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Une union bancaire fondée sur l’extension des pouvoirs de la BCE ?

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Publié 10 septembre 2012

La proposition portant sur l'union bancaire européenne qui sera rendue publique mercredi (12 septembre) entraînera un débat houleux sur les pouvoirs de la Banque centrale européenne (BCE), si le document divulgué la semaine dernière reste inchangé.

Il est prévu dans cette ébauche de proposition de renforcer les pouvoirs de la BCE, afin qu'elle puisse mener des contrôles sur le terrain et supprimer des licences bancaires, un droit précédemment réservé aux superviseurs nationaux.

Selon cette proposition, la BCE assumerait ses nouvelles fonctions à partir du 1er juillet 2013 et aurait les pleins pouvoirs dès 2014.

Les gouvernements et le Parlement européen se préparent à des mois de négociations, mais si la situation continue d'évoluer en ce sens, la BCE pourra accorder des autorisations aux institutions de crédits et les leur retirer.

La BCE aurait le pouvoir sur toutes les banques de la zone euro

Le débat s'annonce toutefois plus que houleux sur deux points.

Comme prévu, la proposition prévoit que la BCE supervise toutes les banques de la zone euro, une idée à laquelle Berlin reste opposée.

La semaine dernière, le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, a rejeté l'idée d'accorder ce pouvoir à la BCE, dans la mesure où il estime qu'elle devrait uniquement se concentrer sur les institutions bancaires d'importance systémique.

« La BCE a elle-même affirmé qu'elle ne disposait pas du potentiel pour superviser les 6 000 banques de l'Union européenne dans un avenir proche », a souligné M. Schäuble au micro de la radio allemande, faisant part de son scepticisme quant au calendrier prévu dans les propositions de la Commission.

La majorité des banques de l'UE sont de taille plutôt modeste et plus de 90 % de tous les actifs seraient détenus par environ 200 banques.

Berlin souhaite qu'une exception soit faite pour la supervision de ses propres banques régionales (Landesbanks), des établissements publics et liés au monde politique.

Les pays hors de la zone euro pourraient eux aussi être concernés

Par ailleurs, l'éventuelle portée du pouvoir de supervision de la BCE sur les Etats hors de la zone euro est également abordée dans l'ébauche de proposition qui prévoit que ces pays soient exhortés à respecter des accords officiels de « coopération renforcée » avec la BCE.

Ces accords permettraient à la BCE de mener le même type de contrôle que dans les pays de la zone euro.

Il s'agit notamment du droit d'exiger certains documents, de vérifier et d'enregistrer des données, d'interroger le personnel et de mener des inspections-surprise.

Certains Etats ne manqueront pas de s'y opposer, dont le Royaume-Uni.

« La BCE n'a aucun rôle à jouer dans la gestion et la supervision de la sécurité prudentielle [au sein du secteur bancaire] des dix pays hors de la zone euro », a déclaré l'eurodéputée britannique conservatrice Kay Swinburne.

« Le Royaume-Uni ne voudrait pas que la BCE régule son secteur bancaire. Il semblerait que les propositions soient élaborées sous un article qui requiert l'unanimité et je sais que trois, voire quatre, Etats y sont fermement opposés », a-t-elle ajouté.

Grand jour pour l'Europe

La proposition portant sur un superviseur bancaire commun sera sans doute dévoilée mercredi au Parlement européen à Strasbourg par le président de la Commission, José Manuel Barroso, et le commissaire au marché intérieur et aux services, Michel Barnier.

Le même jour, la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe devrait rendre son avis sur la conformité du Mécanisme européen de stabilité et du pacte budgétaire à la constitution allemande.

Réactions : 

Le « mécanisme unique de supervision est à la base des prochaines étapes vers l'union bancaire », peut-on lire dans l'ébauche de proposition divulguée vendredi (7 septembre) par le journal financier italien Il Sole 24 Ore.

« Ceci reflète le principe selon lequel l'introduction de mécanismes communs d'intervention en cas de crise devrait être précédée de contrôles conjoints visant à réduire la probabilité que des mécanismes d'intervention soient utilisés ».

Jörg Asmussen, un membre du directoire de la BCE, a déclaré le 5 septembre que même si la banque centrale était disposée à assumer un nouveau rôle de superviseur, elle devrait se voir accorder de réels pouvoirs, y compris celui de faire fermer, si nécessaire, des banques qui ne pourraient pas survivre par elles-mêmes.

« Il pourrait être bénéfique que la BCE assume la supervision du secteur bancaire européen. Mais j'utilise le terme « européen » avec prudence, car en réalité, la BCE est la banque centrale des 17 Etats membres dont l'euro est la monnaie. Ce n'est pas le cas de dix autres pays et la BCE n'a pas de rôle à jouer dans la gestion ou la supervision de leur sécurité prudentielle », a déclaré l'eurodéputée Kay Swinburne (Conservateurs & Réformistes ; R-U) lors d'un entretien donné à New York vendredi (7 septembre).

« Je ne souhaite pas demander à la BCE de superviser les 27 Etats membres et je pense qu'il sera difficile de faire approuver une proposition de ce type aux Etats membres. Le Royaume-Uni ne veut pas que la BCE régule son secteur bancaire », a-t-elle poursuivi. « Il semblerait que les propositions soient élaborées sous un article qui requiert l'unanimité et je sais que trois, voire quatre, Etats y sont fermement opposés. »

Prochaines étapes : 
  • 12 sept. : le commissaire aux marché intérieur, Michel Barnier, devrait présenter ses propositions pour un mécanisme unique de supervision des banques de la zone euro.
  • 13-14 déc. : les dirigeants de l'UE pourraient adopter cette proposition lors du sommet européen de décembre.
  • Jan. 2013 : si cette proposition est adoptée, le superviseur bancaire européen pourrait commencer à jouer son rôle.
Jeremy Fleming - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
ECB in Frankfurt
Contexte : 

Les dirigeants européens ont décidé lors de leur sommet de juin de créer un superviseur bancaire commun dans le cadre d'un accord qui permettrait aux fonds de sauvetage européens de prêter directement de l'argent aux banques endettées, au lieu de passer via les gouvernements des pays, ce qui ne fait qu'accroître leurs problèmes de dette souveraine.

Il s'agit d'une première étape vers la création d'une union bancaire et une intégration politique et économique accrue. Ces mesures sont jugées nécessaires pour briser le cercle vicieux de la crise de la dette de la zone euro qui fait stagner l'économie de la région.

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