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La société de médias Bertelsmann a annoncé qu'elle était sur le point de signer un partenariat concernant le projet du moteur de recherche Quaero, enflammant le débat sur le role de Quaero dans la nouvelle "guerre des moteurs de recherche".
Bertelsmann
, qui pourrait signer un accord de partenariat dès le 20 janvier 2006 via sa filiale de traitement des données Empolis
, rejoindrait le leader du consortium, le groupe Thomson
. Parmi les autres membres de ce consortium figurent France Télécom
, Deutsche Telekom
et le groupe d'innovation technologique Bertin Technologies
. Jean-Louis Beffa, président du groupe de verre et de céramique Saint-Gobain
, est la force principale derrière l'Agence de l'innovation industrielle
, qui s'est engagée à récolter jusqu'à 150 millions d'euros de fonds, et Heinrich von Pierer, ancien directeur général de Siemens
et désormais président du conseil de surveillance de l'entreprise, coordonne la collecte de fonds en Allemagne.
Le CNRS
(centre national de la recherche scientifique), RWTH Aachen
et l'université de Karlsruhe
, dont le Centre InterACT
conçoit les technologies de traitement du langage et de la parole de Quaero, figurent également parmi le nombre croissant de membres du consortium, ainsi que l'INA
(Institut National de l'Audiovisuel) et le Studio Hambourg
. Quaero reposera sur la technologie du moteur de recherche Exalead
, et l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA
), autre membre du consortium, mène des recherches sur la technologie d'indexement du contenu des fichiers image, vidéo et son sans passer par des balises de métadonnées.
De nombreux experts considèrent que les moteurs de recherche multimédias, qui simplifient la recherche de contenu en ligne, sont l'une des principales opportunités commerciales d'Internet. De plus, ces derniers estiment qu'ils occuperont des positions stratégiques dans l'Internet du futur, qui reprendra de nombreuses fonctions assurées aujourd'hui par la télévision. Les technologies étant en train de converger, les sociétés de médias comme Bertelsmann et TimeWarner, les fabricants de logiciels comme Microsoft et les sociétés en ligne comme Google et AOL sont en concurrence pour s'assurer leur part sur ce nouveau marché.
Bertelsmann, l'une des deux sociétés partageant la principale part du marché des médias allemands, est également devenue la principale société de production musicale au monde depuis la fusion de sa filiale BMG avec la filiale musicale de Sony, qui a donné naissance à Sony BMG Music Entertainment
. Cette société est en concurrence directe avec TimeWarner, qui vient de signer un accord de 1 milliard de dollars avec Google
, dans le cadre duquel le moteur de recherche a acheté cinq pourcent du service en ligne AOL
. De plus, les deux sociétés ont conclu une alliance stratégique
. Comme d'autres acteurs importants, AOL acquiert de petites sociétés spécialisées dans la recherche mutimédia, parmi lesquelles figurent le moteur de recherche vidéo Truveo et déjà en 2003 Singingfish
, une société détenue auparavant par le leader du consortium Thomson. Google vient de lancer le Google video store
, grâce auquel il vend des vidéos et des films sur Internet.
Entre-temps, Google s'attaque au monopole de Microsoft
sur les environnements de bureau en lançant le Google Pack
, un ensemble de programmes qui intègre des logiciels créés par Google en remplacement des programmes Internet Explorer et MediaPlayer de Microsoft. En échange, Microsoft a exclu Google
de la série de moteurs de recherche faciles d'installation sur la nouvelle version d'Internet Explorer qui sera livrée avec le prochain système d'exploitation Windows Vista.
La décision probable de Bertelsmann de rejoindre le consortium Quaero indique que le moteur de recherche européen fera parti de la 'guerre mondiale des moteurs de recherche', au cours de laquelle le moteur de recherche qui aura la meilleure valeur ajoutée pour les utilisateurs l'emportera. Afin de devenir ce moteur de recherche, Quaero devra satisfaire une audience mondiale plutôt que continentale. On peut ainsi s'interroger sur la notion de moteur de recherche 'européen' pour faire concurrence à Google et à Yahoo.
Le président français Jacques Chirac a déclaré qu'il considérait Quaero comme l'une de ses priorités pour 2006 : "Il faut relever le défi mondial des géants américains Google et Yahoo. Pour cela, nous allons lancer un moteur de recherche européen Quaero. [...] Aujourd'hui se dessine la nouvelle géographie des savoirs et des cultures. Demain, ce qui ne sera pas disponible en ligne risque de devenir invisible à l'échelle du monde."
Alex Waibel, directeur du centre InterACT de l'université allemande de Karlsruhe, a déclaré :"Il y a probablement derrière ce projet le sentiment désagréable sur le plan politique d'avoir tout l'accès au savoir et à l'information filtré ou disponible par le biais d'un moteur de recherche qui (vient de) l'étranger. [...] Ceci dit, il y a également une volonté d'enrichir la recherche, ce qui implique notamment les informations multilingues et multimédias."
Le 12 janvier 2006, le leader du consortium Thomson a fermé la version expérimentale du site Internet de Quaero
au grand public et a imposé un "blackout" des informations disponibles sur le moteur de recherche "jusqu'à une prochaine conférence de presse plus officielle", qui devrait avoir lieu d'ici la fin du mois de janvier 2006.