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Union bancaire : l’UE s’apprête à vivre un automne difficile

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Publié 17 septembre 2012, mis à jour 19 septembre 2012

La réunion des ministres des finances de l’UE qui s’est tenue à Chypre samedi (15 septembre) a révélé d’importantes lacunes en matière de calendrier et de traitement des Etats hors de la zone euro dans le cadre de la future union bancaire européenne. Un reportage d’EurActiv en direct de Nicosie.

Le commissaire au marché intérieur, Michel Barnier, souhaite que la Banque centrale européenne (BCE) joue le rôle d'un régulateur central pour l'union bancaire qui devrait entrer en vigueur en janvier 2013. Les banques devraient être sous sa supervision dès le mois de juin de l'année prochaine.

L'objectif « ambitieux » de la Commission (voir « Contexte ») est « possible et nécessaire », a affirmé M. Barnier à la presse lors de la réunion informelle à laquelle il a participé à Nicosie.

L'Allemagne veut plus de temps

Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, souhaite quant à lui prendre son temps. L'Allemagne préférerait une supervision progressive pour ses puissantes Landesbanken locales qui offrent des lignes de crédit vitales pour les villes du pays.

« Nous réclamons des tests de résistance avant que les banques tombant sous la catégorie des risques systémiques ne soient transférées du superviseur national à la BCE », a déclaré M. Schäuble aux journalistes à l'issue de la réunion.

L'Allemagne craint par ailleurs que ce nouveau mécanisme de supervision ne soit pas totalement en place avant que le fonds de sauvetage, le Mécanisme européen de stabilité (MES) ne commence à injecter des liquidités directement dans les banques en difficulté du vieux continent.

M. Schäuble jouit du soutien de la Suède, des Pays-Bas et de la Pologne qui souhaitent eux aussi revoir le calendrier.

Le ministre néerlandais des finances, Jan Kees de Jager, a expliqué aux ministres que ce nouveau mécanisme devrait donner des résultats avant que le MES puisse être utilisé pour aider les banques.

La France veut accélérer la cadence

La France et plusieurs autres États membres (dont la Belgique, l'Italie et l'Espagne), en revanche, souhaitent que le calendrier proposé par la Commission soit conservé et que le MES entre en vigueur le plus tôt possible.

« Nous devons respecter le calendrier », a déclaré le ministre espagnol des finances, Luis De Guindos.

Le ministre français des finances, Pierre Moscovici, a expliqué que le délai entre la mise en œuvre du nouveau système et l'entrée en vigueur du MES ne devrait pas être excessif.

À l'issue de la réunion, le ministre suédois des finances, Anders Borg, a quant à lui affirmé que la Suède, qui ne fait pas partie de la zone euro, ne pourrait pas appliquer le mécanisme de supervision dans l'état actuel de la proposition.

Des négociations houleuses à l'horizon

Selon M. Borg, la formulation de la proposition ne permet pas de protéger les intérêts des pays hors de la zone euro qui souhaiteraient coopérer avec le nouveau superviseur, dans la mesure où elle accorderait trop de pouvoir à la BCE par rapport aux superviseurs nationaux.

Cette réunion présage un automne difficile caractérisé par des négociations difficiles, a ajouté M. Borg. D'après lui, d'autres pays hors de la zone euro ont exprimé des inquiétudes similaires lors de la réunion.

La Grande-Bretagne, qui est favorable à la création d'une union bancaire, mais ne souhaite pas y participer, a fait profil bas. Le ministre britannique des finances, George Osborne, a rappelé que la position de son pays était que l'union bancaire devrait également respecter l'intégrité du marché unique pour l'ensemble de l'Union européenne.

Des fonctionnaires britanniques travaillent sur une formulation de compromis qui permettrait de protéger l'Autorité bancaire européenne en cas de litige avec la BCE.

Réactions : 

La Pologne et la Hongrie sont les deux principaux pays en dehors de la zone euro à être en faveur de l'octroi de droits de vote aux pays qui souhaitent prendre part au nouveau mécanisme de supervision.

Lors du sommet informel, le ministre polonais des finances, Jacek Rostowski, a été qualifié par un diplomate européen d'homme enragé concernant la non-représentation de Varsovie au sein du directoire de la BCE si le pays rejoignait le mécanisme de supervision.

La Grande-Bretagne, un pays hors de la zone euro,  a décidé de ne pas rejoindre l'union bancaire, mais d'autres pays demeurent divisés sur la question. Des représentants de la banque centrale danoise estiment notamment qu'ils pourraient être obligés d'y adhérer.

L'Allemagne, bien qu'elle soutienne la création d'une union bancaire, s'inquiète quant à la supervision des 6000 banques de la zone euro et est d'avis que seules les grandes institutions systémiques de l'UE devraient être supervisées par le nouveau mécanisme.

Certaines sources allemandes, lors de la réunion à Chypre, ont laissé entendre que l'union bancaire ne pourrait pas être créée dans les délais envisagés, affirmant qu'elle ne pourrait être mise en place que dans sept mois minimum.

Prochaines étapes : 
  • 13-14 déc. : les dirigeants de l'UE pourraient adopter la proposition d'union bancaire lors du sommet européen de décembre.
  • Jan. 2013 : si cette proposition est adoptée, le superviseur bancaire européen pourrait commencer à jouer son rôle.
Jeremy Fleming en direct de Nicosie - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Banking union pillars in place on Cyprus
Contexte : 

Les dirigeants européens ont décidé lors de leur sommet de juin de créer un superviseur bancaire commun dans le cadre d'un accord qui permettrait aux fonds de sauvetage européens de prêter directement de l'argent aux banques endettées, au lieu de passer par les gouvernements des pays, ce qui ne fait qu'accroître leurs problèmes de dette souveraine.

Il s'agit d'une première étape vers la création d'une union bancaire et une intégration politique et économique accrue. Ces mesures sont jugées nécessaires pour briser le cercle vicieux de la crise de la dette de la zone euro qui fait stagner l'économie de la région.

La Commission européenne a présenté ses propositions sur l'union bancaire le 12 septembre dernier. Les réformes envisagées prévoient de confier à la Banque centrale européenne le rôle de superviser toutes les banques de la zone euro et de la transformer en un super-régulateur d'ici au 1er janvier 2013.

Une supervision centrale est la condition pour que les banques de la zone euro puissent avoir directement accès au fonds de sauvetage permanent de 500 milliards d'euros, le Mécanisme européen de stabilité.

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