M. Magnette a fait ces déclarations lors d'une conférence, intitulée à dessein « Peut-on critiquer l'Europe ? », organisée par l'Université libre de Bruxelles (ULB).
M. Magnette est un ministre socialiste qui enseigne également dans cette université. Il a récemment été au coeur d'une controverse suite à des critiques prononcées à l'encontre de l'exécutif européen. Il a d'ailleurs été réprimandé par le premier ministre, Elio Di Rupo, et par le président du Conseil, Herman Van Rompuy, qui a lui aussi occupé le poste de premier ministre belge.
M. Magnette avait déclaré que la politique économique et budgétaire imposée aux Etats membres les condamnait à une récession de 15 ans. Il avait ajouté qu'il doutait que la Commission européenne jouisse de la légitimité démocratique nécessaire pour imposer une telle politique.
« Nous devons tenir tête à la Commission européenne, comme les grands Etats le font, sinon nous allons glisser vers une Europe ultralibérale », avait-il affirmé, cité dans la presse.
M. Di Rupo avait alors tenté d'apaiser la situation en affirmant que la Commission avait agi en accord avec les nouveaux pouvoirs qui lui avaient été conférés par les Etats membres. M. Van Rompuy avait quant à lui déclaré ne pas avoir compris la sortie de M. Magnette, sachant que ce dernier était un « vrai spécialiste de l'Europe ».
Certains commentateurs en ont profité pour conclure que le Parti socialiste wallon était devenu eurosceptique.
Didier Viviers, le recteur de l'ULB, a expliqué que l'Europe était de plus en plus considérée comme un « mythe » ou une « religion », ce qui obligeait certaines personnes à la désacraliser de différentes façons.
Il a également noté que comme l'Europe était en crise, oser la critiquer revenait à faire preuve de trahison, même si selon le proverbe latin « Qui bene amat bene castigat » (qui aime bien, châtie bien).
M. Magnette a affirmé qu'il ne regrettait pas ses paroles et s'est dit surpris de la virulence des critiques à son égard. Ses remarques n'étaient pas très originales selon lui. Il a également souligné qu'il avait reçu des centaines de courriels de soutien.
Le dogme de la discipline budgétaire dans l'UE est devenu « mono-maniaque », a-t-il affirmé, répétant que selon lui, cette politique ne pourrait mener qu'à la récession.
M. Magnette a déclaré que le rôle de la Commission s'agissant d'approuver le budget belge se rapprochait de la microgestion. Selon le ministre belge, la Commission s'est montrée « tatillonne » lorsqu'elle a rejeté les prévisions de déficit à 2,8 % du gouvernement belge pour imposer les siennes à 3,01 %, plaçant le pays en procédure de déficit excessif (PDE).
Dans la mesure où la Commission a plus de pouvoir sur un pays en PDE, certains pensent qu'elle abuse de ses compétences de contrôle pour accroître son influence sur les Etats membres.
Dialogue critique
« Nous, les états membres, nous devons à un certain moment [résister] à la Commission Européenne, c'est un dialogue critique, et dire nous ne sommes pas d'accord avec son analyse, que nous pensons que notre budget est sérieux et que nous sommes au-dessous des 3 % », a-t-il affirmé.
M. Magnette a également fustigé la Commission sur l'une des ses recommandations concernant le « paquet de six » relatif à la gouvernance économique, à savoir l'abandon de l'indexation automatique des salaires. Il a affirmé qu'il s'agissait là d'une grande réussite qui datait des années 1920 et que ce système introduit par les socialistes ne devait pas être abandonné.
« Et quand la Commission Européenne dit : ce système-la, on ne l'aime pas beaucoup, je trouve qu'elle exagère », a-t-il déclaré
Le ministre belge a expliqué que selon lui, l'exécutif européen ne devrait pas entrer dans les détails. Elle devrait laisser les gouvernements nationaux trouver les bons outils pour parvenir aux objectifs définis dans le cadre de la nouvelle procédure de gouvernance économique de l'UE.
Il a ajouté qu'il était conscient que ses propos pourraient susciter de nouvelles critiques, mais que sa dernière recommandation pour la Commission était qu'elle se montre impartiale avec une approche similaire pour tous les pays. Cela vaut également pour les grands pays comme la France et l'Allemagne.
« Ce n'est pas parce que la Commission est à Bruxelles, et qu'à Bruxelles on lit les journaux belges et que les fonctionnaires européens connaissent beaucoup mieux la réalité politique belge que celle d'autres pays, qu'on doit être plus sévère envers la Belgique. »





