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La bataille autour de la proposition de directive sur la brevetabilité des "inventions mises en oeuvre par ordinateur" approche de sa conclusion : le Parlement européen procède, ce mercredi 6 juillet, au vote final de la phase de deuxième lecture du texte.
L'Office européen des brevets
(OEB), un organe indépendant institué suite à la signature, en 1973, de la Convention sur la délivrance de brevets européens
(CBE), a délivré, depuis sa création, des dizaines de milliers de brevets pour des logiciels intégrés dans divers produits (systèmes électroniques embarqués à bord de véhicules, lecteurs DVD, téléphones portables, etc.), mais aussi pour des programmes d'ordinateurs en tant que tels - bien que l'article 52
de la Convention de 1973 stipule que "les découvertes, [...] les méthodes mathématiques [...] ainsi que les programmes d'ordinateurs" ne peuvent être considérés comme des inventions brevetables. L'ensemble des Etats membres de l'Union, dans leur législation nationale relative à la délivrance de brevets, excluent les programmes d'ordinateurs de la catégorie des inventions brevetables - assimilés à des "oeuvres de l'esprit" (de la même façon que des oeuvres de création musicale ou littéraire), ces programmes sont protégés par le système du droit d'auteur. La situation est totalement différente aux Etats-Unis, ce pays ayant progressivement instauré la brevetabilité des programmes informatiques dans le courant des années 1980 et 1990.
En février 2002, la Commission a présenté sa proposition de directive concernant la brevetabilité des inventions mises en oeuvre par ordinateur
, dans l'intention de mettre fin à la confusion née du décalage existant entre les dispositions de la Convention CBE et les pratiques de l'OEB - confusion jugée néfaste au bon fonctionnement du marché intérieur. La proposition de la Commission visait ainsi à "harmonis[er] les droits nationaux des brevets en ce qui concerne la brevetabilité des inventions mises en oeuvre par ordinateur", et à "rend[re] les conditions de brevetabilité plus transparentes".
Lors de la phase de première lecture du texte
, le Parlement a fortement amendé la proposition initiale de la Commission, s'opposant notamment au souhait de cette dernière de rendre brevetables l'ensemble des "inventions mises en oeuvre par ordinateur". Les amendements du Parlement ont été rejetés en bloc par le Conseil (voir l'opinion commune
adoptée par ce dernier en novembre 2004), ce qui a rendu nécessaire l'ouverture d'une phase de deuxième lecture. Lors de celle-ci, le Parlement a désigné un nouveau rapporteur sur la proposition de la Commission, Michel Rocard (PSE), beaucoup plus hostile au texte initial de l'exécutif européen que sa prédécesseure, Arlene McCarthy (PSE, GB).
Le 20 juin dernier, la commission des affaires juridiques du Parlement européen votait un rapport
largement conforme à la position exprimée par le Conseil en novembre 2004. Depuis, le PSE, les Verts et la GUE ont déposé 21 amendements en vue du vote du 6 juillet, amendements allant de nouveau dans le sens d'une restriction de la catégorie des inventions brevetables - si ces amendements devaient être adoptés en plénière, la position du Parlement serait très probablement rejetée une nouvelle fois par le Conseil, ce qui pourrait ouvrir la voie à une éventuelle procédure de conciliation.
Le groupe "Foundation for a Free Information Infrastructure (FFII)", dont les membres (rattachés à la "communauté Linux") font campagne contre la brevetabilité de toute invention mise en oeuvre par ordinateur, a mis en ligne une compilation
des différents travaux du Parlement européen sur ce dossier.
Le débat s'est focalisé sur la nature des inventions informatiques susceptibles d'être brevetées : alors que l'industrie des logiciels défend le caractère brevetable de toute "invention mise en oeuvre par ordinateur", les partisans du logiciel souhaitent que soient rendues brevetables les seules inventions ayant une application mécanique (comme c'est le cas, par exemple, d'un logiciel gérant le système d'anti-blocage des roues d'une voiture), ou, pour reprendre la terminologie employée dans le rapport Rocard, les inventions reposant sur "l'utilisation des forces contrôlables de la nature".
Depuis sa publication, la proposition de directive sur les brevets logiciels a fait l'objet d'intenses efforts de lobbying de la part de ses partisans comme de ses détracteurs. L'EICTA (European Information & Communications Technology Industry Association) et le BSA (Business Software Alliance), qui représentent les intérêts de l'industrie des logiciels, sont favorables à la brevetabilité de l'ensemble des inventions "mises en oeuvre par ordinateur" - conformément à ce que propose la Commission -, alors que les partisans du logiciel libre, qui se recrutent au sein de la communauté Linux, mais aussi parmi les principaux acteurs de l'industrie de la source et de la plateforme libres, sont partisans d'une approche beaucoup plus restrictive.
L'EICTA
et la BSA
regroupent de grands fabricants de logiciels tels que Microsoft
, Apple
et Adobe
. Parmi les initiatives prises par ce secteur pour défendre la proposition de la Commission figure la campagne Patents4innovation
(mise sur pied par l'EICTA), qui souligne que l'adoption du texte permettrait de stimuler les efforts d'innovation technologique en Europe (ceux-ci étant mieux protégés et rémunérés), d'alimenter la croissance économique et de mettre en place un système de brevets plus équitable au niveau européen.
La BSA
rejette la position défendue par le rapporteur du Parlement, Michel Rocard : "Le concept de 'forces contrôlables de la nature' date d'une époque où les inventions étaient de nature fondamentalement mécanique. Incorporer ce concept dans la législation du 21ème siècle pourrait se traduire par un retour en arrière pour certaines des entreprises les plus innovantes en Europe [...]."
La FFII
, qui s'oppose à la brevetabilité de toute invention dénuée d'application mécanique, souligne de son côté : "La tradition juridique veut que les brevets soient délivrés à des applications concrètes issues de la recherche scientifique (notion d' "inventions techniques"), alors que les brevets logiciels s'appliquent à des idées abstraites. C'est un peu comme si, au lieu de breveter un système donné de piège à souris, on brevetait l'ensemble des moyens disponibles pour piéger des mammifères [...]"