EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

Règles bancaires : les Britanniques devront peut-être se replier

Version imprimable
Send by email
Publié 15 mai 2012

Le ministre britannique des finances, George Osborne, devrait essuyer un échec face à ses homologues de l’UE aujourd’hui (15 mai). Les ministres tenteront, lors de leur réunion à Bruxelles, de trouver un accord sur les propositions concernant les exigences de fonds propres, malgré l’opposition du Royaume-Uni et de la Bulgarie.

La principale pomme de discorde est de savoir si des pays comme la Grande-Bretagne devraient être autorisés à appliquer des règles de capitaux plus strictes que celles approuvées au niveau de l'Union européenne. Cette question avait déjà opposé M. Osborne et ses homologues de l'UE lors d'une réunion des ministres des finances ce mois-ci.

Ce conflit met également en exergue une lutte d'influence plus importante sur la politique financière dans une Union secouée par la pire crise financière de sa génération. La Grande-Bretagne lutte sans vergogne pour conserver son autorité sur la City de Londres, la capitale financière de l'Europe, alors que les autres membres de l'UE tentent de centraliser la supervision des secteurs bancaire et des finances à Bruxelles et au sein de l'Autorité bancaire européenne (ABE) basée à Londres.

Les négociations à ce sujet ont été bloquées au matin du 3 mai, lorsque le Royaume-Uni et la Bulgarie ont rejeté les propositions de compromis présentées par la présidence danoise suite à l'échec de discussions marathon entre les ministres des finances à Bruxelles.

La Grande-Bretagne voudrait que les autorités augmentent les exigences de capitaux au-delà du seuil des 12 % (voir « Contexte »), et ce sans en référer à Bruxelles ou à l'ABE. De leur côté, la France et d'autres pays affirment que cela aurait un effet de distorsion sur la concurrence et empêcherait l'Europe d'exercer un contrôle central plus que nécessaire.

Le Royaume-Uni à court d'options

Même si elle souhaite obtenir « l'accord le plus large possible », la présidence danoise a affirmé qu'elle n'hésiterait pas à utiliser les règles du traité de l'UE pour faire adopter la proposition, dans la mesure où une majorité qualifiée d'Etats membres était en faveur du texte.

La présidence danoise a laissé les négociations ouvertes et le Royaume-Uni reste disposé à négocier, affirmant qu'un accord est sur le point d'être conclu. D'autres Etats membres laissent toutefois entendre que le pays serait à court d'options, ce qui ne laisse à M. Osborne que peu d'options à part céder.

« Il est clair que suite à l'extrême pugnacité de George Osborne lors de la réunion, il reste peu de choses à discuter et nous progresserons rapidement vers l'adoption du compromis de la dernière fois », a déclaré un diplomate européen.

La Grande-Bretagne veut rejeter cette proposition, car selon elle, ce compromis l'empêcherait de mettre en oeuvre les recommandations concernant la restructuration de son système bancaire proposées par John Vickers, un ancien économiste de la Banque d'Angleterre. Elle pourrait cependant décider d'éviter une nouvelle confrontation dans l'espoir de regagner du terrain plus tard.

Le recours au vote à la majorité qualifiée serait inhabituel et reflèterait la frustration des Etats membres face à l'intransigeance du Royaume-Uni. La Grande-Bretagne pourrait demander que la proposition soit amendée au cours du processus législatif, dans la mesure où des négociations tripartites seront organisées entre la Commission européenne, le Parlement et le Conseil avant que le texte ne soit approuvé.

Le Royaume-Uni, pour sa part, martèle que ce compromis ne transpose pas correctement les règles définies par le Comité de Bâle sur la supervision bancaire que l'UE doit mettre en oeuvre avant la fin de cette année.

Réductions budgétaires pour l'UE en 2013

Dans les autres domaines, le Royaume-Uni devrait s'accorder avec d'autres pays sur le rejet de la proposition de la Commission européenne d'augmenter les dépenses de l'UE de 6,8 % en 2013. Le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, ainsi que d'autres contributeurs nets, devraient tous rejeter les propositions de la Commission.

Dans le même temps, le Parlement européen a voté sur la proposition relative aux exigences de capitaux hier (14 mai), affirmant que les capitaux bancaires devraient faire l'objet d'une certaine flexibilité, mais seulement après le feu vert de la Commission, une condition à laquelle s'oppose le Royaume-Uni.

Dans le même train de mesures, la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement a voté en faveur de la limitation des bonus des banquiers à 100 % de leur salaire de base.

C'est le commissaire au marché intérieur, Michel Barnier, qui avait réclamé des mesures concernant ces bonus dans le sillage d'un rapport de l'ABE publié le mois dernier.

Ce rapport a révélé que les bonus payés aux directeurs de banque dans un pays non cité de l'UE étaient trois fois plus élevés que leur salaire de base et que dans un cas, un bonus équivalant à plus de neuf fois le salaire de base avait été versé.

Réactions : 

Lors d'une réunion informelle des ministres des finances le 3 mai, le ministre britannique, George Osborne, avait accusé ses homologues européens de tenter d'affaiblir les règles sur les capitaux des banques, ce qui, selon lui, le ferait passer pour un idiot.

« Je ne compte pas sortir et dire quelque chose qui me fera passer pour un idiot cinq minutes plus tard », a expliqué M. Osborne, en référence aux lacunes potentielles qui permettraient à certaines banques de contourner les normes de capitaux décidées par les régulateurs mondiaux.

Michel Barnier, le commissaire européen chargé de la réglementation financière, a accusé M. Osborne lors de cette réunion de chercher à imposer une proposition qui laisserait la Grande-Bretagne imposer des ratios de capitaux plus élevés pour ses banques, ce qui, selon la France et d'autres Etats, pourraient désavantager les institutions continentales.

« Londres est un centre très important, mais [...] les autres centres méritent également notre considération », a déclaré M. Barnier, ancien ministre français.

Le Parlement européen a voté en faveur de la proposition relative aux exigences de capitaux hier (14 mai). « Concernant la principale préoccupation de l'harmonisation maximale par rapport à l'harmonisation minimum, il y a suffisamment de souplesse dans un cadre communautaire. Cela permettra aux pays possédant une dette très élevée par rapport au PIB de prendre les mesures nécessaires afin de se protéger », a déclaré la présidente de la commission des affaires économiques et monétaires, Sharon Bowles (Royaume-Uni ; Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe).

« Comme nous l'avons fait par le passé, le Parlement a pris une position ferme sur la rémunération variable. Il est clair que ces niveaux ultras élevés de rémunération pour les banquiers ne peuvent continuer, comme d'ailleurs les votes des actionnaires ces dernières années, commencent à le montrer », a affirmé Mme Bowles concernant les bonus des banquiers. 

Prochaines étapes : 
  • Fin jan. 2012 : la présidence danoise espère conclure un accord sur la directive sur l'adéquation des fonds propres adoptée par le Parlement européen.
  • 1er jan. 2013 : les Etats membres seront obligés d'introduire de nouvelles règles dans le cadre de l'accord de Bâle III.
Jeremy Fleming - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Contexte : 

Le Comité de Bâle compte des régulateurs de 27 pays, dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Chine, et a pour objectif d'établir des règles prudentielles pour les banques.

En 2010, il a décidé de plus de tripler les capitaux que les prêteurs doivent détenir pour se protéger de l'insolvabilité, dans le but d'éviter une nouvelle crise financière comme celle qui avait suivi la chute de Lehman Brothers Holdings Inc en 2008.

Ces mesures, connues sous le nom d’Accords de Bâle III, devront être transposées dans les droits nationaux avant d'entrer en vigueur.

Le Danemark, qui exerce la présidence du Conseil de l'UE, espère transposer les normes plus élevées de capitaux établies par les régulateurs du Comité de Bâle dans le droit de l'UE avant le début de l'année prochaine en trouvant un consensus et un accord avec le Parlement européen d'ici fin juin.

Le compromis envisagé par les ministres permet une certaine flexibilité pour que les pays qui le souhaitent puissent demander à leurs banques d'augmenter leurs capitaux jusqu'à une certaine limite (voire même jusqu'à 12 % des titres risqués pendant deux ans), toute augmentation demeurant sujette à l'approbation de la Commission et de l'Autorité bancaire européenne. Le minimum des Accords de Bâle III est de 7 %.

Les ministres veulent introduire les nouvelles règles de Bâle III d'ici le début de l'année prochaine. Ces règles affecteront jusqu'à 8300 banques européennes.

A lire aussi

More in this section

Publicité