dans son ensemble sera préservée.

C'est la seconde fois que la Pologne demande aux principaux acteurs européens de ne pas diviser l'UE pour enrayer la crise de la zone euro.

Le récent discours du ministre polonais des affaires étrangères, Radek Sikorski, a fait des vagues dans les cercles européens ces derniers jours.

« Le renforcement de la gouvernance économique de la zone euro [...] ne devrait pas donner lieu à la création de structures exclusives qui risqueraient d'accroître les divisions éventuelles, mais plutôt être fondé sur le souhait de coopérer et d'observer les règles qui ont été décidées », explique la Pologne.

Varsovie insiste également sur le fait que la gouvernance économique renforcée devrait être « inclusive ». « Tous les Etats membres devraient pouvoir participer aux discussions, mais seuls les membres de la zone euro devraient pouvoir voter », a proposé la présidence.

La Pologne a affirmé que ce principe devrait être appliqué à tous les niveaux et en particulier lors des sommets de la zone euro et des réunions de l'Eurogroupe.

Si elle est adoptée, cette mesure devrait grandement aider la future présidence danoise de l'UE, dans la mesure où elle devra mettre en place un cadre de négociations pour le futur budget 2014-2020 de l'UE

Tout comme la Pologne qui ne fait pas partie de la zone euro, le Danemark ne peut pas participer aux réunions de l'Eurogroupe.

Réactions : 

Lors d'un entretien télévisé, quelques minutes après l'annonce de S&P, le ministre français des finances, François Baroin, a déclaré que l'agence n'avait pas pris en compte les propositions communes présentées par le président Nicolas Sarkozy et la chancelière Angela Merkel plus tôt dans la journée, a rapporté Reuters.

« C'est un problème de confiance [dans la zone euro] [...] Nous avons besoin de plus d'intégration au niveau budgétaire », a déclaré M. Baroin sur France 3. « Nous n'avons pas besoin d'un troisième plan d'austérité. Nous n'avons pas besoin de mesures supplémentaires. Nous avons besoin de renforcer la coordination politique européenne. »

M. Baroin a affirmé que le sommet de l'Union européenne de ce vendredi serait décisif, alors que les 17 économies de la zone euro tentent de regagner la confiance des marchés.

Il a également déclaré que la France n'aurait pas besoin d'injecter de l'argent public dans ses banques.

Morgens Hauschildt, le directeur régional de Western Union Business Solutions à Vancouver, a commenté l'avertissement de S&P :

« Je pense que cela accroît la pression sur l'UE, mais ce n'est pas une surprise. C'est très difficile. La situation ne va pas se régler d'elle-même. Ils doivent arrêter l'hémorragie. Les marchés restent très calmes, malgré l'annonce de S&P. C'est parce qu'ils attendent la réunion de la BCE et de l'UE vendredi. Les regards se tourneront vers la BCE jeudi pour voir si elle pourra agir comme prêteur en dernier ressort. Et si Mme Merkel et M. Sarkozy modifient les traités, cela sera bénéfique mais ne résoudra pas la crise. »

Commentant les résultats de la réunion, les coprésidents des Verts, Rebecca Harms et Daniel Cohn-Bendit ont exprimé leur mécontentement, dans la mesure où selon eux, l'accord ne répond pas aux principales questions concernant la zone euro et où les euro-obligations ont été exclues.

« Il y a un sentiment prépondérant de "déjà-vu", puisque que l'on continue de se focaliser sur l'austérité et la discipline budgétaire, au détriment d'un appel clair à la solidarité au sein de la zone Euro. L'accord Merkozy n'est pas à la hauteur pour tirer un trait sur la crise de la dette, que ce soit à court terme avec l'adoption de mesures visant à endiguer la contagion au sein d'autres pays de la zone Euro; ou à long terme via l'adoption de mesures de solidarité qui mettraient fin aux doutes sur l'avenir de l'Euro, à savoir un engagement sur les euro-obligations. »

« L'approche de Merkel et Sarkozy continue également à sous-estimer le processus démocratique en Europe. Le Groupe des Verts au Parlement Européen se battra contre ce retour en arrière et attend du Conseil Européen qu'il corrige cette aberration. »

Prochaines étapes : 
  • 8 déc.: le sommet de l'UE débutera à 18h45 heure de Bruxelles et se poursuivra le jour suivant.
Georgi Gotev - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Contexte : 

Certains dirigeants européens, dont la chancelière allemande, Angela Merkel, ont affirmé qu'une modification des traités contribuerait à la mise en œuvre des règles budgétaires afin d'éviter de nouvelles crises de la dette, véritables fléaux pour plusieurs membres de la zone euro.

Modifier le traité de l'UE n'est pas une mince affaire. La modification du traité de Lisbonne en est l'exemple le plus récent. Il a finalement été ratifié par les 27 Etats membres, mais cette ratification a fait suite à des débats houleux et à deux référendums en Irlande.

L'article 136 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) stipule que les pays de la zone euro peuvent adopter « des mesures concernant les Etats membres dont la monnaie est l'euro » pour, par exemple :

  • « renforcer la coordination et la surveillance de leur discipline budgétaire »;
  • « élaborer, pour ce qui les concerne, les orientations de politique économique, en veillant à ce qu'elles soient compatibles avec celles qui sont adoptées pour l'ensemble de l'Union, et en assurer la surveillance ».

Toutefois, l'Allemagne et la France ont récemment exploré des méthodes plus radicales pour assurer une intégration budgétaire plus profonde et plus rapide parmi les pays de la zone euro. Ils sont en effet conscients qu'ils devront jouir d'un large soutien pour introduire une modification des traités.

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