EurActiv Logo
Actualités & débats européens
- dans votre langue -
Click here for EU news »
EurActiv.com Réseau

TOUTES LES RUBRIQUES

La Cour de justice de l’UE interdit le contrôle de l'Internet

Publié 25 novembre 2011 - Mis à jour 31 janvier 2012
Version imprimableSend by email

La Cour de justice européenne a rendu hier (24 novembre) une décision historique interdisant aux Etats membres d’imposer le filtrage du contenu d’Internet dans le but d’empêcher le téléchargement illégal de fichiers protégés.

« Le droit de l'Union s'oppose à une injonction, prise par une juridiction nationale, d'imposer à un fournisseur d'accès à Internet [ISP] la mise en place d'un système de filtrage afin de prévenir les téléchargements illégaux de fichiers », a décidé la Cour.

Cette décision a été rendue dans une affaire de longue haleine opposant la SABAM, une société belge qui gère les droits d'auteurs, et Scarlet, un fournisseur belge de services Internet. En 2004, la SABAM a demandé à Scarlet de filtrer les activités en ligne de ses utilisateurs pour éviter les téléchargements illégaux de fichiers enfreignant les droits d'auteur.

Les juges belges ont demandé l'avis de la Cour de justice de l'UE avant de rendre leur propre décision sur ce dossier épineux.

Les mesures nationales menacées

La décision de la Cour européenne établit un précédent historique qui aura un impact sur les lois adoptées ou en cours d'adoption dans plusieurs Etats membres.

Des mesures fondées sur des technologies de filtrage ont déjà été proposées en Italie, en Irlande et au Royaume-Uni. Des juges nationaux ont par ailleurs imposé un contrôle des ISP et des détenteurs de droits dans plusieurs pays.

En France, la loi Hadopi prévoit des mesures de filtrage utilisées par les détenteurs de droits, ainsi qu'une interruption semi-automatique des services pour les utilisateurs qui enfreindraient les règles à plusieurs reprises.

Toutes ces mesures risquent à présent d'être remises en cause suite à la décision d'hier.

Cette décision est une aubaine pour les groupes de protection des consommateurs, les partisans d'un Internet libre et les fournisseurs de services Internet, dans la mesure où ils ne sont pas obligés de jouer au gendarme et au voleur sur la toile (avec tous les coûts que cela implique). La décision de la Cour est cependant un coup dur pour la protection des droits d'auteur en ligne dans l'UE qui, à partir de maintenant, sera beaucoup plus difficile à faire respecter.

La Commission européenne a officiellement salué la décision, mais dans les fait, la Cour est allée  à l'encontre du point de vue largement répandu au sein de l'exécutif européen, plus enclin à interpréter les règles existantes en faveur du filtrage.

Le commissaire en charge du dossier, Michel Barnier, est depuis longtemps un fervent défenseur de la protection des droits d'auteur, conformément aux intérêts de son pays, la France, qui est l'un des piliers du secteur culturel dans l'UE.

Au cours des prochaines semaines, la Commission proposera une révision de la directive sur l'e-commerce qui, jusqu'à présent, est interprétée en faveur du contrôle de l'Internet. Les intentions de l'exécutif européen seront alors révélées.

Réactions : 

La Commission européenne a soutenu la décision de la Cour. « Nous accueillons chaleureusement la clarification apportée par la Cour de justice sur l'interdiction, prévue dans la directive sur l'e-commerce, d'imposer des obligations aux ISP s'agissant de contrôler la toile. Au printemps 2012, nous présenterons un rapport sur l'application de la directive relative au droit d'auteur qui traite cette question. Cette décision est très importante, car elle clarifie la situation et elle est conforme à notre interprétation », a déclaré Chantal Hughes, la porte-parole du commissaire européen au marché intérieur, Michel Barnier.

L'eurodéputée verte néerlandaise Judith Sargentini a déclaré : « Cette décision est une étape importante dans les efforts consentis pour garantir un Internet libre et ouvert en Europe. La neutralité et l'ouverture du Net sont des principes fondamentaux sur lesquels l'Internet a été fondé, et toute tentative d'aller à l'encontre de ces principes serait une violation de la liberté d'expression et du droit de l'UE. Au lieu de restreindre la liberté sur Internet, nous devrions reconnaître les immenses opportunités offertes par un Internet ouvert. »

« La décision prise aujourd'hui aura un immense impact sur le débat national et européen concernant la violation des droits d'auteur sur Internet et les modalités de la lutte contre le piratage », a déclaré Innocenzo Genna, un consultant européen sur les télécommunications et la réglementation de l'Internet.

« Cette décision constituera une orientation solide pour la Commission européenne qui, au cours des deux prochaines années, devra mettre sur pied un régime pour le développement du contenu numérique sur la toile (un livre vert vient d'être soumis pour consultation); lutter contre le piratage informatique (révision de la directive sur le respect des droits d'auteur); et jeter les bases de la réglementation sur le commerce électronique.

Monique Goyens, la directrice générale de l'organisation européenne de défense des consommateurs (BEUC), a déclaré : « Ce jugement envoie un signal clair comme de l'eau de roche. Les fournisseurs de services Internet ne peuvent pas être chargés de contrôler les activités des consommateurs sur la toile. Une obligation générale de contrôle serait contraire au droit européen. La Cour a agi dans ce sens et a permis de remettre l'accent sur les droits fondamentaux des consommateurs. »

« Un tel type de contrôle et un renforcement de la mise en application seraient une mauvaise solution. Ce jugement devrait nous faire réaliser qu'il est nécessaire de fournir un accès meilleur, plus juste et plus facile au contenu numérique pour les consommateurs européens. Le marché en ligne s'est révélé fertile, les consommateurs y dépensent des milliards d'euros chaque année. Tenter de criminaliser des consommateurs individuels pour le partage de fichiers ne servirait à rien », a-t-elle ajouté.

Prochaines étapes : 
  • Décembre 2011 : la Commission devrait publier des propositions sur la révision de la directive relative à l'e-commerce.
  • Printemps 2012 : la Commission devrait publier sa révision de la directive relative au droit d'auteur.
EurActiv.com - traduit de l'anglais par Amandine Gillet
Contexte : 

Les groupes de pression du secteur de la musique et le secteur plus large de la production de contenu en ligne ont réclamé l'introduction d'une série d'initiatives visant à enrayer le piratage sur Internet en Europe, comme l'échange de musique, de films et de logiciels ne respectant pas les règles de la propriété intellectuelle.

C'est le gouvernement français qui s'est montré le plus stricte, avec la loi Hadopi qui a établi une nouvelle autorité chargée de contrôler l'accès à la toile et donc d'empêcher les échanges de fichiers illégaux. D'autres pays ont suivi le modèle français.

L'approche de la France a suscité des débats houleux en Europe et à Bruxelles. Lors des négociations sur le paquet Télécom, les eurodéputés français ont tenté d'œuvrer en faveur de la protection des droits d'auteur grâce à des obligations pour les fournisseurs de services Internet. Leur plan a toutefois échoué suite à de fortes pressions exercées par le secteur des télécommunications et par les organisations de consommateurs qui souhaitent protéger les téléchargements gratuits et les sites Internet peer-to-peer.

Les élections européennes de 2009 ont vu l'émergence de nouveaux partis souhaitant éviter à tout prix les limitations des téléchargements gratuits. En Suède, le Parti pirate a remporté plus de 7 % des voix et donc deux eurodéputés dans l'actuel Parlement européen.

En 2010, le Parti pirate international (PPI) a été fondé à Bruxelles.

A lire aussi

More in this section

Publicité

Sponsors

Publicité

Publicité