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La Commission critiquée sur l'accord UE-Etats-Unis relatif à la protection des données [FR]

Publié 28 mars 2007
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Des experts juridiques et des spécialistes en protection des données ont critiqué le manque d'influence de la Commission dans les négociations avec les Etats-Unis sur la transmission préalable des données personnelles des passagers dans le transport aérien transatlantique.

Lors d'une audition organisée par la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures du Parlement européen le 26 mars 007, des députés européens, des reponsables de la protection des données et des experts dans le domaine de la vie privée ont critiqué les termes des deux premiers accords que la Commission a conclus avec les Etats-Unis et ont exprimé leurs préoccupations concernant un nouvel accord, que la Commission négocie actuellement en privé avec les Etats-Unis. 

Selon les termes des deux premiers accords, les Etats-Unis pouvaient accéder à 34 différents types d'informations personnelles, notamment les numéros de carte de crédit, les numéros de téléphones, les habitudes des voyageurs fréquents, les préférences culinaires et les animaux de compagnie emmenés à bord. 

Selon des experts dans le domaine de la protection des données, les informations contenues dans cette liste ne répondent pas aux critères de la Charte des droits fondamentaux et de la directive européenne sur la protection des données

Selon ces dernières, tout traitement des données doit avoir une finalité purement légitime, explicite et déterminée et porter sur des données adéquates, pertinentes et non excessives au regard des finalités poursuivies. Elles doivent également être exactes et ne pas être gardées plus longtemps que la période nécessaire aux finalités pour lesquelles les données ont été collectées.

Réactions : 

Au sujet du nouvel accord actuellement en cours de négociation, Peter Scharr, président du G29, "groupe Article 29" traitant de la protection des données nationales, a exprimé ses inquiétudes, craignant que "le nouvel accord ne prenne pas davantage en compte les exigences européennes en matière de protection des données. Tout nouvel accord doit bien sûr respecter les exigences légales, mais nous devons également envisager d'éventuels garde-fous techniques, comme rendre les données anonymes ou leur attribuer un pseudonyme. Les autorités américaines ne pourraient-elles pas se satisafaire d'obtenir l'identité d'un passager seulement une fois que les système de contrôle ont trouvé des indications propres à le suspecter? On doit obtenir les preuves que leurs pratiques respectent ces exigences, notamment celles qui sont nécessaires et non pas seulement celles qui sont utiles aux Etats-Unis. Le meilleur moyen d'en avoir la garantie est de mener un audit de leurs pratiques, mené conjointement par l'UE et les Etats-Unis en incluant les autrités en matière de protection des données".

Le député européen Stavros Lambrinidis (PES, Grèce) s'est déclaré "soucieux vis-à-vis des quantités de données transférées et des buts imprécis dans lesquels elles seront utilisées. Ce qui l'inquiète le plus est la manière dont cet accord a mis en pièce la séparation entre données privées et publiques, par l'utilisation à des fins de contrôle de données fournies volontairement par les passagers dans le but d'obtenir un service de meilleur qualité. Selon Stavros Lambrinidis, "le transfert de données inscrites dans les systèmes de réservation et de contrôle des départs des transporteurs aériens (Passenger Name Record) n'a été examiné qu'une fois par le Parlement, et nous [les députés] nous sommes montrés critiques sur ce point. Nous demandons une évaluation du prochain accord".

Le Professeur Spiros Simitis, expert en matière de protection des données conseillant la Commission, a déclaré que la Commission avait "clairement contrevenu à ses obligations" en négociant des accords contrevenant aux règles européennes en matière de protection des données. A titre d'exemple, il a mentionné que dans la législation européenne, les finalités de la collecte des données personnelles doit être déterminée à l'avance. Selon lui, "il est impossible d'avoir une sorte d'aimant des données, qui collecte les données sans donner une définition claire de sa finalité". Il a ajouté que le motif fourni par les Etats-Unis serait considéré comme insuffisant par la législation européenne : "Des termes aussi vagues que "terrorisme" ou "intérêt public" sont tout à fait contre-productifs et inadmissibles pour le fonctionnement de tout règlement en matière de protection des données".

Marc Rotenberg, travaillant pour  l'Electronic Privacy Information Center de Washington DC, a souligné ce qu'il qualifie de "défaut crucial du Privacy Act américain" car il ne fournit "aucune protection aux citoyens non-américains". Il met en évidence le fait que ces données sont utilisées par les autorités américaines à d'autres fins que la lutte contre le terrorisme, comme par exemple le contrôle d'immigration. Il montre que même les audits menés par le gouvernement américain ont trouvé les programmes utilisant ces données défectueux, comme le vol sécurisé (Secure Flight) et le système de ciblage automatisé (Automated Targeting System, ATS) des passagers, qui dépassent les termes de l'accord relatif à la protection des données.

Selon le directeur général auprès de la Commission, Jonathan Faull, "la situation était claire en ce qui concerne l'ATS" : "J'ai reçu une lettre signée de Stewart Baker (département américain pour la séurité intérieure) nous assurant que l'usage de l'ATS ne violait en aucune façon l'accord relatif à la protection des données".

Gus Hosein, de l'ONG  Privacy International , s'est dit choqué par la confiance de la Commission vis-à-vis des affirmations américaines sur le respect des termes des différents accords. Il a rapporté les déclarations de l'ancien secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld : "Il y a des choses que nous savons et des choses que nous ne savons pas, mais ce qui nous préoccupe le plus, ce sont ces choses que nous savons ne pas connaître".

A partir d'un tel exemple, la question se pose pour G. Hosein, de savoir ce qui arrive à nos données une fois transmises aux autorités américaines", une question qui se pose avec davantage d'acuité lorsqu'un passager voyage à bord d'un transporteur aérien américain, devenant la proie d'autres systèmes de suivi des données encore moins transparents. Par ailleurs, G. Hosein interroge le rôle de la Commission, qui selon lui était informée de l'existence de l'ATS avant même le Congrès américain/

Prochaines étapes : 
  • Les 10 et 11 avril 2007, la commission des libertés civiles affrontera le Conseil et la Commission au cours d'un débat politique sur les données "PNR" et d'autres questions relatives à la protection des données. 
  • Mi-avril, une délégation parlementaire se rendra aux Etats-Unis pour débattre de ces questions. 
  • Le 31 juillet, l'accord intérimaire sur les PNR arrivera à son terme, augmentant la pression pour la rédaction d'un nouvel accord. 
Contexte : 

Suite aux attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont exigé l'accès aux données personnelles fournis par les passagers lors qu'ils réservent leur billet (dossiers de réservation des passagers ou données "PNR" (Passenger Name Record )), soutenant qu'elles sont nécessaires pour lutter contre le terrorisme. Les Etats-Unis ont menacé les compagnies aériennes qui ont refusé de fournir les données requises d'un retrait de leur autorisation d'aterrissage. 

La Commission a entamé des négociations avec les Etats-Unis et a proposé un premier accord, selon lequel les Etats-Unis pourraient accéder à 34 différents types d'informations personnelles selon un système dit "pull". Cela signifie que les Etats-Unis ont directement accès aux données stockées dans les sytèmes de réservation des compagnies aériennes au lieu de recevoir les informations transférées et éventuellement filtrées, anonymisées ou pseudonymisées (un système "push").

Malgré les préoccupations des autorités de protection des données, la Commission a trouvé l'accord adéquat (en d'autres termes, elle s'attendait à ce que les données des citoyens européens soient traitées en conformité avec la loi européenne relative à la protection des données). 

Les Etats-Unis stockent les informations pendant 42 mois et, dans certains cas, plus longtemps. Ils ont promis de les utiliser uniquement au sein du ministère américain de la sécurité intérieure et de pas les communiquer à d'autres agences. Il n'existe, cependant, aucun mécanisme permettant de vérifier le respect de cette promesse, ni l'effacement de ces données à la fin de la période de stockage conclue. 

L'acord est entré en vigeur le 28 mai 2004.

Deux ans plus tard, il a été déclaré illégal par la Cour européenne de justice. La Cour a conclu : "Ni la décision de la Commission constatant la protection adéquate de ces données par les États-Unis, ni la décision du Conseil approuvant la conclusion d'un accord sur leur transfert vers ce pays, ne sont fondées sur une base juridique appropriée".  Les Etats-Unis maintenant leur menace à l'encontre des compagnies aériennes non conformes à leurs exigences, un système intermédiaire est entré en vigeur au terme du premier accord fin septembre 2006. Ce deuxième accord, soumis aux mêmes termes que l'accord déjà jugé illégal, prendra fin le 31 juillet 2007. 

A quatre mois de cette date, la Commission négocie secrètement un nouvel accord. Les Etats-Unis ont déjà indiqué qu'ils n'accepteraient rien d'autre, à savoir de meilleures normes relatives à la vie privée, que les accords précédents. 

Lire EurActiv, des  01/02/0706/10/0631/08/06 et 31/05/06

Selon les compagnies aériennes, 140 millions de transactions de données "PNR" provenant des six plus grandes compagnies aériennes ont été effectuées par les autorités américaines pour la seule année 2006.

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