EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

Un leader allemand de l'opposition accuse les banques suisses de crime organisé

Version imprimable
Send by email
Publié 13 août 2012, mis à jour 14 août 2012

Le dirigeant de l'opposition de centre-gauche en Allemagne, Sigmar Gabriel, a accusé les banques suisses d'aider les Allemands à frauder lors d'une interview musclée à la radio qui pourrait encore tendre un peu plus les relations entre les deux pays.

M. Gabriel, dont le Parti social-démocrate (SPD) a bloqué un accord entre les deux gouvernements pour percevoir des taxes sur les actifs allemands détenus sur des comptes bancaires suisses, a déclaré au Deutschlandfunk dimanche (12 août) que les pratiques bancaires suisses en Allemagne pouvaient être qualifiées de crimes organisés.

« C'est un crime grave », a-t-il affirmé. « On parle de crime organisé par les banques suisses [opérant] en Allemagne. »

M. Gabriel, dont le parti prévoit de prendre pour cible les banques en 2013 lors de sa campagne contre la chancelière, Angela Merkel, a ajouté que la peine encourue pour les fraudes fiscales à grande échelle en Allemagne devrait aller jusqu'à 10 ans de prison.

L'Association suisse des banquiers a rejeté ces accusations, selon son porte-parole, Thomas Sutter.

« Ces accusations ne sont pas fondées sur des faits », a-t-il déclaré. « Si certains décideurs politiques sociaux-démocrates sont prêts à porter ce type d'accusations, ils doivent les étayer avec des faits. »

La Suisse et l'Allemagne ont conclu un accord fiscal en avril, mais sa ratification est en péril suite aux récents achats par l'Allemagne de données bancaires suisses.

Le SPD promet d'opposer son veto

Le SPD a promis d'opposer son veto à l'accord sous sa forme actuelle à la chambre haute du parlement, le Bundesrat. Un porte-parole du gouvernement suisse a annoncé que l'accord ne serait toutefois pas renégocié.

M. Gabriel s'est dit déçu que le gouvernement allemand n'ait pas nommé un procureur spécial pour lutter contre la fraude fiscale et ne se soit pas montré aussi ferme lors des négociations avec la Suisse que les Etats-Unis.

« Pourquoi n'en avons-nous pas le courage ? »  « Pourquoi ne chargeons-nous pas le procureur fédéral de ce dossier ? Je suis certain que cela mettrait rapidement fin au problème. »

Un porte-parole du gouvernement a fait savoir que Mme Merkel soutenait l'accord entre la Suisse et l'Allemagne visant à enrayer la fraude fiscale.

« La chancelière allemande et le gouvernement pensent que cet accord fiscal est la solution adéquate pour résoudre de manière satisfaisante ce problème complexe entre les deux pays, tant pour les dossiers passés que futurs », a déclaré Steffen Seibert aujourd'hui (13 août).

Le gouvernement de Mme Merkel a annoncé que cet accord permettrait à Berlin de récupérer de grandes sommes d'argent une fois en vigueur. Les Allemands détiennent environ 150 milliards d'euros sur des comptes suisses. Le gouvernement a toutefois besoin du soutien du SPD à la chambre haute.

Le secret bancaire est crucial pour le secteur suisse de la gestion de patrimoines offshore estimé à 1600 milliards d’euros et le pays refuse d'accepter un échange automatique des informations.

Les Suisses se sont dits outrés suite à l'achat par des procureurs allemands de données issues d'informateurs présumés et ont même délivré des mandants d'arrêt contre trois inspecteurs allemands du fisc accusés d'avoir acheté ces données. 

Réactions : 

Lorsqu'EurActiv lui a demandé de réagir à la nouvelle, Mario Tuor, le porte-parole du gouvernement suisse, a envoyé la réponse suivante :

« Nous ne faisons jamais de commentaires sur des allégations non fondées de chefs de parti. L'accord signé entre la Suisse et l'Allemagne est la meilleure manière d'imposer chaque contribuable allemand détenant un compte bancaire en Suisse. »

EurActiv.com avec Reuters - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Contexte : 

De la Suisse au Liechtenstein en passant par les îles Caïmans et des Bermudes, une poignée d'Etats constitue un refuge face à la fiscalité des gouvernements, du moins pour les personnes extrêmement riches qui peuvent se le permettre.

Près d'un tiers des richesses dissimulées dans les paradis fiscaux se trouve dans les banques suisses, ce qui fait de l'Etat alpin l'un des plus grands centres offshore du monde.

Les systèmes permettant l'évasion fiscale sont de plus en plus attaqués par les gouvernements des autres pays qui tentent de trouver l'argent nécessaire au financement des coûts de leurs programmes. Les paradis fiscaux offshore coûtent environ 100 milliards de dollars (81 milliards d'euros) par an aux Etats-Unis.

A lire aussi

More in this section

Publicité